Désolé pour tous ceux qui n'aiment pas le foot, ou qui frôlent l'overdose... On en parlera d'ailleurs de ces Français qui n'en peuvent plus de la place que prend le foot avec la Coupe du Monde... "Marianne" leur consacre tout un dossier cette semaine... Désolé, mais lire la presse aujourd'hui, c'est d'abord, et vous n'aurez pas le choix, découvrir les notes et appréciations de nos confrères sur le match des Français devant la Corée du Sud. Et autant vous dire que ça taille sévère. "Désespérant !", titre "L'Equipe"... "Pas mieux", reprend "Libé"... "L'équipe de France déçoit encore", estime "Le Figaro"... "Le Parisien", lui, se montre le plus clément, avec ce titre : "Passable"... Pas de pitié, en revanche, pour "France Soir" : un seul titre, un seul mot : "Nul !". Un gros "Nul !", affiché en lettres blanches sur fond noir, juste au-dessus du visage de Domenech, avec ce commentaire : "Il a fait les mauvais choix". Voilà pour l'appréciation générale... Côté commentaires, ce n'est pas plus tendre... Comme l'écrit Claude Droussent dans "L'Equipe" : "On ne leur demandait pas d'être l'Argentine flamboyante face à la Serbie-Monténégro... Non, on leur demandait juste de gagner, et puis, si possible, de montrer envie, vivacité... Et d'être supérieurs jusqu'au bout... D'être les Bleus, quoi, comme jadis". "Oui, mais les Bleus ne sont plus ce qu'ils étaient", reprend Patrice Chabanet dans "Le Journal de la Haute-Marne"... "La fin du match s'est transformée en radeau de la Méduse... Décidément, quelque chose est irrémédiablement cassé dans cette équipe de France". En résumé, "Jamais nos Tricolores n'ont paru aussi vieux", écrit Jacques Camus dans "La République du Centre". C'est donc, ce matin, une presse en bleu, mais rouge de colère... Une presse qui se raccroche à ce qu'elle peut, comme "L'Equipe", qui veut croire encore à la qualification des Français, et qui nous rappelle qu'en 82, l'équipe d'Italie, qui avait aligné trois matches nuls au premier tour, était devenue championne du monde. Mais dans l'ensemble, c'est le pessimisme qui prévaut dans les journaux, qui se montrent très durs avec l'équipe de France, selon le principe "qui supporte bien châtie bien"... C'est aussi, ce matin dans la presse, la pratique d'un sport national, bien connu en France : le dénigrement de l'Italie. La preuve avec cette nouvelle charge... Et cette fois, c'est dans "Libération"... Un article intitulé : "L'Italie roupille sur ses lauriers"... Un article qui revient sur le match nul des Italiens devant les Américains, samedi soir, où notre confrère Olivier Villepreux parle de "la nature infatuée des Italiens", qualifiés de "tuniques bleues, qui n'aiment pas courir pour courir", et qui nous dit que "si les arbitres n'ont plus d'âme, c'est parce que les Italiens la leur ont volée". Plus sérieusement, et moins affligeant, le papier de "L'Humanité", qui nous explique pourquoi les Italiens ont la tête ailleurs... Pourquoi il est si difficile, pour eux, de se concentrer, au moment même où la justice veut régler l'affaire des matches truqués du Calcio avant début juillet... Donc maintenant, ces jours-ci, cette semaine... Avec peut-être des décisions qui vont reléguer de facto en deuxième division des joueurs qui évoluent non seulement en première, mais en équipe nationale... Difficile en effet, dans ces conditions, d'être sereins. En tout cas, en France comme partout, le foot tient actuellement le monde sous sa coupe... "D'ailleurs, y a-t-il plus important, ce matin, que ce qui vient d'arriver aux Bleus ?", s'interroge Jean-Pierre Bel dans "La Nouvelle République du Centre-Ouest"... Qui constate : "Ce deuxième 'nul' de la France surpasse, voire efface, tout le reste : le chômage des jeunes, les délocalisations, le retour de 'Fort-Boyard'... Même l'arrivée de Mélissa Theuriau sur M6". Bon, évitons quand même d'aggraver notre déprime : contrairement à une idée très répandue, l'état de la France ne change pas d'un iota selon la course d'un ballon... Souvenez-vous de 98 : après la liesse, cette victoire n'a pas propulsé la France sur d'autres podiums que celui du football", nous rappelle Jean-Pierre Bel. Donc, y en a marre du foot !... Ca commence à bien faire ! "Ceux qui ne sont pas accros ont aussi le droit de vivre"... En trois mots comme en cent : "Le foot totalitaire". Ca, c'est pour ceux qui n'en peuvent plus... Et c'est donc "Marianne" qui aborde la question, sous ce titre de "foot totalitaire", avec d'abord ce constat : "les fans sont aux anges, les autres sont hors jeu : est-ce bien normal ?". Overdose médiatique assurée : l'hebdomadaire écrit qu'on n'avait pas connu pareil tsunami dans les médias depuis la mort de Jean-Paul 2. "Communion apostolique hier, laïque aujourd'hui... Mais au fond, le matraquage liturgique est le même... Tant pis pour les incroyants... En quelque sorte, le paradis pour les fans, l'enfer pour les profanes". Même Alain Duhamel, note "Marianne"... Même Alain Duhamel, dans son billet matudinal du 13 juin dernier, se risquait à filer la métaphore footballistique avec la même vista que pour ses pronostics électoraux, note "Marianne", qui rapporte les propos de notre confrère... "Les Bleus, grandiloquait Duhamel, doivent être les exorcistes de la mélancolie française, les thérapeutes du ressentiment national... Des professeurs d'optimisme"... Rien que ça. "Même chose pour les journaux", se lamente "Marianne"... "Que 'L'Equipe', quotidien sportif, consacre 20 pages à la Coupe du Monde, quoi de plus normal ?... Mais 'Le Monde' ?... 4 pages quotidiennes... Et 'Libération' : 8... Et 'L'Humanité' : pareil. Oui, bien sûr, mais il existe aussi des espaces où ceux qui n'aiment pas le foot peuvent le dire... Et c'est ainsi, nous rapporte "Marianne", que le site de vente en ligne kelkoo.com a ouvert un rayon "Je déteste le foot", qui fait un tabac. D'ailleurs, des dizaines de sites Internet recueillent les protestations auprès de ceux auquel ce sport sort par les yeux. Enfin : tapez "antifoot" sur Internet, et vous verrez apparaître pas moins de 295.000 occurrences... Forums, blogs, pétitions en tout genre. Eh oui : 5 minutes 30 consacrées au football, dans cette revue de presse... Voyez : on n'échappe pas à la règle... Mais telle est la presse, en ce moment : footeuse. Alors, évidemment, si vous prenez "La Tribune", vous ne risquez pas de voir Zidane en Une... Ce qui est une façon d'y échapper... Mais enfin, la meilleure raison, ce matin, de lire ce journal, c'est qu'il publie une interview de Noël Forgeard... Intéressant, en effet, d'écouter ce que le co-président exécutif d'EADS a à nous dire, au coeur de cette tempête qui secoue sa société, et lui au premier plan, avec cette suspicion de délit d'initié, dont il aurait profité. Alors déjà, il dément toute espèce de délit de ce genre, et se dit choqué de cette présomption de culpabilité... Forgeard dément également toute espèce de tension entre Français et Allemands, chez EADS... Et pas non plus de problème de transparence entre Airbus et sa maison-mère... "Non, nous n'avons pas tardé à annoncer les retards de livraison concernant l'A380... Non, ce problème n'est pas si grave : Airbus fait face à des difficultés sérieuses, mais ponctuelles... En tout cas, qui n'ont rien d'inhabituel, au stade de la mise en production d'un programme aussi ambitieux que l'A380", affirme Noël Forgeard. Il n'empêche : l'A380 a du retard... Alors, si Forgeard affirme qu'il n'a été informé que très récemment... Si tel est bien le cas, écrit Guillaume Goubert dans "La Croix"... Cela ne révèle-t-il pas un grave défaut d'organisation d'entreprise ?... Ce qui met en cause la propre responsabilité de Noël Forgeard", poursuit notre confrère... Qui ajoute : "Il est temps de mettre fin à tous ces désordres, afin de sauver l'une des plus grandes réussites de la coopération européenne". "Et vous avez remarqué, nous dit Gaëtan de Capèle dans 'Le Figaro'... Il y a quelques mois, on se bousculait pour figurer sur la photo historique du lancement de l'A380... Or, aujourd'hui, alors qu'apparaissent les premières difficultés, ce sont les mêmes qui lynchent son promoteur, Noël Forgeard... Qui a eu l'imprudence de vendre des actions au moment opportun, juste avant que les déboires d'Airbus apparaissent au grand jour. Pas un mot, en revanche, sur Lagardère et DaimlerChrysler, qui ont fait exactement la même chose, à grande échelle... Pas un mot... Ils sont trop puissants pour qu'on s'en prenne à eux", estime Gaëtan de Capèle. Qu'en aurait-il dit, Coluche, de tout ça ?... La question est forcément un peu vaine, mais elle nous rappelle que notre mère à tous, comme le dit Jamel... La mère de tous les comiques... Autrement dit, Coluche est mort il y a 20 ans jour pour jour... Le 19 juin 86 donc... Alors la presse lui rend hommage... "Libé" en particulier. Vous vous souvenez peut-être du titre de "Libération" le lendemain : "C'est un mec, il meurt". Et aujourd'hui, c'est le philosophe et directeur de la revue "Esprit", Olivier Mongin, qui se penche sur le cas Coluche, et qui nous dit qu'il a été le premier comique de l'après-68... Qu'il marque la véritable sortie du comique d'après-guerre, qui s'en prenait au rural (Fernand Raynaud, Bourvil), ou qui faisait du comique troupier (Robert Lamoureux). Et Olivier Mongin nous rappelle que Coluche est d'abord un homme de radio, entré ensuite dans le monde de la télé, mais n'en subissant pas la loi... Non, la télé ne l'a pas formaté... Pas lui. "Et puis, nous dit le philosophe, Coluche est à l'inverse du rire identitaire, ou du rire raciste qui enferme. Le rire de Coluche renverse... Il n'est pas dans le durcissement identitaire : il pratique le renversement carnavalesque... Plutôt qu'un populiste, c'est un démiurge. Contrairement à Dieudonné, Coluche n'enferme pas". "Maintenant, ses saillies seraient-elles encore tolérées et applaudies par une société corsetée d'interdits moraux ?", s'interroge "Libération"... "20 ans de politiquement correct plus tard, pour un Jamel qui parle du racisme, combien de Dubosc ou de Bigard se contentent d'empiler les vannes apolitiques sur la vie quotidienne ?". Alors "Libé" nous rappelle quelques sorties de Coluche, comme celles-ci... "Dieu a créé l'alcool pour que les femmes moches baisent quand même"... "La police est un refuge pour les alcooliques qu'on n'a pas voulus à la SNCF et aux PTT"... Ou bien : "On met des croix au-dessus du lit parce que Jésus était crucifié... Vous nous voyez avec un bocal, si Jésus s'était noyé ?". Mysogine, anti-clérical, ou s'attaquant à une profession, la question est : ces blagues de Coluches seraient-elles bien reçues aujourd'hui ?... Le simple fait de devoir se poser la question est en soi une véritable question. Bonne journée. A demain.

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