Dans la presse ce matin : Abdications

Le Roi est mort, vive le roi ! Hier soir fut enterré le roi espagnol dans une des plus belles cathédrales au monde. Cathédrale du sport. Stade de Maracaña, rio de Janeiro, 2/0 pour le Chili, l'Espagne est éliminée de la coupe du monde dès le premier tour. Echec mondial titre le quotidien El Mundo qui ajoute : « Dans ce cimetière de roi, l'Espagne a vécu la fin de l'époque la plus glorieuse de son histoire ». Le Maracana, « bel endroit pour mourir » écrit Lionel Dangoumau dans L'Equipe .

« C'était le Titanic » pour El Pais . L'Espagne abdique, titre La Razon , « L’Espagne satellisée », pour le quotidien sportif Marca sur Internet. C'est la fin d'une génération unique. Depuis 6 ans, elle dansait sur tous les terrains du monde. Double championne d'Europe, championne du monde en titre, sans parler des succès en club avec le Barça et le Real. Après 6 ans de fête, les héros ont vieilli, ils ont besoin de dormir.

A la Une de L'Equipe, « Le naufrage », « La couronne est à terre », titre le quotidien sportif en pages intérieures. .

La couronne et tous ces princes qu'on ne sortira peut-être plus. Xavi, le chef d'orchestre de l'équipe va sans doute arrêter sa carrière internationale. Il était sur le banc de touche hier. Même chose pour le gardien Iker Casillas. Seulement 4/10 ce matin dans L'Equip e pour celui qu'on appelle à Madrid San Iker.

A la Une de la version papier de Marca, une des vedettes de l’Espagne, Andres Iniesta, l’homme qui avait battu le but victorieux au dernier mondial. Il est de dos, il semble tout petit et le terrain immense. Titre de Une : « The end – fin lamentable de l’époque la plus glorieuse de la Roja »

Le quotidien sportif espagnol As ne hurlera pas avec les loups ce matin : « Merci la Roja, (surnom de l'équipe), vous nous avez tant donné ».

En Espagnol, les points d'exclamation s'écrivent dans les deux sens, à l'endroit et à l'envers. Et de l'Espagne au Chili, le ton n'est évidemment pas le même. Au « Satellisé ! » espagnol répond un « Qualifiés ! » dans le journal chilien El Mercurio . « Victoire implacable » pour cet autre journal chilien, La Tercera .

Le Roi est mort vive le roi... Il y a des jours où la presse espagnole, comme les autres n'a rien à se mettre sous la dent. D'autres jours où elle fait un festin de monarque. Que mettre à la Une ? La défaite des footballeurs ou l'accession au trône d'un nouveau roi ? Soirée mémorable où, au moment où ceux qui ont régné sur le foot se retiraient sur la pointe des crampons, les actes officiels de la succession royale étaient signés à Madrid.

C'est donc le jour de la proclamation de Philippe VI. Et c'est la Une d'ABC . « Il est déjà roi », titre El Pais . Sur la page d'accueil du site Internet, l'embrassade entre Juan Carlos et son fils, Philippe VI. « Son premier rôle sera de faciliter les consensus dans le pays » selon l'éditorial du quotidien madrilène. « Longue vie à l'Espagne de Philippe VI » écrit Pierre Rousselin dans Le Figaro . « En ces temps où le pouvoir est partout désacralisé par ceux qui prétendent l'exercer autant que par ceux qui le contestent, la monarchie conserve intact son pouvoir d'incarner les symboles et les émotions du pays. » Pouvoir un peu effrayant quand une petite fille de moins de dix ans héritière du trône est appelée dans la presse espagnole « Dona Leonor ».

D'autres abdications dans la presse européenne

Le quotidien communiste italien L'Unità va-t-il abdiquer ? Il est placé en liquidation judiciaire. Beppe Grillo en profite pour faire de la provoc. « L'Unita ferme ? Tant mieux ». L'Unita continuera à vivre, dit-on au parti démocrate. Même Forza Italia le défend, relève le quotidien sur son site Internet.

Et puis le départ d'une des vedettes de la BBC en Grande Bretagne. « Scène finale pour le grand inquisiteur Jeremy Paxman » titre le Times de Londres. Ce journaliste était connu pour ses interviews impitoyables depuis 25 ans. Celle-ci par exemple, ressortie par la version britannique du Huffington Post . C'était en 1997, Paxman face au ministre de l'Intérieur de l'époque, accusé d'avoir voulu viré le directeur des services pénitentiaires. Question : avez vous menacé de le virer ? (http://www.huffingtonpost.co.uk/2014/06/18/jeremy-paxmans_n_5507525.html, premièe video, à 4’30). Jeremy Paxman posera la question à 17 reprises. Hier il est parti sur une formule toute britannique en titre dans le Daily mail : « Goodnight and goodbye ».

Des abdications en France ?

La gauche va-t-elle mourir ? Le Monde reprend au vol la menace de Manuel Valls et présente l'autopsie du parti socialiste : « Autopsie d’un parti moribond ». « Quand il a pris possession de son bureau de premier secrétaire du parti socialiste, écrit Françoise Fressoz, Jean-Christophe Cambadélis n'a pu s'empêcher de lâcher : ‘’j'arrive trop tard’’. » Autopsie de du PS, traces de blessures de la tête au pied. Au sommet la crise idéologique, à la base l'ébranlement du socialisme municipal après la rouste du mois de mars. « On est devenu le parti de la bourgeoisie des centres villes », lâche un président de région.

Clivage sur le fond : politique de l'offre ou pas, quel équilibre entre Europe et nation ?

Constat terrible de Pierre Moscovici, qui était tout de même directeur de campagne de François Hollande : « Pendant 10 ans, on a négligé le travail de fond, mis la poussière sous le tapis, joué en contre, obnubilés par une seule question : qui est celui qui va porter nos couleurs ? »

Cambadélis à la tête du PS, Valls à la tête du gouvernement ont la même conviction. Ce qui est en train de tuer le PS ce sont les synthèses émollientes. Conclusion assassine de Françoise Fressoz. « Cela revient à dire que le socialisme à la Hollande a vécu. »

PS divisé entre une majorité qui suit Valls et une minorité très active qui veut une autre politique. L'Humanité est de son côté. Claude Cabannes, édito : « La forme c'est du fond qui remonte à la surface écrivait Victor hugo. Parfois il ne remonte rien que du néant. Le fond a été coulé dans le béton du social libéralisme. »

En tout cas, on ne pourra pas reprocher au gouvernement de ne pas lancer de réforme. Il y en a partout à la Une de la presse. La transition énergétique à la Une de La Croix et du Monde .

Dans Le Figaro , la réforme pénale : « La gauche anti prison à l'offensive ». Et la nouvelle carte des régions : « Ouverture des hostilités ».

Et l'UMP, a-t-elle abdiqué son honneur ? « Affaire Bygmalion, Lavrilleux accuse », en Une de Libération . Rien de très nouveau si ce n'est cet article relevant qu'à l'UMP on trouve que la campagne de Nicolas Sarkozy a bon dos. Et si une partie des fausses factures était allée dans d'autres poches ? N’empêche, pour Libé, cette question Bygmalion est diablement posée à Nicolas Sarkozy : « C'est sa responsabilité morale et politique, plus encore que judiciaire, qui est directement engagée.» Nicolas Sarkozy à la Une du Figaro magazine , en kiosque demain : « Il faut tout changer ». Confidences faites à des proches : « Il faut réinventer le modèle démocratique français. Notre façon de faire de la politique, l’organisation des formations et les idées. ». L’ancien président semble accepter l’idée que s’il revenait à la tête de l’UMP, il ne pourrait échapper aux primaires : « « Tu ne peux accepter d’être élu à un congrès par 100 000 militants et refuser de te faire élire à une primaire par plusieurs millions d’électeurs. »

Le climat social à la Une du Parisien-Aujourd’hui en France

9ème jour de grève à la SNCF. Et si c'était la France qui avait abdiqué ? A la Une du Point : « Les naufrageurs ». Corporatistes intouchables, tueurs de réformes, lepéno- cégétistes… Editorial au lance-flamme de Franz Olivier Giesbert : « L'histoire est une vieille alzheimerienne dont il n'y a plus grand chose à attendre. Le pays gagatise ces temps-ci.Et Fog dénonce le mélange de « mollesse et de lâcheté » face à ces naufrageurs qui tient lieu de politique à nos grands partis depuis 30 ans. « La liste des naufrageurs du pays est sans fin. Les jean-foutre de l’idéologie du déficit budgétaire (…). Les Don Quichotte de la dépense publique et les pythonisses de l’impôt-roi. Les autruches franchouillardes qui refusent de prendre exemple sur les réussites économiques allemandes, suédoises ou canadiennes (…) Les niquedouilles des médias ne sauraient être exonérées (…) La pleutrerie bonasse de la gauche ou de la droite a fait le reste. »

Et bonne journée…

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