Majorité absolue mais abstention record. Victoire mais pas blanc-seing. Une presse étrangère plus aficionada que la presse française

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

Fin d’une longue séquence électorale hier, on commence par une revue des Unes de vos journaux en kiosque ce matin

Pas beaucoup d’effet de manche ni de manchette ce matin. Titre cinématographique pour la Provence qui signe la fin du long travelling électoral par sa Une sur « La nouvelle vague », « Macron a sa majorité » titre sobrement la Dépêche du midi, « la confirmation En marche » pour la Voix du Nord, « Le pari gagné » à la Une des Echos, « Macron fait chambre à part » pour Libération, quand quelques-uns relativisent cette victoire du parti du président : « Majorité absolue, approbation relative » à la Une du site Mediapart, l’Indépendant catalan titre lui aussi sur « En marche, mais… »

Un grand Oui pour le parti du président, mais, quelques « mais » donc…

« En 2 élections et 4 tours de scrutin, la révolution En Marche à laquelle personne ne voulait croire a déferlé sur la France comme un tsunami » commente le directeur du Figaro Alexis Brézet, dans son édito, « carton plein » renchérit Nicolas Beytout dans l’Opinion. Carton plein, mais c’est un « redoutable triomphe » prévient-il

Car le « mais », c’est avant tout l’abstention, historique. Ce record qui fait dire à l’Humanité à sa Une « « Carton plein et urnes vides pour Macron »…urnes à moitié pleines sans aucun doute, mais pas moins pour Macron que pour d’autres. Ca n’empêche pas Patrick Appel Muller dans l’Humanité d’affirmer que si « Emmanuel MAcron détient les pleins pouvoirs à l’assemblée, le pays ne les lui a pas accordés ». Nombreux sont les éditorialistes à pointer, comme Laurent Bodin dans l’Alsace que cette abstention est un « avertissement », « il n’y a pas de blanc-seing accordé au nouveau président ».La Croix met aussi à sa Une « un succès terni par l’abstention », « oui attention c’est un triomphe en trompe-l’œil » écrit Jean Christophe Ploquin« l’ampleur de l’abstention montre à quel point la société reste attentiste, pleine de contradiction », Hervé Chabaud dans l’Union prévient » le gouvernement doit être humble et méthodique pour ne pas être vite bousculé par la rue ».

L’autre « mais », c’est le correctif opéré entre le premier et le second tour des législatives, avec une victoire absolue certes, mais moins importante qu’attendue. Guillaume Tabard dans le Figaro l’explique ainsi : « dimanche dernier, les électeurs ont voulu humilier le vieux système politique, renverser les citadelles établies et plébisciter les figures nouvelles. Hier, ils ont voulu inviter les macronistes à l’humilité ». « Pour réussir désormais, Emmanuel Macron doit organiser le paysage nouveau. Passer de force de destruction massive à force de construction active » prévient-il. Dans Libération, Laurent Joffrin admiratif du coup de maitre «on a beau s’habituer à tout, la séquence électorale achevée dimanche est toujours aussi extraordinaire, Il y a un an, Macron n’avait rien, ou presque. Aujourd’hui il a tout », mais attention met il d’ores et déjà en garde. « dans la future chambre, l’opposition sera déséquilibrée relève t il. La droite aura un groupe réduit, mais conséquent, quand la gauche est ramenée au minimum. La tentation se fait jour pour les macronistes de droitiser leur politique pour neutraliser leurs principaux adversaires. Le macronisme va-t-il se doter sans le dire d’un nouveau slogan : ni gauche ni gauche. Ce serait un détournement de vote » affirme-t-il.

Un rapide coup d’œil sur les réactions dans la presse étrangère hélène

Plus enthousiaste peut-être en fait de la victoire d’Emmanuel Macron que la presse française, et pour cause, chacun la voit à l’aune de la situation du paysage politique dans son propre pays. La Frankfurter Allgemeine Zeitung salue « l’infinie sagesse des français », « la majorité de Macron sera franche mais pas écrasante, ce qui est une bonne nouvelle pour la démocratie » explique le quotidien allemand dans ce pays habitué aux coalitions et à la recherche du consensus.« Macron a réussi un coup brillant, les britanniques pourraient-ils en faire de même ? » s’interroge Le Guardian, la réponse est NON reconnait il. Les britanniques qui se préparent depuis ce week-end à un éventuel « putsch » contre leur première ministre Thérésa May qui a échoué dans à peu près tous les domaines. En Italie, le Corriere della Serra salue le « Napoléon chanceux qu’est Macron ». « La vérité écrit le quotidien, c’est qu’Emmanuel Macron est la bourgeoisie française. Une bourgeoisie qui n’en pouvait plus des vieux partis et des vieilles élites mais qui ne voulait pas d’une rupture trop violente. Macron a en quelques sortes gagné à la loterie mais contrairement à ses homologues italiens, lui n’a pas perdu le billet ». Allusion à Renzi qui a échoué à mettre durablement en marche l’Italie, et sans doute aussi au retour sempiternellement annoncé de Berlusconi, « vieux partis, vieilles élites ». Le Time relève qu’Emmanuel Macron a exaucé son souhait de faire « disrupter » la vie politique en imposer des figures nouvelles, un fermier, une prof, un génie des maths » souligne l’hebdo américain, « reste qu’il devra négocier avec des voix fortes qui font aussi leur entrée au parlement, à l’extrême droite aussi bien qu’à l’extrême gauche «

Quelques zooms Hélène sur quelques députés qui vont constituer la nouvelle assemblée

Tous vos journaux proposent des portraits de « novices », dans le Parisien par exemple, ceux de la benjamine de la république en marche Typhaine Degois, 24 ans élue en Savoie, celui de François Ruffin, France Insoumise « le héraut des ouvriers » dit Libération, qui a effectué une « remontada picarde »pour gagner dans la Somme, car c’est un fait politique majeur : cette assemblée marque avant tout un profond renouvellement, et une féminisation accrue : 223 femmes élues, soit 38,65% des élus. Pas encore la parité, mais on va finir par s’en approcher

« Les nationalistes en marche » à la Une de Corse matin, « L’assemblée nationale se corse », titre du papier du Monde pour raconter l’entrée au palais Bourbon, de 3 députés nationalistes corses. Que faire de cette victoire historique qui prolonge celle enregistrée par les autonomistes et indépendantistes à l’assemblée et l’exécutif régional ? Dans le Parisien, le nouvel entrant Jean-Félix Acquaviva se présente comme « un ambassadeur de la corse à Paris ».

Renouvellement donc, Oui mais, encore un mais. Ceux qui vont se faire entendre ne sont pas forcément des novices en politique : le Huffington post consacre un article à « ces grandes gueules », les fameuses voix « fortes » évoquées par le Time, qui font leur entrée au palais bourbon. Avec notamment Marine le Pen et Jean Luc Mélenchon, à chaque extrémité de l’hémicycle qui ont le même objectif, s’afficher comme l’opposant numéro 1. Face aux novices, face à la victoire à la Pyrrhus de la droite, première opposante en nombre mais qui va sans doute se diviser à l’assemblée, face au naufrage du ps, « ces deux-là » prédit Françoise Fressoz dans le Monde, « seront l’opposition à Macron, leur verbe sera leur force ». « Ce n’est pas le moindre des paradoxes de la période » écrit Françoise Fressoz. « Le nouveau chef de l’Etat revendiquait la bienveillance en politique. Il devra gérer au parlement une opposition autrement plus virulente que dans le passé »

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