Le Monde raconte 400.000 marins, que la pandémie a surpris loin de chez eux et ne peuvent pas rentrer. Le dernier convoi des derniers morceaux de l'A380 est arrivé à Blagnac, la Dépêche. Des milliers d'armes des guerres mondiales, jetées à l'eau, suintent d'une mort chimique, Sphères.

On parle d'un convoi...

Le dernier convoi des derniers morceaux du dernier A380 qui sera jamais assemblé par Airbus à Blagnac, il est arrivé entre les 17 et 18 juin autour de minuit et il est là ce matin à la Une de la Depêche, "la pointe avant, le tronçon central et la partie arrière", ces mots prennent une étrange poésie, je vois le convoi exceptionnel dans une lumière orange et des riverains venu le saluer,  et la Dépêche me raconte comment cette procession qui aura rythmé 16 ans un coin de France, depuis la création de l'IGG, en 2004, l'itinéraire à grand gabarit, qui remodela le paysage pour que passent des morceaux de ferraille d'une dimension de dinosaures que l'on pouvait presque toucher quand ils avançaient à 20 centimètres des façades, au ralenti, les gyrophares silencieux éclairaient l' avancée... 

Une fois assemblés ses morceaux, l' A380  s'envolait léger comme un  ULM, se souvient le magazine du Parisien, et quand on le pilotait, c'était si beau qu'on se fichait du monde en bas... Il avait décollé pour la première fois le 27 avril 2005, mon grand fils fêtait ses dix ans, mais ainsi l'A380 fut dans nos vies, un moment de notre optimisme dans un siècle naissant avant s'impose la frugalité.

Pendant ce temps, sur les routes, des femmes conduisent des camions et se racontent dans Causette, chouette journal féministe, "les routières sont sympa" lis-je, et singulièrement Stivelle Malfleury, 35 ans qui depuis dix ans, livre la nuit  la presse dans son 44 tonnes entre l'essonne et la côte d'or: "J'aime l'ambiance de ces heures-là, la solitude, la tranquillité. La nuit ne me pèse pas." Je pense  qu'elle roule avec son papier précieux quand je lis mes premiers journaux sur internet...  Stivelle est parmi ces routiers et routières que le journaliste Jean-Claude Raspiengas a rencontré pour un livre splendide, que Marianne mettait déjà en avant la semaine dernière, allez lire sur le web, ces sujets ne périment pas... 

On parle aussi de marins...

Qui vivent la grande des solitudes, piégés par le coronavirus, interdits de rentrer chez eux et oubliés d'une  planète à laquelle ils envoient des messages comme  un naufragé une bouteille à la mer: "Le monde est en chaos , le virus frappe partout et personne ne sait ce qui va se passer, laissez nous retrouver nos familles, elles ont peut-être été infectées, nous voulons les tenir dans nos bras avant qu'il e soit trop tard" écrit un marin philippin depuis un cargo qui vogue vers Gibraltar... Nous avons parlé d'eux sur cette antenne et le Monde a son tour fait entendre ces 400.000 marins que la pandémie a surpris et que les mesures sanitaires ont bloqué, pafois enchainé à leurs navires, 35000 philippins seraient confinés sur des paquebots dans la baie de Manille en face de chez eux... Ce sont les plus pauvres des gens de mer que l'ont traite le plus mal, qui les défend? Le Pape, et un syndicaliste  qui leur conseille de déserter, mais s'ils se rebellent , ils ne retrouveront plus de travail... Des marins se sont tués car ils ne pouvaient plus attendre... 

Sous les mers comme en écho, des poisons dorment, venus d'une autre tragédie, des bombes, des explosifs des armes, des deux guerres mondiales  qu'on a jeté à l'eau après les conflits et dont les carapaces ses corrodent et suinte la chimie la mort... C'est dans la jeune revue Sphères qui racontent des histoires de marins de grandes profondeurs, et celle-ci est terrifiante; 

La Provence revient sur le sort des travailleurs saisonniers de l'agriculture que le coronavirus a touché, pas loin de Tarascon et du moulin de Daudet, des sénégalais, des maliens, des guinéens vivent dans des baraquements où le docteur Giral , qui les suit, n'aurait pas logé un rat; ils tremblent que, malades, on les empêche de travailler, ils ne seraient plus payés. 

Et on parle d'artistes enfin...

Qui lancent un SOS pour eux et la beauté du monde dans l'Obs, et racontent aussi dans le magazine du Monde leur rendez-vous manqué avec Emmanuel Macron j'entends Jeanne Balibar, Akhenaton Podalydes Ariane Ascaride Charles Berling Joel Pommerat et tant d'autres qui jouent des mots, de la musique, et ignorent comment payer leur loyer... "Mon métier va crever" dit à l'Obs Benjamin Biolay, qui al semaine dernière était déjà fâché et créatif dans Télérama, c'est en ligne encore, j'insiste, allez-y. Télérama qui cette semaine évoque le bouillonnement d'autres années 20, il y a un siècle, après une grande guerre, quand la culture jaillissait dans le retour à la vie... 

Marianne me rend un homme rare qui fut assassiné en 1975, Pier Paolo Pasolini, homme de lettres de cinéma de politique, qui portait en lui "une rage noire de poésie", il aimait les ragazzi, le  Christ, sa mère qui  joua Marie dans l'Evangile selon saint matthieu, l'Italie l'aimait, que reste-til de lui, cet autre poème, "je suis comme un chat brulé vif écrasé par le pneu d'un camion pendu par les gamins à un figuier mais j'ai encore 6 des 7 vies qu'il possède"...

Dans la Vie qui me dit comment la musique console, et m'invite aussi au cri du merle, un homme m'émeut: le violoniste Renaud Capuçon, qui mettait ses concerts en ligne pour nous pendant le confinement, qui joue "comme on fait une offrande", qui joue Bach et qui prie et qui joua comme en priant à Pâques dans Notre-Dame vide. près des magnifiques philippe Toretton et Judith Chemla 

Dans Paris-Match, je vois des êtres aux prises avec un enchevêtrement d'acier soudé par une incendie maléfique, ce sont les cordistes qui s'emploie a délivrer notre dame de sa gaine de métal... On a envie d'applaudir parfois en lisant les journaux. 

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