Patrick Cohen : La Revue de Presse… encore et toujours l'affaire DSK... Yves Decaens : « What else ? » comme dirait l'autre… Ne cherchez pas, c'est encore aujourd'hui, cinq jours après les faits, la seule histoire qui passionne vraiment. Voyez les Unes des quotidiens, des hebdos, si ce n'est pas DSK, c'est Anne Sinclair. Et voyez les chiffres rapportés dans Le Monde. Des records d'audience pour les chaines d'info en continu, et même un record absolu pour la comparution de DSK face au juge : plus d'un million de téléspectateurs sur BFM-TV, un score jamais atteint sur une chaine info ! Même phénomène pour les JT de 20h qui se sont requinqués ces jours-ci, sans parler des live, des directs sur Internet, objet rédactionnel encore mal identifié mais en plein développement : 2 millions 500.000 connexions sur le « monde.fr », plus de 20.000 commentaires envoyés par les internautes en pleine audience judiciaire. Bref, c'est une affaire qui captive les français. Et pourquoi ça ? C'est Le Parisien qui s'interroge en Une. Pourquoi ne parle-t-on plus que de ça ? « Simple, répond Claudine Proust, le sexe, la politique, le pouvoir, l'argent, les médias, tout y est ! Le plus culotté des scénaristes n'aurait jamais osé mêler autant de symboles dans une seule histoire, en y ajoutant du suspense ». C’est vrai qu'avec cette affaire DSK, résume le sociologue Michel Wievorka, on est dans l'émotion brute : un homme si haut qui tombe si bas, un homme blanc et puissant contre une femme modeste, de couleur, la connivence des politiques et des médias. « C'était notre futur président quand même ! », comme dit un homme rencontré au bistro par un reporter du Parisien. Et c'est un people, dont l'épouse également célèbre, fait aussi l'objet ce matin de toutes les attentions, à la Une de Match, de Gala, de France-Soir. « C'est l'épreuve de sa vie », titre France-Soir, qui souligne le courage d'Anne Sinclair qui a dit ne pas croire une seconde aux accusations portées contre son mari, et dont la posture courageuse pourrait trouver un écho dans l'opinion publique américaine. Ici, remarque Jean-Claude Galli, les femmes trompées qui affrontent la tourmente au côté de leur époux fautif, sont particulièrement admirées (on se souvient bien sûr d'Hillary Clinton pendant l'affaire Lewinsky). C'est bien le portrait d'une combattante que brosse dans Le Monde Raphaëlle Bacqué. Combattante jusqu'au bout, elle, Anne Sinclair, dont les conseillers de DSK ont toujours pensé qu'elle était un atout-maître dans les ambitions de son mari, ambitions qu'elle a toujours encouragées, financées, protégées. « Et d'ailleurs, ajoute Raphaëlle Bacqué, on lui prête plus encore qu'à lui, des ambitions présidentielles. Elle aurait aimé prouver, dit un ami, que 75 ans après Léon Blum, les Français étaient capables d'élire un juif : c'eut été à ses yeux, une formidable revanche de l'Histoire ». En attendant, conclut Le Monde, c'est une femme combattive, mais effondrée qu'on a vue prendre l'avion pour New-York. Patrick Cohen : La cause des femmes, justement, c'est aussi ce que fait ressortir cette affaire DSK… Yves Decaens : Ce que souligne Clémentine Autain dans Libération, c'est aussi une affaire qui révèle quelque chose sur nos représentations. La parole des femmes victimes de violences sexuelles est suspecte car on sous-estime l'ampleur du phénomène, voire sa banalité : un viol tous les quarts d'heure en France. « Une grande confusion subsiste, poursuit Clémentine Autain, entre la drague, le libertinage, l'amour des femmes d'une part, et le harcèlement, les agressions sexuelles, le viol d'autre part. La tolérance sociale dans ce domaine est assez forte, comme l'illustre bien involontairement la phrase malheureuse de Jack Lang faisant remarquer que « dans cette affaire, il n’y avait pas mort d'homme ». C'est vrai, remarque aussi Sophie Péters dans La Tribune, que la façon dont la justice américaine s'est emparée du cas DSK nous interroge sur nos rapports de séduction, et que sans tomber dans les excès américains, les relations hommes-femmes, au moins dans les entreprises, mériteraient peut-être un vrai code de conduite. Pas seulement dans les entreprises, voir ce qu'en dit Christophe Barbier dans L’Express, que « la France doit maintenant se débarrasser de sa tradition veule du donjuanisme électoral. Il y a toujours eu dans les coulisses de la politique française, un bruit de caleçonnade endiablée et une odeur d'alcôve qui sont désormais insupportables ». Et cela vient de très loin. L’historien Christian Delporte le rappelle dans Le Point : « Ce sont François 1er et Henri IV qui ont instauré une tradition des maitresses au plus haut sommet de l'Etat. Tradition récupérée, sans le dire, par la République. Ce que même l'église catholique a longtemps pardonné : le péché de chair étant absout pourvu qu'il soit confessé. Ce qui nous différencie des anglo-saxons. Et voilà pourquoi, commente aussi Claude Imbert dans Le Point, les Américains découvrent des enfers où nous ne voyons que des licences dans ce contexte que les femmes réagissent contre les complaisances machistes de nos mœurs. C'est légitime. Cela dit, attention à l'onde de choc qui voudra imposer partout une sacro-sainte transparence. Bientôt, on exigera de l'homme public plus qu'une vocation, une sainteté laïque sous l'inquisition de big-brother. Et ça, conclut Imbert, pas sûr que ce soit un progrès ! C'est le débat sur la presse française, dont on parlait ici même hier, suite aux critiques de nos confrères américains auxquels Patrick Appel Muller répond dans L’Humanité, au New-York Times notamment, qui nous accuse, nous journalistes français, d'appliquer un code du silence. Savoureux, remarque Appel Muller, de la part d'un journal qui a accompagné sans une question, les mensonges de Colin Powell brandissant à la tribune de l’ONU, une fiole remplie d'une arme de destruction massive pour justifier la guerre en Irak. Patrick Cohen : Et au PS, cette affaire DSK provoque un certain flottement, c'est le moins qu'on puisse dire... Yves Decaens : Et c'est assez compréhensible... Amitié, solidarité, dans un premier temps, le souci de ne pas se tromper de victime, ensuite. Comme dit Olivier Schmidt dans Le Monde, le PS ne sait plus très bien qui il doit défendre. Ce qui est sûr, c'est qu'il faut un peu de temps pour absorber un tel choc, car le PS, écrit Alain Duhamel dans Libération, a été amputé sans anesthésie : jamais l'un de ses leaders n'avaient possédé à ce point les qualités, les compétences, l'expérience et l'autorité correspondant aux circonstances. Désormais, tout a changé, et Martine Aubry va devoir y aller, comme le souhaitent tous ses amis. Qu'elle ait envie ou pas n'est pas le problème, raconte Nicolas Barotte dans Le Figaro, qui a suivi la première secrétaire en visite à Toulouse. Comme a coutume de dire Laurent Fabius, paraît-il : « l'envie c'est pour le chocolat ». En somme, et Le Parisien résume la situation en un titre : « Il faut maintenant à Martine Aubry, l'envie d'avoir envie ». Mais elle ira, cela ne fait plus guère de doute pour personne. Et du coup, commente Michel Noblecourt dans Le Monde, du coup, la primaire d'octobre sera une vraie primaire, ouverte et incertaine, avec le risque d'une nouvelle guerre des egos. Pour Henri du Limbert dans Le Figaro, cette campagne des primaires sera au mieux violente, au pire dévastatrice. L'éditorialiste du Figaro, qui prend ses rêves pour la réalité : « Certes, dit-il, il est trop tôt pour dire que le PS a perdu l'élection présidentielle, mais quand même, en trois jours, tout a changé. Ce qui veut dire, a contrario, qu'il pensait l'élection perdue pour le sortant. En attendant, de façon plus solennelle, c'est Nicolas Demorand dans Libération, qui s'adresse au PS, le mettant face à ses responsabilités : « En démocratie, dit-il, le rôle des partis, c'est de construire les alternances, de présenter un contrat aux citoyens et de tout mettre en œuvre pour désigner le ou la meilleure d'entre eux. Et le peuple de gauche, pour l'instant, peut à juste titre aujourd'hui, se sentir bien seul, en colère, et même cocu ! ».

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