Dans la presse ce matin : on ne prête qu'aux riches

C'est un ancien président de la République qui le dit dans les colonnes du Figaro . Valéry Giscard d'Estaing est entré à l'Elysée il y a 40 ans, mais aujourd'hui, dit-il « le premier pouvoir en France c'est le pouvoir médiatique. Le temps politique est beaucoup plus immédiat et entraine des réactions plus rapides. Cela constitue un réel danger. Les commentateurs sont trop fixés sur l'histoire courte, pas assez sur l'histoire longue. »

Pouvoir des médias, histoire courtes... Illustration ce matin dans la presse. Avec d'abord le feuilleton du week-end : un trader, un avocat, un prêtre et des grappes de journalistes... Premier rôle pour le trader : Jérôme Kerviel, victime ou coupable ? Il a le soutien ce matin à la fois de L'Humanité et de Mediapart . "La mobilisation s'amplifie autour de Jérôme Kerviel", titre L'Huma et, sur Mediapart , Martine Orange publie une tribune intitulée "En défense de Jérôme Kerviel"

« Tout homme a droit a un procès juste et équitable, Jérôme Kerviel n'a pas eu ce droit », écrit la journaliste.

"Pendant 6 ans, il s'est heurté à une justice aveugle et sourde qui voulait surtout ne pas constater ses propres manquements. Scandale démocratique.

Tout dans ce dossier a été mené sous l'emprise de la Société générale. Elle prend l'enquête en main, indique où il faut chercher, ceux qu'il faut interroger, sélectionne les mails pour les enquêteurs. Dans le silence des bureaux de la banque, des cadres de tous les échelons sont enfermés pour signer des engagements de confidentialité.

Dans les salles de marché, les traders travaillent à 50 centimètres les uns des autres, toutes les conversations sont enregistrées. Les nombreuses alertes reçues par les supérieurs prouvent que toute la hiérarchie du trader savait, couvrait, encourageait. Il y avait bien dans les scellés les bandes enregistrées, mais il ne furent jamais ouverts et examinés pendant l'instruction. A aucun moment, la justice n'a voulu écouter les voix dissonantes."

Kerviel, David ou Goliath ? "Goliath médiatique" en tout cas, répond Pascale Robert Diard sur lemonde.fr

Elle reprend elle aussi toute l'histoire depuis le début, mais en la racontant très différemment. Kerviel, c'est ce trader qui a pris sur le marché près de 50 milliards d'engagements sans contrepartie en janvier 2008, qui a établi plus de 900 opérations fictives et fabriqué des mails à en-tête falsifiés.

Quatre semaines de procès en première instance, débat public et contradictoire, le cabinet de droit pénal le plus puissant de Paris à ses côtés. Rebelote en appel et condamnation. 3 ans de prison. Que pèse tout cela face à l'image d'un Kerviel qui marche sac au dos sur les routes, apôtre autoproclamé de la lutte contre la dérive des marchés financiers ? Comment les 300 pages de motivation austères rendues par la justice pourraient-elles rivaliser avec cette superproduction hollywoodienne ? »

Victime ou coupable ? Libération se place du côté de Mediapart dans cette affaire. Beaucoup de "journalistes ayant enquêté sur l'affaire sont convaincus que la justice a dysfonctionné" écrit Nicolas Cori.

Le Figaro voit plutôt dans le trader un manipulateur, en tout cas quand il semble avoir l'appui de toute l'église dans son combat. Un prêtre et un évêque ne sont pas toute l'église. Jean-Marie Guénois rappelle toute l'ambigüité qui entoure la rencontre de l'ex trader avec le pape. Brève rencontre au milieu de 50.000 personnes, qui a pu passer un temps pour une audience personnelle accordée par François.

Une alerte à la Une de L'Opinion

"Ce séisme annoncé que personne ne veut voir". Tous les sondages à une exception près placent désormais le Front national en tête aux élections européennes. Juste devant l'UMP et loin devant le PS. "Et pourtant, écrit Ludovic Vigogne, à droite ou à gauche, qui s'y prépare vraiment ? Si cette place, ô combien symbolique (la première), revient au parti de Marine le Pen, cela provoquera une profonde crise, conséquences multiples et imprévisibles. ‘’J'imagine déjà la Une du New York Times le lendemain, dit un candidat UMP : ''l'extrême droite, première force politique en France''. On va connaitre ce que l'Autriche a vécu lorsque Jorg Haider a remporté les législatives en 99 et c'était un bien plus petit pays."

Et le journal ajoute deux éléments qui feraient d'une victoire du Front national, un fait politique majeur. Aux dernières municipales, le bulletin FN n'a été disponible que dans 596 communes. Cette fois, il le sera dans la France entière. Ce sera donc un vrai test, malgré l'abstention. D'autant que les européennes n'ont pas réussi jusqu'à présent au parti de Marine le Pen. S'il passait les 20% ce serait le signe d'une incontestable dynamique. "Etre derrière le FN dit encore un candidat UMP qui ne parle même pas au conditionnel, cela voudra dire que les Français considèrent que nous ne sommes pas prêts à prendre la relève". Quand au chef de l'Etat ajoute Ludovic Vigogne, il se présenterait au sommet européen de fin juin en situation d'impotence.

De fait, la presse étrangère s'intéresse déjà à Marine le Pen.

Elle fera la couverture du prochain numéro de Time magazine. Et ce matin, le Financial Times publie un article d'une page entière sur les nouvelles frontières de l'extrême droite en France. La conclusion relativise le poids du FN : "Le chemin est énorme avant que le FN ne devienne un ''big player'', un acteur majeur. ‘’Ils sont beaucoup plus faibles qu'on ne croit’’ dit un politologue britannique''. Seulement 2 députés sur 577, pas de sénateurs et seulement 11 maires dans les villes de plus de 1.000 habitants. Limite institutionnelle utile pour jouer les antisystèmes mais critique pour devenir un parti de gouvernement."

Quoi d'autre dans la presse ?

C'est l'autre buzz du week-end avec l'affaire Kerviel... "DSK buzz en ville", titre d'un des nombreux papiers consacrés par Libération et libéation.fr au film d'Abel Ferrara sur l'affaire du Sofitel. "Sous financé, écrit de manière trop schématique, joué à la va comme je te pousse, réalisé sans génie, il n'apporte rien d'intéressant sur cette histoire". Le Parisien retient la performance de Depardieu, l'interprétation de Jacqueline Bisset mais aussi la longueur du film et les séquences de partouze assez délayées.

Sur le Huffington Post Anne Sinclair dit son dégoût mais annonce qu'elle ne portera pas plainte - ce que fait DSK ce lundi matin.

"Festival de Kahn", dans Le Figaro, François Aubel raconte la fête qui a suivi la projection du film sur une des plages de Cannes, entre branchitude et mauvais goût : "En peignoir blanc, des filles se déhanchent sur la piste. D'autres se font photographier entre deux policiers en uniforme, la matraque à la main. Deux créatures noires s'allongent sur le lit du ''love hotel'' planté dans le sable. Tiens, curieusement, personne n'a osé se vêtir en femme de chambre."

A demain

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