(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : comment rendre justice ?

(Bruno Duvic) C'est une magnifique interview. Et vous allez penser : ‘’il dit ça parce que ça concerne Charlie Hebdo ’’. C'est tout le problème avec Charlie depuis le mois de janvier. Tout prête à interprétation. On ne peut plus rendre justice de cette histoire. C'est pour cela que Luz s'en va.

L'interview, réalisée par Quentin Girard, c'est donc celle de Luz dans Libération ce matin. Le dessinateur annonce son départ de l’hebdomadaire satirique en septembre. "Je ne pourrai plus jamais dessiner à l'encre sympathique", cette encre légère, qui s'efface facilement.

« Tout est devenu trop lourd » à porter, comme cette boule, baptisée Ginette, qui squatte son ventre depuis le 7 janvier.

« J'essaie de garder la maîtrise de ma vie, dit Luz. Il faut pouvoir regarder le puzzle qui est par terre pour retrouver un peu ses propres débris au milieu.

Alors partir, notamment pour fuir l’hypermédiatisation... « Tu as passé ta vie à faire des dessins, tout d'un coup il faut expliquer tout le temps. Tu ne sais plus au nom de quel Luz tu parles, celui qui est né en 1972 ou en 2015. Il y a une captation de l'identité par les autres.

Quand je vois ma tronche sur Internet pour illustrer n'importe quel sujet, je me soûle. Impression d'avoir un double qui ne t'appartient pas. Pendant que tu ramasses tes débris, il y a un faux kaléidoscope de toi-même. »

Il y a aussi le rythme de travail, particulièrement intense, puisque Charlie Hebdo manque de dessinateurs, et pour cause. « Chaque semaine dure dix mois désormais. L'actualité ne m'intéresse plus : une porte-parole des verts qui se demande s'ils entrent au gouvernement. Mais qu'est ce que j'en ai à branler ?

Tout le monde invoque l'esprit Charlie. On est les seuls à ne pas le faire. A partir de septembre, je ne serai plus Charlie Hebdo , mais je serai toujours Charlie. »

Continuer à dessiner, comme dans ce livre qu'il sort demain, Catharsis , où il se représente en petite souris. « Dessiner permet à la petite souris de pousser le réfrigérateur derrière lequel elle est coincée.

  • Depuis le début de l'interview, remarque Quentin Girard, vous tremblez. Est-ce que, lorsque vous dessinez, ça s'arrête ?

  • Oui, et vu que je tremble de plus en plus, il va falloir que je dessine de plus en plus. »

Comment rendre justice ? Question posée à Rennes

Rennes où la relaxe des deux policiers a été prononcée hier, 10 ans après la mort de Zyed et Bouna.

Rennes où est ouvert, encore une fois à partir d'aujourd'hui le dossier Outreau.

Dans Le Monde , Florence Aubenas, qui connait cette histoire par cœur, revient longuement sur ce procès sans fin. Un seul accusé, cette fois, Daniel Legrand, le fils – son père est son homonyme - pourtant acquitté, comme 13 autres personnes en 2005. Mais Daniel Legrand l'avait été pour des faits qui lui étaient reprochés alors qu'il était majeur. A Rennes on jugera la période juste avant, il était mineur. C'est donc reparti, malgré les promesses du procureur de Douai en 2005 qu'on oublierait ce dernier dossier. Florence Aubenas replonge dans ce cauchemar, les accusations délirantes des enfants Delay et de leur mère, Myriam Badaoui, les pelleteuses à la recherche de cadavres dans le quartier de la tour du Renard, le murmure baveux d'une affaire Dutroux à la française, d'un réseau international de pédophiles, un huissier, un curé, un berger allemand, des vaches, des tournages porno.

Daniel Legrand a attendu ce nouveau procès chez lui, 2ème étage d'un HLM de Wimereux près d'Outreau. Il ne sort pas, vit avec sa mère Nadine ? « Maman mes cachets », demande-t-il régulièrement. Lexomil, Lepticur, Clopixol. « Après l'acquittement, c'est comme si deux fils s'étaient touchés dans sa tête », dit Nadine.

Ce n'est pas un saint qui sera jugé à Rennes. Daniel Legrand aussi avait raconté n'importe quoi à l'occasion, prétendu avoir assisté au meurtre d'une petite fille. « J'ai voulu les prendre à leur piège, dire pire qu'eux ». Et quelque temps après l'acquittement, il a été arrêté avec 130 grammes d'héroïne, trois mois fermes.

En 2015, s'est ajouté à cela la puissance des réseaux sociaux, hystériques à l'approche d'Outreau 3. Un courant hétéroclite reste convaincu que des pédocriminels courent encore dans la nature. Deux frères Delay seront partie civile. « Le fils Legrand, c'est le maillon faible » dit Cherif Delay.

Qu'on rende justice, c'est ce que demande Jérôme Kerviel.

« C'est pour moi une libération », dit-il à lexpress.fr , à propos du dernier rebondissement dans son dossier : la commandante de police qui a mené l'enquête est désormais convaincue que la société Générale ne pouvait ignorer les dérives de son trader. Son avocat David Koubi a déposé un recours en révision. Mediapart qui a révélé l'affaire, milite aussi pour une révision du procès. Sur le site, ce matin, l'essayiste Christan Salmon, auteur de Storytelling, la machine à fabriquer des histoires , présente son interprétation des faits : « Affaire Kerviel construction d'un coupable ».

Storytelling… Comment comprendre une histoire dans ce milieu hyper technique de la finance, comment comprendre les milliards envolés ? On s'est raccroché à un homme, répond Christian Salmon. « Ce que l'impensable étendue des pertes ne pouvait dire, la vie de Jérôme allait nous le révéler. La médiasphère tenait son héros et ne l'a pas lâché. » Course à la biographie, planque au pied de son immeuble, portrait astral sur le site du Wall Street Journal . Kerviel devenu un Che Guevara de la finance, un Ben Laden de la Bourse. « Dans le monde de la finance, les histoires sont vitales pour donner du sens aux chiffres. »

La réforme du collège à la Une de la plupart des journaux

On en parle beaucoup sur France Inter , aussi, ce matin encore. Tous les éléments du débat sont dans la presse.

Ce projet rend-il justice, réduit les inégalités entre les élèves ? C'est la question centrale.

Dans le flot des arguments on retiendra sur le HuffingtonPost , ce chef d'établissement pour qui la réforme, entre les enseignements pluridisciplinaires et l'autonomie aux collèges fournit tous les outils pour réduire les inégalités.

L'Humanité pose la question des moyens. Le Monde , celle du pouvoir d'établissements plus autonomes qui pourraient virer ‘’petits chefs’’, de la crainte d'une offre à géométrie variable, et de l'organisation des enseignements interdisciplinaires.

Les paroles de profs dans Ouest France et Le Parisien-Aujourd’hui en France qui déplorent les horaires perdus pour les disciplines classiques, maths, français où les élèves ont déjà du mal.

Cette enseignante dans Le Parisien soutient mordicus que les classes bilangues ne sont pas réservées à une élite et qu'elles tirent tout le monde vers le haut.

Plus d'arguments contre le projet en ce jour de manifs que d'arguments pour. Mais on retiendra tout de même la tribune favorable du grand historien spécialiste de l'éducation Antoine Prost dans Le Monde : « Marre de la nostalgie élitiste des cohortes de défenseurs du latin-grec et des traditions. L'intelligentsia préfère l'école des années 50 à la modernisation scolaire. Le monde a changé. »

Et cette affaire prend de plus en plus un tour politique. Le Figaro voit un gouvernement empêtré dans la réforme. Bruno Dive dans Sud Ouest envisage déjà un retrait au moins partiel du projet. Constat de Raymond Couraud dans L'Alsace : « Décidément, la gauche n'arrive plus à faire passer ses réformes, jusque dans des milieux qui lui sont pourtant favorables. »

Allez pour finir... Comment rendre justice ? Parfois en ouvrant simplement la cage. Le blog du monde.fr « Big browser » s'intéresse à une décision de la cour suprême de New Dehli. Face à elle, il y avait un marchand d'oiseaux accusé de maltraiter ses animaux - pratiques cruelles et enfermement systématique en cage. Des défenseurs des animaux avaient porté plainte. La cour suprême leur a donné raison avec cette formule du juge : « Tous les oiseaux ont le droit fondamental de voler dans le ciel. »

Les décisions de justice ressemblent parfois à du Prévert. À demain !

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