Michel Piccoli achetait de la bonne gnole sur le tournage de Mado, le Journal de Saône-et-Loire. Il s'était marié avec Juliette Gréco dans une école de l'Oise et Paris-Match avait eu une exclu, il avait chassé du tournage de la Grande Bouffe une paparazza qui voulait photographier Andrea Ferréol nue, la Provence.

On se souvient ce matin de Michel Piccoli...

Et le Journal de Saône-et-Loire se souvient qu’en 1976, dans la Bresse où il pleuvait si peu que les pompiers avaient du arroser la ferme de la Michaudière à Savigny-sur-Seille pour que Claude Sautet puisse y tourner la scène de pluie dont il avait besoin pour son film Mado, Michel Piccoli, était allé se promener un soir chez Claude Laurent, distillateur à Simandre, pour dégoter du bon marc, « de la gnole bien de chez nous », afin de la rapporter à Paris....

Et ce matin de tant de phrases belles pour un comédien qui aimait lis-je le mot « extravagant » et dont la disparition me rend les sourires de Romy Schneider et les fesses de Brigitte Bardot, cette gnole me semble l’hommage adéquat, que me confirme le site de l'Obs, où François Forestier, qui le connut bien, se souvient d'un retour en avion du festival de  Berlin en 1978, où Piccoli qui revenait de présenter l'Etat sauvage, avait disserté avec passion sur la bonne recette du boeuf à la ficelle, « il s'agissait d'ajouter deux os à moelle, des beaux, hein », car "quand Piccoli parlait de cuisine, attention, c’était avec la voix d’un massorète égrenant les préceptes des livres sapientiaux ». Les massorètes, sont les transmetteurs de la prononciation authentique de la Bible, j’en apprend dans les journaux les jours de deuil aussi… 

Et s'il en faut encore dans le roboratif, Télérama ressort  sur son site une fameuse photo de Piccoli en sous-pull acrylique rose à col roulé dans la Grande Bouffe, tenant une tête de veau à laquelle il va déclamer du Hamlet, avant je cite, « de péter à tout-va et mourir dans un geyser de caca »... Quel autre acteur aurait osé cela? 

Et nous avons donc basculé à l'essentiel de Piccoli, l'homme qui jouait et qui aurait voulu se souvient le Figaro qu’on le psychanalyse à travers ses rôles… « Ce serait intéressant pour décrypter le métier d’acteur, métier bizarre, envié et incompris, insondable et incongru. ».. Il jouait et on le désirait, dit Libération mais on le désirait en tremblant, poursuit le Figaro: « son charme velouté, sa séduction moelleuse ont longtemps distillé quelque chose d’inquiétant, presque de vénéneux »… Et Télérama se souvient que Claude Brasseur tremblait qui avait joué son valet Sganarelle pour un Don Juan de Molière mythique tourné pour la télévision. "Je le considère comme un homme dangereux, disait Brasseur. On le voit déconner, on rigole, puis il s’approche avec un drôle d’air et là, on a peur. » 

Pourtant il était un homme de douces attentions et le prouva sur cette Grande bouffe qui fut accueilli à Cannes par les huées et les crachats, Piccoli se souvient la Croix fut enchanté de ce rude accueil populaire… Sur le tournage de cette grande bouffe, donc, me dit la Provence, Piccoli fit partir une photographe de Play-Boy qui voulait photographier nue, contre son gré, la jeune actrice Andréa Ferréol… Ferreol jouait dénudée dans le film mais pour le cinéma, ce n’était pas pareil.

Et chaque journal revendique son Michel Piccoli…

Car les immenses acteurs appartiennent à chacun, et particulièrement cet homme qui fut le double de tant de réalisateurs, Godard le premier, avait-il dit au Monde, nous sommes aujourd’hui tels des metteurs en scènes ultimes et nous plaçons Piccoli où ,nous le désirons…

Je le trouve sublime dans la Provence, jouant Shakespeare, le conte d’hiver en 1988 sur la scène du festival d’Avignon, lui qui jeune avait joué parfois pour sept spectateurs, il l’avait confié en Dordogne lors d’une conférence, j’ai retrouvé cela dans Sud-Ouest.  

Je le trouve émouvant dans sa relation décrite par le Monde avec le réalisateur portugais Manoel de Oliveira, qui tourna encore centenaire, qui fut avec Bunuel Sautet, Ferreri, une des fidélités de Piccoli qui lui aussi aurait voulu continuer jusqu’à l’éternité, 

Je le trouve drôle de concession au siècle, dans un petit bijou que ressort Paris Match sur son site, le récit EXCLUSIF en décembre 1966 du mariage de Piccoli avec Juliette Gréco, avec photos des deux tourtereaux et de leurs filles dans leur appartement rue de Verneuil, où ils recevaient leurs familles, jambon froid piqué de clous de girofle flanqué d'un allègre bordeaux rouge, le lendemain de la cérémonie qui avait eu lieu en secret dans une école de Verderonne, commune de l’Oise, au tableau, Juliette avait noté cette phrase, « François est le garçon qui a mangé les cerises »  un cours sur la cédille… Ce fut important l’Oise pour Piccoli, c’est dans ce même département me rappelle le courrier picard, qu’en pension, il avait joué Andersen et découvert le théâtre… Piccoli avait rencontré Juliette Greco à Ramatuelle le rappelle  Nice-Matin et inaugura à son bras le Byblos à Saint-Tropez, il était aussi de cette dolce vita, cela n’empêche pas les consciences aiguisées.

Car Piccoli était un homme engagé…

Et la presse de gauche témoigne de sa propre histoire en lui donnant les pleines Unes de l'Humanité et de Libération, son premier rôle au cinéma avait été celui d’un mineur de charbon, que lui avait confié un réalisateur communiste, il s'appelait Louis Daquin et le film le Point du jour, c'était en 1948 quand les corons se relevaient d'une grande grève, faut-il retenir cette symbolique ou bien ce qu'en disait Piccoli des années plus tard... 

«Ce qui m’a frappé c’est à quel point j’étais crédible en jeune mineur. J’ai compris à cet instant que mon talent réside entier dans le mimétisme, et que ma curiosité m’avait formé, plus que tout le reste.»

L’acteur encore. Je lis ceci dans Libération, qui publie ce matin le plus bel hommage, que chacun voudrait écrire.

"Alors voilà, le plus grand acteur que l’on ait connu est mort, un mardi 12 mai, à 94 ans. L’emphase chez Michel Piccoli se doublait toujours d’un envers de farce qui la faisait tenir debout, d’un souci de se rendre invisible, pudique à l’extrême sous l’habit des centaines de rôles endossés, pour mieux laisser l’imaginaire, le délire et le lyrisme s’y engouffrer à bas bruit. » Et Libé me rappelle que Piccoli disait ceci: «J’aimerais jouer comme Munch peint», et il dissertait ainsi sur les tableaux du maitre norvégien.  « Lorsqu’on regarde ses tableaux de loin, on voit bien ce qu’il a représenté, un arbre, quelqu’un qui crie. Alors on s’approche : il y a là, de près, un apparent désordre, un fouillis. Puis en reculant, le fouillis disparaît, mais le délire reste.»

Je vous laisse ici à tous nos délires.

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