(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : les deux François

(Bruno Duvic) Le président et le pape. Deux hommes normaux au pied de la montagne des réformes.

Le premier est au pouvoir depuis dix mois.

"Y-a-t-il un pilote dans l'avion ? demande un citoyen lambda.- On n'est pas là pour piloter les avions mais pour les vendre", lui répond François Hollande, dessiné par Ramson ce matin dans Le Parisien-Aujourd'hui en France .

Le président a profité de la bonne nouvelle d'hier, le contrat record d'Airbus, signature mise en scène à l'Elysée. Pour le reste, "Hollande est sous pression" titre Le Parisien . « Malaise au PS, couacs gouvernementaux, popularité en berne, la cote d'alerte est atteinte ». Confirmation dans Le Figaro , qui résume dans un schéma l'état de l'opinion selon les sondages : Ifop, CSA, Sofres, Opinion Way… selon les instituts, la chute de popularité depuis juin dernier oscille entre 18 et 28 points.

"Les mesures que nous avons prises ne sont pas rentrées dans l'atmosphère", explique-t-on un peu bizarrement à l'Elysée. Selon le journal, ce n'est pas la personnalité du président qui est en cause dans l’opinion, mais sa capacité à trancher, à gérer les affaires publiques.

Voilà pour Le Figaro . A gauche, le site Médiapart décrit « un pouvoir en plein désordre ».

« Dix mois après son accession à la présidence de la République, la défiance n'a jamais été aussi grande » écrit François Bonnet.

Et il en veut pour preuve le résultat du premier tour de la législative partielle dans l'Oise dimanche. Candidate socialiste éliminée. Deuxième tour FN/UMP. L'électorat de gauche a massivement décroché et n'a pas daigné voter. Abstention : 67%.

Impatience… Puisque l'économie ne suit pas faites au moins avancer les autres dossiers... A la Une de L'Humanité , « Droit de vote des étrangers : pas de capitulation ». Le gouvernement tourne le dos à la promesse numéro 50 du candidat Hollande, accuse L’Huma . « Il faut appeler un chat un chat et la position du gouvernement sur le droit de vote des étrangers aux élections locales une reculade », écrit Maurice Ulrich.

Heureusement, il y a Christiane Taubira, star de la presse de gauche depuis le débat sur le mariage homo. 6 pages d'interview ce matin dans Libération ! Regard déterminé à la Une et ce titre : "Dans l'arène, je sabre". La ministre de la Justice assure que la réforme pénale n'est pas enterrée, elle dit sa réticence et plus encore celle du président face à la gestation pour autrui. Elle reconnait que l'action du gouvernement n'est pas suffisamment intelligible.

Et elle qui s'est écharpé avec la droite pendant des jours et des nuits à l'Assemblée pose le diagnostic d'une France en manque de débat. "Ceux qui ont la responsabilité de faire vivre la pensée ne l'assument guère, pour mille et une raisons. L'une d'elles, c'est la voracité médiatique (…) Notre société a encore une conscience politique élevée, mais si on continue à cette allure là, dans 10-15 ans, je n'en réponds pas. Les gens manquent d'éléments parce que tout va très vite, les choses leur parviennent de façon assez superficielle."

L'autre François a-t-il un traitement plus favorable dans la presse ?

Pour l'instant, oui, mais le plus dur est à venir. On a compris que le pape François était simple, direct, qu'il voulait une église pour les pauvres et une curie réformée. Mais concrètement : comment réforme-t-on la Curie ? Un article du International Herald Tribune montre l’ampleur de la tâche

Le Vatican est un fief, une ancienne monarchie, une cour baroque, écrit le journal. « Les cardinaux sont habitués à ce qu'on les traite comme des nobles (…) Changer ce monde, c'est s'attaquer à des pouvoirs qui touchent à la fois à l'argent, l'immobilier, la politique étrangère, l'idéologie et la doctrine de l'église (…) Qui que vous soyez, vous ne changez pas la structure, c'est la structure qui vous change. »

Et cette structure est extrêmement lourde. Récemment, explique le Herald Tribune , le Saint Siège s'est montré incapable de donner une réponse rapide et coordonnée aux évêques à travers le monde sur un sujet extrêmement concret. Y-a-t-il des précautions à prendre pour donner la communion, les hosties, en période de grippe ?

Au Vatican, le Pape a un compte Twitter, mais on communique encore largement par fax. Quand on communique… Le journal cite encore le cas du cardinal Kasper, chargé du dialogue avec les Anglicans. Quand le pape Benoit XVI a lancé un plan pour le rapprochement des Anglicans et du Saint-Siège, le cardinal Kasper n'était même pas au courant.

Un autre prince de l'Eglise, le cardinal Schönborn résume en une formule : « Est-ce que vous imaginez une multinationale de cette taille fonctionner avec une aussi petite équipe ? »

En France, la place des religions dans la cité continue d'alimenter des controverses au quotidien. Le Parisien cite cette commune de Gironde où il n'y aura qu'un seul menu à l'école, même s'il y a du porc en plat principal. Colère de parents d'élèves.

Et à en croire La Croix , la question du voile n'est pas réglée. La cour de cassation se prononce aujourd'hui sur la crèche Baby Loup. Les salariées des crèches, les élèves en lycée professionnels, les mamans qui accompagnent les sorties scolaires, les allocataires de recherche à l'université, les nounous chez elles peuvent elles ou non porter le voile ? De nouveaux contentieux en justice ou sujets de controverse font leur apparition.

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

Encore beaucoup d'articles consacrés à Chypre, je n'y reviens pas on en parle largement ce matin sur France Inter. Sur l'Europe et l'austérité, deux histoires opposées. Sur le site atlantico.fr , on défend l'idée selon laquelle la rigueur permet à l'Irlande de retrouver la croissance économique, une fois les comptes apurés. Et sur le site bastamag.net , le cas de ces espagnols étranglés par une loi sur les hypothèques impitoyable.

Très loin de la rigueur : le salaire des footballeurs. France Football publie son classement annuel. Ce ne sont pas forcément les meilleurs les mieux payés. David Beckham, autrefois grand joueur, aujourd'hui un peu vieilli, est en tête du palmarès, devant Messi et Ronaldo. 36 millions d'Euros de revenus. L'écrasante majorité de ses revenus ne vient pas de son salaire au PSG qu'il avait promis de reverser à des associations caritatives, mais de ses contrats publicitaires : 33 millions d'Euros sur 36.

Et puis la curiosité du jour concerne Michel Houellebecq. On se souvient du battage médiatique qui a précédé la sortie de ses précédents livres. Houellebecq s'apprête à publier un nouvel ouvrage et cela passe pour l’instant relativement inaperçu. Le Figaro en fait à peine un titre de Une, alors qu'il est le seul dans la presse ce matin à publier l'information.

C'est un recueil de poésie, « Configuration du dernier rivage », 90 pages qui paraitront le 17 avril chez Flammarion. « Nous l'avons reçu non par coursier mais par simple pli postal dans la plus grande discrétion et sans en avoir été alerté », raconte Thierry Clermont.

Un Houellebecq plus sombre que jamais à en croire le journaliste, à tel point qu'il se demande si ce n'est pas un chant du cygne. « Tout futur est nécrologique, il n'y a que le passé qui blesse », écrit Houellebecq dans l'un des textes de ce recueil. « Quand Michel reviendra-t-il vers nous ? » se demande Thierry Clermont.

Houellebecq, inconditionnel de la poésie. « Dans la poésie ce ne sont pas uniquement les personnages qui vivent, dit il, ce sont les mots. Ils semblent entourés d'un halo radioactif. »

A demain

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