Capture écran Médiapart 19 mars 2014
Capture écran Médiapart 19 mars 2014 © Radio France

C'est la circulation alternée en politique. Le nuage des affaires avait été chassé de l'actualité en début de semaine. Il rend à nouveau le climat un peu moins respirable depuis hier.

A la Une de Mediapart : « Ecoutes, le complot de Sarkozy contre ces ‘’batards’’ de juges ». Article signé Fabrice Arfi et Karl Laske. Révélations particulièrement toxiques pour l'ancien président de la République.

Le site la teneur de sept écoutes judiciaires effectuées sur la ligne téléphonique de l'ancien président ouverte sous une fausse identité, Paul Bismuth. Pas d'enregistrement sonore en ligne, évidemment. Mais les conversations révèleraient, selon Mediapart, que le magistrat à la cour de cassation Gilbert Azibert est bien intervenu à de nombreuses reprises auprès de ses collègues de la cour. Intervenu pour s'informer et faire pression notamment sur 3 conseillers chargés d'annuler ou non la saisie des agendas présidentiels dans l'affaire Bettencourt.

Le président et son avocat maître Herzog auraient également été informés d'une possible perquisition dans l'affaire d'un éventuel financement libyen de la campagne de 2007. Ils auraient une taupe dans l'appareil d'Etat selon Mediapart .

Extraits de conversation...

Mercredi 29 janvier. L'avocat veut croire que la saisie des agendas présidentiels va être annulé, "sauf, précise-t-il, si le droit l'emporte".

Le lendemain, même sujet. Si les agendas étaient saisis, toutes les mentions relatives à ces documents devraient être effacées du dossier Bettencourt, "ce qui va faire du boulot à ces bâtards de Bordeaux" commente l'avocat, en parlant des juges.

1er février, l'ancien président et son avocat, se sachant écoutés sur la ligne officielle, organisent une mise en scène pour tromper ceux qui les écoutent. Une conversation factice autour des débats de la cour de cassation, mais "sans triomphalisme", recommande maître Herzog.

Une Libé - 19.03.2014
Une Libé - 19.03.2014 © Radio France

Les révélations de Mediapart sont tombées dans la soirée, peu de commentaires ce matin dans la presse, à l'exception de Libération . A la Une : « Sarkozy : complot contre la Justice ». Dans l'éditorial de Fabrice Rousselot, il est question de scandale d'Etat, de système organisé dans le seul but de faire obstruction à la Justice.

"Les fausses polémiques orchestrées toute la semaine dernière par l'UMP sur l'information des uns et des autres au sein du gouvernement semblent bien dérisoires. On en revient au fond de l'affaire. Celui de la recherche de la vérité sur les pratiques du pouvoir de Nicolas Sarkozy quand il était à l'Elysée."

Libé qui prolonge le dossier avec un reportage à la future plateforme nationale des interceptions judiciaires. Aujourd'hui, elles sont réalisées dans les commissariats et gendarmeries et gérées par une myriade de sociétés privées. Bientôt, tout sera centralisé à Elancourt dans les Yvelines, géré par une seule entreprise privée, ce qui pose question, Thales. L'Etat en est actionnaire à 26%. En principe, mise en place progressive à partir du mois d'avril. Il faut encore un décret du conseil d'Etat

Voici donc Big Brother.

Un peu décevant, écrit Sonya Faure. Une salle enterrée à dix mètres sous terre, elle est censée résister à un crash d'avion. Deux murs d'enceinte en béton. Des armoires, type vestiaire de foot, des serveurs informatiques d'où dégueulent des câbles de toutes les couleurs.

C'est ici qu'on écoutera les conversations téléphoniques, qu'on interceptera les fax, les mails, les sms, qu'on fera des captures d'écran des pages Facebook.

Ce sera presque aussi simple et rapide que de faire ses courses sur Auchan.fr, écrit la journaliste.

Un logiciel installé dans les bureaux des officiers de police judiciaire et des magistrats. Cliquez sur un bouton "créer une réquisition". Vous avez le choix. Interception de communications vocales, interception Internet... Etc.

Ensuite, une page apparait : "votre commande", avec le libellé des prestations et le prix. 4 Euros 59 l'interception vocale. C'est « le panier de la ménagère aux grandes oreilles » écrit Sonya Faure.

Ensuite, quelques secondes : la réquisition arrive chez les opérateurs de télécoms. Quelques secondes encore, l'écoute est disponible.

Le juge peut contrôler le travail régulièrement à distance. Les magistrats et policiers s'identifieront grâce à une carte à puce. On gardera trace de leurs faits et gestes pendant cinq ans. Les salariés de Thalès qui travailleront sur le système devront prêter serment de confidentialité. Travail compartimenté jure la firme, pour qu'ils n'aient pas accès à l'ensemble d'une affaire.

Le Canard enchainé, aussi, est pendu au téléphone

La politique abimée par les affaires, et qui doit constater aussi, son impuissance dans certains dossiers...

Les coulisses de l'opération rachat de SFR. C'est Numéricâble qui est entré en négociations exclusives. Le gouvernement a plaidé, fortement, par la voix d'Arnaud Montebourg pour Bouygues. Mais dans Le Cnard , Jean-Michel Thénard montre comment Jean-René Fortou, président du Conseil de surveillance de Vivendi, la maison mère d'SFR, s'est soucié de l'avis du pouvoir comme de ses premiers boutons de manchette.

« Ils se sont foutus de notre gueule » dit carrément un conseiller du château.

Mardi 11 mars, il y a huit jours, l'homme d'affaires est reçu à l'Elysée par Emmanuel Macron, secrétaire général adjoint. François Hollande passe une tête pendant l'entretien. Il plaide à demi mots pour Bouygues comme repreneur d'SFR.

Fourtou sort de l'Elysée. Il explique à ses proches que le président de la République n'a pas de préférence.

Jeudi 13, un nouveau rendez-vous est prévu, à 20 heures. Coup de fil de Vivendi au dernier moment. Pas possible de venir, autre réunion urgente. Pas de souci, répond Macron, passez me voir après votre réunion. Personne ne vient. Le secrétaire général adjoint de l'Elysée appelle le président du conseil de surveillance de Vivendi. "Ah bon ? Il y avait une réunion ? Maintenant, il est un peu tard pour que je passe vous voir"

Quoi d'autre dans la presse ?

Les études de genre provoquent un mic-mac à l'épiscopat. Une universitaire considérée comme une disciple de Judith Butler, la chercheuse à l'origine de ces études, devait intervenir aujourd'hui devant une centaine de responsables diocésains chargés du dossier de la famille. C'était dans le cadre d'une journée de réflexion sur le soin de l'autre. Devant l'émoi suscité, l'intervention de cette universitaire, Fabienne Brugère a été annulée. C'est à lire dans Le Figaro .

L'appel de Bixente Lizarazu et du quotidien Sud Ouest : « SOS littoral ». Les plages sont particulièrement sales cette année après les tempêtes de l'hiver. Des opérations nettoyages sont organisées à partir de demain.

Bret Easton Ellis
Bret Easton Ellis © Radio France

Et puis un écrivain quelque peu lassé de son métier. Bret Easton Ellis, interview aux Inrockuptibles . Il a des dizaines de projets sur Internet, Twitter, le cinéma, la télévision... "La seule chose qui ne me semble pas naturelle en ce moment, c'est d'être assis quelque part seul, en train d'écrire un roman" dit l'auteur d'American Psycho . Je ne sais pas si ça a un rapport avec la concentration, avec le rythme imposé par Internet, mais je n'y arrive plus. Je lis moins vite qu'auparavant. Il est devenu rare qu'un roman m'emporte au point que je ne puisse plus m'arrêter de lire. Twitter, c'est facile, fun et c'est tout ce dont j'ai envie pour le moment. Il faut arrêter avec le mythe du grand écrivain américain vaniteux, reclus dans sa tour d'Ivoire, délivrant la vérité aux mortels par la puissance de sa prose."

A demain !

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