Bonjour... Ce soir, plus de 12.000 infirmières démissionneront si les négociations salariales entre leurs syndicats et leurs employeurs n'aboutissent pas. Certains services hospitaliers pourraient perdre plus de 40% de leur personnel soignant. Et là, je vous entends penser : "Mais de quoi il nous parle ?". Je vous parle d'un pays dont le nom commence par F et se termine par E : ... la Finlande ("Libération" publie ce matin un article sur ce conflit). Eh oui, là-bas aussi, du côté d'Helsinki, ça regimbe autour du pouvoir d'achat, des prix qui grimpent, des fins de mois difficiles, des riches qui s'enrichissent, des pauvres qui s'appauvrissent... Idem en Allemagne (vous le lirez dans "Les Echos"), l'Allemagne où le syndicat GDL brandit la menace d'une grève à durée illimitée dans les chemins de fer si la direction de la Deutsche Bahn ne formule pas une nouvelle proposition salariale d'ici ce soir. La Deutsche Bahn vient déjà d'être confrontée au mouvement social le plus long de son histoire. L'impact économique de cette grève est important ; les containers s'empilent sur le port de Hambourg, d'où partent chaque jour près de 200 trains. En France, la grève des cheminots, depuis près d'une semaine, a "déjà coûté à la SNCF plus de 100 millions d'euros" : précision d'Anne-Marie Idrac, présidente de la Société nationale des chemins de fer, dans les colonnes de "La Tribune". Pendant que "Les Echos" titre sur la grogne "qui commence à monter dans les entreprises du secteur privé". Finlande, Allemagne, France : des sous, ils veulent des sous. C'est pour la défense de leur pouvoir d'achat que les fonctionnaires répondront demain à l'appel à la grève lancé par l'ensemble de leurs organisations syndicales. Journée d'action de 24 heures, manifestations prévues à Paris et en province... "Le Parisien-Aujourd'hui en France" publie les témoignages d'un infirmier, d'un officier de police, d'un professeur de français. Le premier constate : "Le ras-le-bol est général". Le deuxième dit : "On me propose de travailler plus pour gagner autant". Quant au troisième, dépité, il le reconnaît : "Je n'arrive pas à économiser". "Grève des fonctionnaires : soutien ou sympathie pour 53% des Français" : c'est ce que titre "L'Humanité" en citant un sondage réalisé par l'institut CSA les 14 et 15 novembre auprès de 959 personnes en âge de voter. Le mouvement des fonctionnaires (prévu pour durer 24 heures) va donc s'ajouter demain à l'action entreprise la semaine dernière par les salariés des transports publics. Dans "Le Journal de la Haute-Marne", Patrice Chabanet semble adresser au gouvernement une mise en garde quand il écrit : "L'exaspération des usagers est mauvaise conseillère. Elle se focalise en grande partie, c'est évident, sur les grévistes. Mais elle pourrait aussi se tourner vers le gouvernement, au motif que ce dernier n'est peut-être pas coupable pour les arrêts de travail qui paralysent les transports publics, mais responsable de la bonne marche du pays". Même analyse de Fabrice Rousselot dans "Libération". Invoquant l'histoire sociale de la France, il relève que "lorsqu'une grève dure, l'opinion finit par s'y rallier". Selon Fabrice Rousselot, "la question désormais est de savoir si Nicolas Sarkozy peut encore se permettre de prolonger l'épreuve de force avec les grévistes". Il a dit "Nicolas Sarkozy" ? Mais oui. "Le silence de Nicolas Sarkozy" : Bruno Dive, pour "Sud-Ouest", note que c'est une nouveauté dans le paysage, puis il ajoute : "Ca ne devrait pas durer. De ce côté au moins, le service minimum sera bientôt assuré". "Nicolas Sarkozy, que l'on a connu plus réactif, est sans doute condamné cette semaine à monter lui-même en première ligne" : la prédiction est de Paul Burel, dans "Ouest-France". "Sarkozy attendu" : c'est un petit bas de page de "Libération" pour qui le chef de l'Etat doit s'exprimer DEMAIN devant le congrès de l'Association des Maires de France. "Demain" ? ...Pour "Le Figaro", ce sera plutôt "en milieu de semaine", en tout cas en page Une... car en page intérieure, on apprend que le Président de la République fera des annonces (je le cite) : "lorsque les conflits auront cessé" (peut-être nos confrères du "Figaro" détiennent-ils une information qui leur permet d'annoncer que les conflits auront cessé en milieu de semaine). "La Tribune", enfin, se montre vague à propos de l'intervention présidentielle en écrivant, comme au cinéma : "prochainement" ("prochainement sur vos écrans"). "Prochainement", donc, Nicolas Sarkozy devrait faire des propositions concrètes, il devrait ouvrir de nouvelles pistes pour le pouvoir d'achat. "Sa priorité (toujours selon "La Tribune") sera d'aller chercher le point de croissance qui manque à la France". Le quotidien économique évoque une série de réformes qui auraient pour objectif la baisse des prix dans la distribution, ou encore "l'ouverture des commerces le dimanche". Quant au "Figaro", parmi les mesures qui font actuellement l'objet d'un examen, il cite celle qui donnerait "la possibilité aux entreprises d'accorder à leurs salariés un treizième mois sans charges". Le journal rappelle ce propos du député UMP Pierre Méhaignerie, propos rapporté la semaine dernière dans "Les Echos" : "Nous pouvons perdre les municipales sur le pouvoir d'achat". "Le Parisien" publie son baromètre mensuel réalisé par CSA en partenariat avec i> télé les 14 et 15 novembre derniers, toujours auprès de 959 personnes en âge de voter... La cote de confiance de Nicolas Sarkozy fond de 5 points pour atteindre 51%. C'est toujours 10 points de mieux que celle de François Fillon (le Premier ministre perd, lui, 3 points par rapport au baromètre d'octobre). On n'a pas beaucoup entendu Nicolas Sarkozy pendant cette semaine de conflits... Qu'a-t-il fait ? Eh bien, entre autres, il a reçu quelques membres de la rédaction du journal "Les Echos", quotidien économique vendu à Bernard Arnault et à son groupe LVMH. A la fin de l'entretien, question du chef de l'Etat aux journalistes des "Echos" : "Et Nicolas Beytout ? Vous croyez qu'il est content, au 'Figaro' ?"... La scène est racontée dans "Libération". "Libé" nous le rappelle, la rumeur qui voyait Beytout passer du "Figaro" aux "Echos" circulait depuis plusieurs semaines. Elle n'attendait qu'un feu vert, cette rumeur, pour devenir information. Le Président de la République, à sa manière, l'a donné, ce feu vert. Ce matin, dans plusieurs de vos quotidiens, vous apprendrez que Nicolas Beytout quitte "Le Figaro" pour le pôle "Médias" de LVMH. Il est le futur patron des "Echos". Après ça, il paraît facile à Olivier Besancenot (invité ce soir du "Franc-Parler" sur France Inter) de dire : "Je persiste et je signe". Le porte-parole de la Ligue Communiste Révolutionnaire, répond aux questions d'Eric Hacquemand, dans "Le Parisien-Aujourd'hui en France", sur un soupçon de manipulation des mouvements sociaux par la gauche radicale. Il dit : "Nous avons le bras beaucoup moins long dans les mobilisations que le gouvernement ne l'a dans les médias". Dans cette revue de presse, j'aurais aimé vous parler encore de ce numéro de "La Tribune" concocté par les patrons du CAC 40 bombardés "journalistes d'un jour". Lisez-le donc vous-même, ce numéro daté du lundi 19 novembre. "Les princes du CAC" y évoque tout un tas de sujets passionnants : l'assouplissement du droit du travail, la maîtrise des dépenses publiques, la part croissante des actionnaires étrangers dans le capital des entreprises françaises. En revanche, pas un mot (en tout cas, je n'ai rien vu) sur la baisse du nombre des grèves depuis 30 ans en France. Dans notre pays, le nombre de journées individuelles non travaillées pour fait de grève n'a cessé de baisser depuis les années 70, passant de 4 millions en 1976 à 1 million 200.000 en 2005. C'est dans "Libération" que vous lirez ça. Il s'agit d'un entretien de ma consoeur Sonia Faure avec le sociologue Jean-Michel Denis. Cet intéressant questions-réponses s'achève sur ces lignes : "Croire qu'il suffirait de négocier plus pour éviter les conflits est un leurre. Il faut l'accepter : le conflit est une partie intégrante de l'organisation sociale. Il est stupide de vouloir à tout prix l'éradiquer".

Alain LE GOUGUEC

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