Patrick Cohen : Comme chaque vendredi, la Revue de Presse à deux voix. Les journaux étrangers avec Guyonne de Montjou... les journaux français avec Bruno Duvic. Un point commun ce matin : deux longues interviews d'Aung San Sun Kyi, dans Libération et dans le Guardian... Bruno Duvic : Et quand on a passé sept ans coupé du monde en Birmanie, on ne sait pas vraiment ce qu'est Internet ou un téléphone portable. Alors Aung San Sun Kyi apprend, elle raconte à Marie Normand dans Libération : "Samedi, pour la première fois, j'ai tenu dans ma main l'un de ces petits téléphone. Je ne savais pas trop s'il fallait le mettre au niveau de mon oreille ou de ma bouche. Quant à Internet, pour l'abonnement il y a une clause qui indique qu'on ne doit pas avoir d'affiliation politique. Je pense qu'ils savent bien que j 'ai une activité politique, on verra ce qui se passe". Guyonne de Montjou : Son temps, elle l'a notamment passé à lire des biographies et des romans d'espionnage, mais surtout à écouter la radio, six heures par jour, pour ne rien manquer de l'actualité birmane. L'essentiel, pour elle, était de prendre la température en permanence du peuple qu'elle aurait du diriger il y a vingt ans quand elle a largement gagné les élections. Bruno Duvic : Et aujourd'hui, quels sont ses projets ? Dans Libération, elle se dit prête à parler avec TOUS les acteurs de Birmanie. "Nous devons travailler à créer un vrai esprit de l'union birmane". Guyonne de Montjou : Aung San Sun Kyi n'a pas perdu son humour : dans le Guardian, elle se décrit comme une sorte d'agent d'entretien. Pour pouvoir vivre dans cette maison humide de deux étages, où personne ne l'aidait, elle est devenue bricoleuse, et pas toujours avec succès : après le passage du cyclone "Nargis", par exemple, il y a deux ans, elle a vécu plusieurs jours à la chandelle, faute de savoir comment remettre les plombs. Bruno Duvic : Mais elle disposait aussi de CD, des CD avec lesquels elle a appris le Français pendant ses années d'isolement. A tel point que la journaliste de Libération l'a interrogée en Français. Mais la Prix Nobel répond en Anglais : "Je ne suis pas encore à l'aise à l'oral, je n'avais personne à qui parler". Patrick Cohen : D'un Prix Nobel l'autre... La cérémonie pour le dissident chinois Liu Xiabao, à Oslo dans trois semaines, pourrait être assez étrange... Guyonne de Montjou : Oui, c'est la première fois depuis 80 ans qu'on ne trouve personne dans l'entourage du lauréat pour venir recevoir le chèque d'un million d'euros, la médaille et le diplôme à Oslo. Lui-même est en prison pour encore onze ans, mas sa femme, ses fils, ses neveux sont sous étroite surveillance policière, interdits de sortie. Le correspondant du Herald Tribune a reçu un SMS du frère de Liu Xiabao qui disait : "Je suis espionné, je ne peux pas donner d'interviews, je dois rester silencieux". Qu'à cela ne tienne ! La cérémonie se tiendra quand même, sans les intéressés. Le Times of India ne se prive pas de dénoncer les cinq pays qui ont choisi de ne pas être représentés par peur des représailles chinoises. Il s'agit de la Russie, Cuba, du Kazakztan, du Maroc et de l'Irak. Voilà, c'est dit ! Bruno Duvic : C'est que la Chine, c'est une formidable puissance économique ! Risque-t-elle la surchauffe ? "La flambée des prix met en danger le miracle économique chinois" titre aujourd'hui Le Monde. 4,4% d'inflation. Dans une série de villes, le prix de 18 légumes a augmenté de plus de 60% en un an. Et Pékin rétablit le contrôle administratif des prix. Pas de risque de surchauffe en Europe. Illustration avec la manchette des Echos ce matin : "Irlande, croissance, réformes : l'Europe se débat dans la crise". Quant au New-York-Times, Guyonne, il s'inquiète de l'avalanche de mini krachs ces derniers mois sur les marchés financiers du monde entier... Guyonne de Montjou : Oui, c'est simple, vous êtes trader, tout va très vite, et un jour, en avalant votre sandwich, vous faites une faute de frappe sur votre ordinateur. Et là, sans le faire exprès, vous déclenchez un algorithme puissant, un ordre d'achat, qui ne fait qu'une bouchée de l'entreprise : c'est ainsi qu'une compagnie de service centenaire a été liquidée en un clin d'œil. "C'est le bazar total ! Les Bourses sont devenues pires que le Far-West !" se plaignent les courtiers américains au New-York-Times. Pour eux, rien ne va plus depuis un an, tout va trop vite. Il n'y a presque pas de parade pour empêcher ces erreurs humaines et les petits jeux moins innocents auxquels certains se livrent. Patrick Cohen : Dans Le Monde-Magazine, qui paraîtra cet après-midi et demain, la grande tradition des écrivains-reporters... Bruno Duvic : Jonathan Littell, est allé en République Démocratique du Congo. Il raconte la guerre oubliée. Des rebelles ougandais sèment la terreur dans le nord-est du pays. Les assassinats et enlèvements d'enfants, en particulier, sont quotidiens. Le Prix Goncourt donne la parole au Père Sergio, un prêtre qui vit depuis presque quarante ans au Congo. "Nous sommes dans une confusion et une impuissance totales. Ils sont devenus des bêtes, c'est un groupe désespéré. Ils n'ont aucun objectif". Ce groupe, c'est l'Armée de Résistance du Seigneur de Joseph Kony, inculpé pour "crimes de guerre et crimes contre l'humanité". Jonathan Littell rappelle notamment les massacres de Noël en 2008. D'après Human Rights Watch, au moins 865 civils furent assassinés et 160 enfants enlevés. Guyonne de Montjou : Et il y a une autre guerre qui, elle, n'est pas oubliée : c'est celle qui se poursuit en Afghanistan. On l'apprend dans le Herald Tribune ce matin, sous la plume de deux universitaires américains : les Afghans trouvent que la situation chez eux s'améliore. Un sondage récent le prouve : 47% estiment que leur pays va dans la bonne direction. C'est 9% de plus qu'il y a deux ans. L'ouverture d'écoles pour filles, la construction de ponts et de routes et une meilleure sécurité. Voilà ce qui les rend plus positifs. Bruno Duvic : Cette guerre aura-t-elle une fin ? Peut-être car les talibans, aussi, sont fatigués. Interview d'un des hauts responsables de l'ONU dans La Croix. Staffan de Mistura est le représentant spécial de Ban ki-Moon en Afghanistan. Il affirme que toutes les parties impliquées dans la guerre se préparent à négocier. Les talibans aussi, fatigués donc. Les contacts sont plus nombreux avec le gouvernement. Toutes les parties sont conscientes que la fin du conflit approche. On verra si cet optimisme est de bon aloi. En tout cas, le diplomate lui-même constate que, pour l'instant, les affrontements sont plus violents, chacun tentant de se mettre en meilleure position par rapport à la négociation. Patrick Cohen : En bref, Bruno, les autres titres de la presse française... Bruno Duvic : Le mea culpa de médecins dans l'affaire du Mediator : c'est à lire dans Ouest-France. Un praticien de Brest reconnaît en avoir prescrit sous la pression des clients et de la concurrence avec d'autres médecins. Après les retraites de base, négociations autour des complémentaires. C'est la Une de La Tribune : "Menaces sur les avantages familiaux". Les bonus pour les parents de familles nombreuses sont au cœur des débats. Et ceux qui ont manifesté contre la réforme des retraites ont-ils été maltraités par la police et la justice ? C'est la Une de L'Humanité qui dénonce des procédures particulièrement fermes pour de simples outrages ou jets de canettes sans conséquence. Encore deux choses : la Une du Figaro sur l'islam radical qui inquiète Benoît 16. Le pape pense aux chrétiens d'Orient évidemment. Et puis, infiniment plus léger : si vous arrêtez de fumer, lisez la chronique d'Alix Girod de l'Ain, dans "Elle", c'est désopilant ! Dernière histoire, Guyonne, digne d'une scène de film, mais il y a eu 158 morts... Guyonne de Montjou : Oui, c'est ce crash d'Air India au mois de mai dernier, qu'on élucide peu à peu. Les enquêteurs ont déclaré à la presse indienne que l'accident d'avion était du au fait que le pilote s'était endormi pendant plus de la moitié du vol. Dans les enregistrements on l'entendait ronfler bruyamment. Il s'est réveillé quelques secondes avant l'atterrissage. Son copilote lui a demandé s'il ne valait pas mieux refaire un tour. Et lui, il a cru qu'il y arriverait.

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