8H30 l’heure de la revue de presse, bonjour hélène jouan

Une question à la Une de la presse ce matin, Comment ? comment expliquer la facilité de circulation des terroristes ?

Après l’assaut donné hier matin à Saint Denis contre les terroristes, Hervé Favre dans la Voix du Nord s’exclame : « bravo et merci aux forces de l’ordre ! Mais une question reste posée poursuit il: comment la préparation d’une opération aussi massive que celle du vendredi 13 a pu échapper à leur radar ? et si la présence hier, du cerveau présumé de ces attentats AbdelHamid Abaoud devait être confirmée, on ne serait plus alors dit il, en présence d’une faille, mais d’une faillite du renseignement européen »

Comment expliquer que des personnes signalées dans certains pays puissent continuer à passer les frontières ? quelques éléments de réponse dans la presse ce matin

La faute à l’insuffisante coopération européenne en matière de renseignement affirme Libération. « Contrairement aux individus qui circulent librement à l’intérieur de l’espace Schengen, les informations détenues par les services de renseignements restent largement bloquées aux frontières. Le domaine est jugé trop régalien par les Etats, résultat : les services privilégient les échanges bilatéraux, mais il n’y a pas de mutualisation des informations ».

Autre élément avancé par le Figaro, des « aéroports passoires en Europe » en l’absence d’un fichier PNR, Passenger Name record, un fichier qui existe déjà aux états unis, en grande bretagne, en russie, en arabie saoudite et qui permet de croiser les données personnelles des voyageurs avec les fichiers de police. Aujourd’hui raconte le Figaro, « qu’ils soient français ou étrangers, les djihadistes prennent l’avion et franchissent les frontières comme on prend le métro ». Certains passent même avec leurs vrais passeports, il leur suffit de faire des sauts de puce en Europe pour partir ou revenir de Syrie. La règle du jeu européenne interdit l’accès aux données des vols intra- communautaires. La France pousse à l’adoption d’un PNR commun. La commission de Bruxelles et le parlement européen piétinent.

Faille au niveau européen, faille de nos propres services de renseignements puisque certains des terroristes de vendredi ont clairement échappé à leur vigilance.

En accusation dans le journal l’Humanité : la disparition des RG, les renseignements généraux, la réforme avait été opérée sous Nicolas Sarkozy qui a souhaité les regrouper avec le contre-espionnage sous la coupe de la nouvelle DCRI, la direction centrale du renseignement intérieur. « Mais c’est une certaine idée du renseignement, basé sur la proximité, la connaissance, les infiltrations, les filatures, qui disparaît accuse le journal. Il faut 2 ans pour bien former un agent à de telles techniques, mais c’est la seule façon de bien comprendre le fonctionnement et les réseaux de celui qu’on surveille » dit l’Huma. Des moyens humains sous dimensionnés et des méthodes à revoir donc..

Il y aurait urgence à en prendre la mesure si l’on en croit le témoignage d’une avocate Maitre Samia Maktouf, à lire dans le Parisien : elle explique comment les terroristes ont un temps d’avance sur les services chargés de les neutraliser, notamment parce qu’ils ont appris la dissimulation. « les apprentis jihadistes ont compris qu’en montrant des signes ostensibles de leur extrêmisme, ils n’auront jamais la paix. Ils se mettent donc en mode Kouffar, c’est-à-dire « infidèle » en arabe, ils se rasent la barbe, trouvent un travail, sortent en boite. Les services pensent que l’individu est rentré dans le rang, mais c’est tout le contraire »affirme t elle.

Dans la presse également ce matin, c’est tout le fonctionnement de Daech qui est passé au crible

La Croix explique par l’intermédiaire de l’islamologue Mathieu Guidère comment le groupe encourage d’une certaine façon le « regroupement familial » pour attirer de nouveaux jihadistes : tout se joue sur de petits réseaux, explique t il, le premier arrivé en Syrie fait venir les siens, sa famille, ses amis. Aujroud’hui en France/le Parisien raconte de façon glaçante, l’apprentissage des futurs kamikazes, au sein de véritables pépinières, puisque « on ne nait pas terroriste, mais on le devient, c’est un métier, terroriste » : formation théologique limitée à la haine de l’occident et de ses valeurs, mais surtout apprentissage des armes, des stratégies de communication, et de dissimulation, encore une fois, notamment sur les plate-formes internet. Un cursus de kamikaze qu’a peut être suivi, la femme qui se serait fait exploser hier à Saint Denis. « Serait », car ni son sexe ni son identité ne sont confirmés à l’heure qu’il est. Les Echos relève tout de même, que si c’était le cas, et s’il s’agissait bien d’une opération suicide, ce serait en France, la première femme kamikaze, morbide innovation pour l’Etat islamique dit le journaliste, après Boko Haram, Al Quaida, les organisations palestiniennes ou les veuves noires tchétchènes.

Les Echos qui font également un point terrifiant sur le financement de Daech, qui affirme être le groupe terroriste le plus riche du monde, 2 milliards de dollars de ressources annuelles. Avec des sources connues, le pétrole bien sûr vendu au marché noir pour 1 à 2 millions de dollars par jour, le racket aussi auprès de leur population avec confiscations des biens à la clef, les donateurs étrangers, saoudiens et qataris en tête, mais aussi l’agriculture puisque son emprise s’étend sur des zones très fertiles le long du Tigre et de l’Euphrate, le trafic des Antiquités, ils ne détruisent pas tout, ils vendent aussi sous le manteau des trésors antiques…L’enlèvement d’étrangers contre rançons constitue également une véritable industrie. Gradation dans l’horreur : selon l’Onu, le groupe Etat islamique est également actif dans le trafic d’êtres humains, avec 25 000 femmes et enfants qui auraient été vendus, trafic d’organes enfin, prélevés sur le corps de captifs ou de prisonniers blessés.

Face à l’horreur, et la barbarie…quelques réflexions à retenir dans la presse ce matin…

Les mots de notre confrère de France Bleu Antoine Leiris, qui a perdu sa femme vendredi au Bataclan. Des mots repris à la Une du Spiegel aujourd’hui : « Vous voulez que j’ai peur ? laissez tomber » dit il aux terroristes

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Des mots qui répondent à ceux de l’écrivain israélien David Grossman dans Libération: « Vivre dans la peur est destructeur affirme t il. Vous prenez le réflexe de voir le danger partout, vous ne pouvez vous empêcher de regarder l’autre, s’il est différent de vous, comme un danger. C’est ça la force de la terreur, elle nous ramène à un vulgaire stade animal »…heureusement, certains résistent malgré la douleur, comme Antoine Leiris

Les réflexions d’un autre écrivain Richard Ford, américain, dans un numéro spécial du Monde des livres, qui s’interroge sur le nouveau sens pris par les mots : choc, urgence, guerre, existentiel…oui la question de vie ou de mort est devenue une question existentielle, liée aujourd’hui à la simple survie, quand elle traduisait hier des considérations moins primaires. L’usage raisonné des mots est l’affaire de tous affirme t il… Celle des journalistes avant tout. Le rôle des journalistes, nous dit il citant un éditorialiste américain, « c’est de fournir au citoyen une image de la réalité qui lui permette d’agir ». Belle définition

Frédéric Mounier dans la Croix, nous donne un dernier conseil pour résister à cette peur. « Pas question de s’arrêter de s’informer bien sûr, reconnait il, mais lire des livres de fond, des journaux non hystériques, écouter des radios calmes, c’est peut être la meilleure façon de résister à la peur que DAech veut instiller, en nous, entre nous »conseille t il Bienvenue sur France Inter. Radio calme.

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