On se souvient de la polémique sur la pipe de Jacques Tati : une affiche de 2009, l’affiche d’une exposition consacrée à ses films, sur laquelle, à la demande de la RATP, la pipe du cinéaste avait été remplacée par un grossier moulinet à vent…

Douze ans plus tôt, c’est un timbre qui avait fait débat : un timbre en hommage à André Malraux – et sur la photo de Malraux, la Poste lui avait gommé sa cigarette des lèvres… Mésaventure similaire pour Jean-Paul Sartre : il avait été amputé de sa clope sur la couverture d’un catalogue de la BNF… Du reste, même Lucky Luke a désormais troqué son célèbre mégot pour un simple brin d’herbe… Chaque fois, l’idée, c’était d’éviter de faire la promotion du tabac – éviter, donc, de contrevenir à la loi Evin, mais le politiquement correct peut confiner au ridicule, ainsi que l’ont d’ailleurs jugé les députés lorsqu’en 2011, ils ont finalement décidé d’exclure ce qu’on appelle « le patrimoine culturel » d’une application trop littérale de la loi…  

Et pourtant, cette semaine, nouvelle polémique : au Sénat, dans la nuit de mercredi à jeudi, une sénatrice socialiste a « remis une pièce dans le juke-box », comme l’écrit Benjamin Chapon sur le site de 20 MINUTES… C’est une élue de la Sarthe, et elle a accusé, cette fois, le cinéma de faire de « la publicité détournée pour le tabac »… Citant une récente étude, elle s’est émue que « 70% des nouveaux films français mettent à l’image au moins une fois une personne en train de fumer… Peu ou prou, a-t-elle dit, ça participe à en banaliser l’usage, si ce n’est à le promouvoir », notamment auprès des plus jeunes… Puis elle a suggéré de prendre des mesures, afin donc d’en finir avec cette sorte de propagande détournée.

Or, il se trouve que la ministre de la Santé a trouvé l’idée excellente… « Je ne comprends pas l’importance de la cigarette dans le cinéma français », a déclaré Agnès Buzyn, confiant même qu’elle en avait déjà touché un mot à la ministre de la Culture… 

Pour l’heure, on n’en est pas encore au projet de loi, mais si l’on en croit 20 MINUTES, il se pourrait bien que le gouvernement propose d’interdire à l’avenir les rôles de fumeurs à l’écran…

Sur les réseaux sociaux, les propos de la ministre n’ont d’ailleurs pas manqué de faire réagir… On peut même dire qu’ils ont fait tousser, sur le thème : tant qu’on y est, pourquoi ne pas interdire désormais aux personnages de se droguer ? Ou bien de dépasser les limitations de vitesse ? La fin des cascades et courses poursuites… Et, dans le même esprit, pourquoi ne pas interdire les crimes ? La fin des polars… Pourquoi ne pas interdire toute forme de violence ? La fin des films de guerre… Tant qu’on y est, pourquoi ne pas interdire les gros mots, et obliger les personnages à manger cinq fruits et légumes par jour ?   

Bien sûr, tout cela part d’une bonne intention : chaque année, le tabagisme fait 80.000 morts en France… N’empêche : l’idée de bannir la cigarette des tournages rappelle vraiment les polémiques des années passées, et, donc, le ridicule du politiquement correct… Ridicule que pointe également le blogueur Didier Pobel, qui rappelle que « le septième art, comme la littérature, relève de la fiction – un domaine qui, c’est même sa spécificité, se démarque de ce qu’on peut appeler ‘la vraie vie’… » A quoi j’ajoute que l’une des fonctions de la fiction, c’est également de donner à voir ‘la vraie vie’… Et dans la ‘vraie vie’, il reste encore quelques fumeurs… 

D’ailleurs, le politiquement correct ne concerne pas que l’image… Il touche aussi les mots…  Lire, à ce propos, le papier que signe Alice Develey dans LE FIGARO : « Les auteurs seront-ils bientôt privés de ‘nègres’ ? » Il y a trois jours, le CRAN, le Conseil représentatif des associations noires de France, a affirmé avoir obtenu gain de cause auprès du ministère de la Culture pour remplacer le terme de « nègre littéraire » par celui de « porte-plume »… Le ministère ne confirme pas, mais dit étudier la question… Sachant que pour l’association antiraciste, le terme de « nègre » est « inapproprié »… Autrement dit : stigmatisant… Du reste, sa croisade contre les mots qui stigmatisent n’est pas nouvelle… 

En 2014, le CRAN avait réussi à faire débaptiser les spécialités d’une chocolaterie d’Auxerre. Désormais, on ne peut plus y commander « un négro » ou « un bamboula »… Mais l’association ne s’arrête pas là, et souhaite maintenant faire interdire le mot « nègre » des dictionnaires, rappelant qu’il faut, je cite, « éradiquer le racisme, dont le langage est, malgré nous, le vecteur »… 

Eradiquer le racisme, en supprimant un mot : une analyse que ne partage pas Frédéric Vitoux. Pour l’académicien, « il n’y a pas, en soi, une langue raciste, mais seulement des termes qui ont un sens racistes »… Et puis le journal s’interroge : comment ferions-nous alors pour parler du Nègre de Narcisse, de Joseph Conrad ou bien des Dix petits nègres d’Agatha Christie ?

Le débat ne manque pas d’intérêt. 

Très intéressant, également, le numéro que propose cette semaine LE UN… « Personne ne peut comprendre. Jamais. Personne. Parce que certaines choses, on ne peut pas les expliquer. Quand vous n’avez jamais connu ça, vous ne pouvez pas savoir. L’espace par exemple. Le manque de place. Etre enfermé. Je ne sais pas si les gens au-dehors se rendent compte. Les neuf mètres carrés avec le collègue. A deux dans neuf mètre carrés. A deux quand on a de la chance. On est souvent trois, avec un matelas qu’on sort de sous le lit le soir, et le troisième qui dort par terre sur le matelas. Neuf mètres carrés, avec deux lits superposés, des WC, un lavabo, une petite table et deux chaises… Dîtes-moi la vérité : quand est-ce que vous avez pensé à la prison la dernière fois ? Y penser sans raison particulière. Soyez honnête. Jamais. En France, on est 70.000 en ce moment à être en prison. » C’est l’écrivain Philippe Claudel qui signe ce très beau récit, dont je ne vous ai lu qu’une partie… 

Récit pour alerter sur le quotidien des détenus français. Et, de fait, quand l’actualité ne nous y pousse pas, la prison n’est pas un sujet auquel on pense naturellement… C’est donc tout à l’honneur du UN que de se plonger dans cet épineux dossier. La France est régulièrement mise en cause pour le traitement de ses prisonniers… Les prisons françaises… Une honte, se dit-on en lisant ce numéro, dans lequel Véronique Vasseur, l’ancien médecin de la prison de la Santé, évoque notamment un enfermement qui peut rendre dingue… « Si vous n’étiez pas fous avant, la prison peut vous aider à la devenir… »

Et puis, on parle aussi de politique dans la presse ce matin. 

Une photo de Marine Le Pen à la Une du PARISIEN… Photo tirée de son débat de l’entre-deux tour de la présidentielle, face à Emmanuel Macron… Et ce titre : « Elle ne s’en relève pas »… Depuis sa défaite en mai dernier, Marine Le Pen ne parvient plus à s’imposer, écrit le quotidien, qui précise qu’au Front National, certains n’hésitent plus aujourd’hui à évoquer sa succession… 

Enfin, dans LE JOURNAL DU DIMANCHE, la photo de deux hommes : Emmanuel Macron et Christophe Castaner, le nouveau délégué général de La République En Marche… Une photo qui vient appuyer le propos de l’hebdomadaire… Selon lui, le vrai patron du mouvement, c’est bien le chef de l’Etat – et d’ailleurs, il ne s’en cache pas : un mouvement créé par lui et pour lui, et dont il espère désormais qu’il sera, je cite le JDD, « sa machine de guerre » en vue de sa réélection en 2022… 

Cela dit, c’est un autre programme que défend Christophe Castaner, dans l’interview qu’il a accordée au journal. Il promet notamment de « retrouver l’ADN du mouvement » : un mouvement « ouvert, libre, bienveillant, proche des territoires et utile aux citoyens », dit-il, en assurant aussi que La République en Marche aura vocation à être la vigie du gouvernement. « Si les choses dérapent ou ne vont pas assez loin, on devra le dire. Pas de propagande chez nous ! » jure l’ancien élu socialiste, ajoutant « S’il fallait un barde pour chanter les louanges du gouvernement, je ne serais pas celui-là. » Prière, évidemment, de le croire sur parole… 

On relèvera par ailleurs les mots suivants : « Je veux qu'on sorte du champ réservé des partis traditionnels. Je veux que mille initiatives, mille fleurs fleurissent partout en France »… Ce matin, l’agence de presse Reuters souligne que Christophe Castaner paraphrase ici le slogan de la "Campagne des cent fleurs" dans la Chine maoïste. 

En 1956, Mao Zedong avait invité les Chinois à donner libre cours à leurs opinions par ces mots : « Que cent fleurs s'épanouissent ! » Mais cette relative liberté d'expression avait été de très courte durée, et suivie par une répression féroce et les grandes purges de la Révolution culturelle… Castaner s’inspirerait ainsi de Mao… Et tant pis, si en disant ça, on n’est pas vraiment politiquement correct.

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