C'est une France qui change, et qui meurt parfois en silence... Parole à la France rurale, ce matin, dans la presse... Le quotidien La Provence a la bonne idée de décrypter, commune par commune, les chiffres du recensement. Cette étude minutieuse nous apprend beaucoup de choses. "Bienvenue à Villes-sur-Auzon". 1221 habitants, près de Carpentras. Le passé agricole se voit toujours dans le paysage : un manteau de vignes et de cerisiers au pied du Mont Ventoux... sauf qu'il n'y a plus que 17 exploitants à Villes, plus que trois paysans au conseil municipal. Un habitant sur deux prend la route tous les matins pour aller travailler ailleurs. Un quart de la population a changé ces dernières années. Saignement de la France rurale... Confirmation dans Sud-Ouest. Même dans une région où l'on se dit qu'être agriculteur est valorisant et rentable : les vignes du Bordelais, les bras manquent. Interview d'un expert de la Direction régionale de l'agriculture : "Un chef d'exploitation sur deux, en Aquitaine, a plus de 50 ans. Les enfants délaissent la vigne". Malaise du monde paysan... Vendredi dernier, ils étaient 50000 dans la rue pour demander de l'aide au gouvernement et à l'Europe. On connaît les arguments : agriculteur, c'est une activité pénible physiquement, et les fins de mois sont difficiles. Dans La Croix, portrait de jeunes en combinaison et bottes. Ils refusent de désespérer et veulent devenir paysans. Il faut vraiment avoir une volonté inébranlable. Mais dans les yeux de Mathieu, Xavier ou Clément, il y a toujours la fascination d'un petit garçon devant des gros tracteurs rutilants. Les bras et l'argent manquent dans les champs, alors que la courbe du chômage remonte et qu'un milliard de personnes ont faim dans le monde... Dans Les Echos, sous la plume de Daniel Bastien, enquête sur ce malaise au niveau mondial. Cela s'appelle "Razzia sur les terres agricoles". En Afrique, en Asie, en Amérique du Sud, en Europe de l'Est, des millions d'hectares passent sous la coupe d'entreprises ou d'Etats étrangers. On parle même de troisième vague de délocalisations, après celle des usines et de la high-tech. Cinq à dix gros contrats de vente ou de location de terres par jour. Le coup de tonnerre, on l'a entendu l'an dernier quand on a appris que la moitié des terres arables de Madagascar passait sous la coupe de l'entreprise sud-coréenne Daewoo. Question posée par Daniel Bastien : qui achète ? Réponse : tout le monde... les géants de l'agro-business, des Etats qui ne possèdent aucun potentiel agricole et beaucoup de pétro-dollars comme l'Arabie Saoudite. Ils veulent sécuriser leurs approvisionnements. Selon Les Echos, la thèse du "gagnant-gagnant", c'est de la foutaise. La location des terres ne se traduit pas par un développent local. Au contraire, elle bouleverse la biodiversité et les règles sociales, des règles qu'il est difficile de faire respecter. Exemple de l'Ethiopie, qui reçoit d'une main l'aide de l'ONU et signe de l'autre des chèques à l'Arabie. Exemple du Mali où, dans un pays grand comme cinq fois la France, il y a vingt notaires, en tout et pour tout, spécialistes du droit foncier. L'Iran va-t-il se doter de la bombe nucléaire ? C'est quasiment inéluctable, selon Le Figaro. "L'irrésistible marche iranienne vers la bombe" : enquête de Delphine Minoui et Isabelle Lasserre... Pour les experts, le franchissement de la ligne rouge, c'est une affaire de mois. Les deux journalistes rassemblent les indices. Téhéran a fait appel au spécialiste de la prolifération nucléaire : le Pakistanais Abdul Qadeer Khan. La République islamique a acquis des milliers de centrifugeuses ces derniers mois. Elle a procédé à des tirs de missiles longue portée... La liste est loin d'être close. Les négociations, aujourd'hui à Vienne, peuvent-elles donner quelque chose ? L'espoir est mince. Pour la Russie, il est trop tôt pour prendre de nouvelles sanctions. L'administration Obama est en position de faiblesse en ce moment. Conclusion d'un spécialiste : "Si l'Iran avait l'arme nucléaire, ce serait le coup d'envoi d'une prolifération dans l'ensemble de la région". A Rio de Janeiro, ce qui prolifère, ce sont les gangs de la drogue. "Rio ne répond plus" : récit de Chantal Rayes dans Libération... Deux semaines après la désignation de la ville comme hôte des Jeux Olympiques 2016, scènes de guerre ce week-end. Deux favelas voisines ont réglé leurs comptes. Bilan des combats : quatorze morts, dont deux policiers. Les caïds ont réussi à descendre un hélico de la police en plein vol. Lula et le maire de Rio ont du travail pour tenir leur promesse d'une ville sûre au moment des JO : on compte environ 800 favelas à Rio. D'autres informations glanées dans la presse... Pas question de relever l'impôt sur les bénéfices des banques : position de Christine Lagarde ce matin, dans Les Echos. En revanche, la ministre de l'Economie dit réfléchir au moyen de leur faire financer le plus grand contrôle des banques et la meilleure protection de leurs clients. Les tests ADN de paternité sont interdits, mais largement pratiqués par les Français. Selon Le Parisien-Aujourd'hui, 10 à 20000 pères ont recours à ces tests chaque année à l'étranger pour vérifier que leurs enfants sont bien les leurs. Toujours dans Le Parisien : Renault devant le tribunal aujourd'hui... La veuve d'un salarié qui s'est suicidé en 2006 attaque la firme automobile pour "faute inexcusable". Après les disques et les films, les livres sont à leur tour victimes de piratage. Selon une étude pour le quotidien 20 Minutes, près de 6000 sont proposés illégalement sur le Net. Retour à la case départ pour terminer : cette France rurale dont nous parlions tout à l'heure... Dans sa dernière livraison, la magnifique revue XXI consacre un dossier à ces Africains qui essaient de prendre racine en France : trois histoires, sans préjugés ni politiquement correct... Il y a notamment l'histoire du Père Borice, curé congolais en bocage normand... Il est arrivé à la Toussaint 2007. L'accueil a été à l'image de tout son séjour. D'un côté, un "Bienvenue" à la normande : pas d'effusions mais des gestes concrets de générosité. De l'autre côté, une famille qui ne voulait pas d'un curé noir lorsqu'il a célébré son premier enterrement. Puis la plupart des gens du coin ont adopté le nouveau curé. Fallait s'accrocher au moment des sermons, à cause de l'accent, et puis parce que le Père Borice est assez intello. Le moment où tout a basculé, c'est peut-être ce samedi de l'an de grâce 2009. Le Père Borice, écrit Eric Lemasson, qui raconte cette histoire dans XXI, le Père Borice, venu d'un continent autrefois évangélisé par les Blancs, réalise l'ampleur de la déchristianisation en France. Quand il s'adresse à l'assistance, personne ne réagit, pas un fidèle ne répond la messe. "Quelqu'un souhaite-t-il commenter les textes sacrés ?", demande le curé. Non, personne, pas même les mariés. Et quand il leur demande s'ils sont prêts à accueillir les enfants que Dieu leur donnera : il n'a pas encore vu le bébé, manifestement né depuis six mois, que Dieu leur a déjà donné... Alors ce qui devait arriver arriva : un dimanche, le Père Borice a annoncé son départ. Des deux côtés, mélange de déception et d'amertume. Même le noyau dur des fidèles, ceux qui animent la chorale et le cathé, avaient fini par ressentir un peu de défiance... cette façon qu'il avait de refuser qu'on le tutoie : "Ce jeune homme ne se prenait pas pour de la gnognotte". Jeunesse, inexpérience, confrontation de codes culturels : il y a de tout ça dans l'histoire du Père. Le maire du village, qui s'était pris de sympathie pour lui, parle de relents de racisme. Témoignage du Père Zacharie, un curé noir comme de l'ébène dans le bourg de Livarot, à quelques kilomètres de Camembert. Lui a réussi à s'enraciner, mais à quel prix : "Vous n'imaginez pas la violence du choc culturel... En Afrique, le prêtre, c'est comme un chef de village. Ici, il n'est rien". Rien, comme ce soir de Noël où le Père Borice avait voulu célébrer la messe en dehors de l'église principale : peut-être un peu d'orgueil... Il a dû poireauter de longues minutes dans le froid avant que les fidèles daignent se pointer. Le Père Borice est parti. Conclusion avec un proverbe africain : "Le crayon de Dieu n'a pas de gomme"... Traduction : dans un parcours, la période d'apprentissage est si essentielle qu'elle marque toute une vie. Le crayon de Dieu n'a pas de gomme... C'est à lire dans la revue XXI, cet automne... Bonne journée...

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.