Ah, c’est plus facile quand la vérité est absolue… Eh bien, c’est comme ça : en Allemagne, elle est toute relative… Angela Markel a relativement gagné… Gerhard Schröder a relativement perdu… A moins que ce ne soit le contraire…Drêle d’élection en tout cas, qui inspire ce titre très sage du "Parisien" : "L’Allemagne ingouvernable ?"… Point d’interrogation. Bien sûr. Etonnante Allemagne, chez qui "démocratie" ne règne pas pour autant avec "ennui". Voilà un pays qui sort d’un suspense du style "qui battra qui ?"… Pour entrer dans un autre : "qui gouvernera avec qui ?" Au bout du compte, le changement, mais pas trop brutal, sous contrôle… Avec des réformes, mais pas trop, enfin pas trop libérales… La démocratie, écrit Francis Brochet dans "Le Progrès", c’est palpitant et finalement… très raisonnable. Alors imaginez maintenant, un gouvernement de coalition réunissant Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Dominique Strauss-Kahn, François Hollande et Noël Mamère…"Totalement impossible, me direz-vous", écrit Thomas de Rochechouard dans "France Soir"… Et pourtant, poursuit-il, c’est bel et bien le cas de figure qui est sur le point de se réaliser en Allemagne. Comme quoi, les Allemands sont résolument centristes, au point de renvoyer dos à dos les deux partis majoritaires, reprend Patrice Chabanet dans "Le Journal de la Haute-Marne". Et toujours à travers le prisme tricolore, l’éditorialiste de "France Soir" voit l’Allemagne plongée dans le maquis des alliances, comme la France de la 4ème République. Et c’est ainsi que beaucoup de journaux, ce matin, parlent de cohabitation…. Comme en France. Une gagnante qui a perdu… un perdant qui a gagné : Fleurs d’automne, écrit Michel Guilloux dans "L'Humanité" : la remontée électorale du SPD dans les derniers jours de la campagne n’est pas due à un revirement stratégique mais bien à un effet de vote utile, face à la crainte suscitée par l’ultra-libéralisme des membres de l’équipe d’Angela Merkel, la Thatcher allemande. Et le moteur alors : le fameux moteur franco-allemand pour l’Europe ? Mieux vaut faire envie que pitié, dit-on… Oui, mais avec un Jacques Chirac décrédibilisé depuis le référendum et une Angela Merkel dévalorisée par un score moins élevé que prévu, le couple allemand devrait plus faire pitié qu’envie. Signé Jean-Michel Helvig, dans "Libération"… qui note que l’Allemagne entre dans ce club des nations où la capacité de nuisance des protestataires et radicaux bloque le jeu régulier des alternances et paralyse les politiques de long terme. Au moins, de l’autre côté du Rhin, les extrémistes de droite ont été effacés du paysage, note Jean-Michel Helvig. Voyons maintenant comment la presse allemande traduit l’événement ce matin… Avec une illustration à Berlin, où nous attend notre confrère Maxime Leo, du "Berliner Zeitung", qui veut dire tout simplement "Le Journal de Berlin"… Tendance disons….centre-gauche…. Bonjour… D’abord quel est le titre en Une de votre journal ? Comment votre journal analyse-t-il ces résultats ? Vous avez eu le temps de jeter un œil sur les autres journaux allemands ? Merci Maxime Leo… En direct de Berlin. Voilà, l’Allemagne aujourd’hui, c’est deux perdants pour un fauteuil… Comme le titre "Libération"… Et contre l'avis des Allemands, qui ont horreur de ça, une coalition CDU-SPD. Il suffit de regarder les infographies que vous proposent les journaux ce matin... Ces schémas du Bundestag... Pour comprendre en un clin d'oeil ce qu'est le Bundestag issu des élections : une Chambre introuvable. Et que s'est-il donc passé pour Angela Merkel ? A qui les sondages ont dessiné si longtemps le visage de la victoire. Il faut croire que, dans le secret de l'isoloir, les électeurs n'étaient pas prêts, finalement, à voter pour une femme originaire de l'Est, commentait hier sa biographe Jacqueline Boysen, dont "Libération" rapporte le témoignage. La correspondante à Berlin du même journal explique que l'ascension d'Angela Merkel, protestante de l'Est, divorcée sans enfant... Cette ascension au sein d'un parti dominé par les catholiques de l'Ouest est bien plus le fruit d'une succession de hasards que d'une marche organisée vers le pouvoir. Et voilà Kasi, quasi battue... Car même si, au bout des tractations, c'est elle qui dirige l'Allemagne... Ce qui sera sa victoire gardera toujours un goût de défaite. "Kasi", c'est le surnom qu'on lui donnait dans sa jeunesse en Allemagne de l'Est, dans la ville de Templin où, depuis quelques semaines, la principale attraction n'est plus la magnifique muraille médiévale qui ceinture la cité, mais les lieux qui ont bercé la jeunesse d'Angela... D'où le reportage de Stéphane Kovacs dans "Le Figaro", sur les traces de la dame... Vu la demande, on va bientôt pouvoir organiser un circuit, expliquent les hôtesses de l'office du tourisme de Templin... Ici, la maison de son enfance, ici son école primaire... Là son collège... Un peu plus loin, sa maison de campagne... Et les souvenirs remontent... L'un de ses amis d'enfance, devenu chef de la police, raconte qu'Angela, lors des sorties dans le cadre des Olympiades organisées pour la jeunesse des pays de l'Est, Angela n'était pas du genre à se baigner nue dans le lac avec ses camarades... Elle faisait déjà partie, à cet âge-là, du CDU... Abréviation du "Club der Ungeküssten"... Le "club des pas-embrassés". Et puis l'un de ses professeurs de mathématiques raconte qu'il n'a jamais revu de jeune fille capable de telles performances en maths... Un cas, paraît-il... Bien utile, en tout cas, pour les calculs politiques qu'elle va devoir faire maintenant. Enfin, dans ce voyage à travers le passé d'Angela Merkel, ce témoignage, qui prend toute sa dimension maintenant que les résultats sont connus... "Nous qui avons été élevés avec l'idée que les Etats-Unis étaient notre ennemi, raconte le maire de Templin... Comment voulez-vous que nous ne soyons pas choqués quand nous la voyons soutenir George Bush. Cela prouve bien qu'elle ne fait plus partie de notre monde". Et si était ainsi résumée l'une des raisons du score décevant réalisé par Angela Merkel... En une phrase, "Libération" tire les leçons françaises du scrutin allemand... Une phrase toute simple : "Pour les libéraux de l'UMP, le score de Merkel est un mauvais présage... Le PS, lui, accuse la surenchère à gauche". Concernant la droite, les incantations d'Angela Merkel à la réforme libérale ont joué un rôle d'épouvantail... Nicolas Sarkozy court un risque similaire en serinant le grand air de la rupture et en adoptant des positions de plus en plus droitières sur les questions de sécurité et d'immigration, explique Renaud Dély... Attention : l'Allemagne souffre des mêmes maux que la France. Quant à la gauche, le PS... Il voit dans le score tout aussi décevant de Gerhard Schröder la responsabilité de "links-partei"... Le conglomérat des partis de gauche... Enfin, la vraie gauche, comme il se présente... Et c'est Pierre Moscovici qui l'affirme : "La réthorique populiste d'Oskar Lafontaine a empêché le parti de Gerhard Schröder de retrouver son niveau". Si l'ancien ministre socialiste des Affaires européennes livre cette analyse, c'est qu'il a certainement des craintes car un certain nombre de gauches européennes sont attaquées, sur leur aile gauche justement... C'est l'une des leçons du scrutin allemand, qui illustre bien la résurgence d'une fracture politique entre social-démocratie et nouvelle radicalité, comme l'explique Marc Semo dans "Libé"... Le PS n'échappe pas à la règle... Loin s'en faut. Un parti coupé en trois... Un candidat qui sera désigné le plus tard possible pour la Présidentielle... Fin 2006... Où va le PS qui, lui aussi, semble ingouvernable. Eléments de réponse dans "Le Figaro", avec Marc Sadoun, professeur d'histoire à l'Institut d'études politiques de Paris... Aujourd'hui, dit-il, l'émergence des mouvements à la gauche de l'échiquier politique déporte le PS vers la droite de la gauche, donc vers le centre... Le PS est donc contraint de réaffirmer son ancrage à gauche, ce qui fait que toute alliance avec le centre lui est interdite. Mais en même temps, un candidat à la Présidentielle doit aussi conquérir des électeurs du centre... Infernal. Le Parti Socialiste se retrouve, explique Marc Sadoun, dans la situation où il était avant 1972... Avant la signature du Programme commun. Franchement, après avoir écouté la radio... Le café-croissant du matin avec les journaux... Est-ce que ce n'est pas un bonheur ? Ce n'est pas Ivan Levaï qui me contredira... L'amoureux de la presse... Lui qui fut l'homme de la revue de presse de France Inter dans les années 90... Lui donnant le lustre qu'elle méritait... Il donne une interview à "France Soir", à l'occasion de son retour sur Inter chaque samedi, pour une émission sur les médias... "Une lecture critique de tous les médias, du blog jusqu'aux SMS, en passant par la télé et les journaux, explique-t-il... Mais c'est la presse que je place au-dessus de tout... "Je suis un artisan de la revue de presse, incorrigible papivore. D'ailleurs, confie Levaï, je continue à me réveiller à 5 heures, et je me fais ma propre revue, dont je suis le seul auditeur. Alors Levaï cite des plumes qu'il apprécie tout particulièrement : celle de Bruno Frappat, de Franz-Olivier Giesbert, de Plantu ou de Jean-François Kahn... Et ses intervieweurs préférés : Anne Sinclair parce que c'est la plus bosseuse, et David Pujadas parce que c'est le plus synthétique. Sur sa carrière, Paul Wermus lui fait remarquer qu'elle a été en dents de scie... Il répond qu'effectivement, il a souvent été viré, mais toujours il a ressuscité. Et la retraite alors ? Moi ? Le jour où j'arrête, je meurs. Voilà. Quant à ses successeurs à la revue de presse de France Inter, Paul Wermus ne lui pose pas la question. Ouf !

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