(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : bataille à tous les étages

(Bruno Duvic) C'est une étude inédite sur les OGM, menée sur le long terme, deux ans. Deux ans pendant lesquelles des rats de laboratoire ont été nourris au maïs OGM NK 603 de Monsanto et ont bu, ou non du Roundup, l'herbicide produit par la multinationale.

C'est une étude indépendante menée par le Français Gilles-Eric Seralini, professeur de biologie moléculaire à Caen.

Ses conclusions sont détaillées dans Le Nouvel Observateur en kiosque demain : elleS sont ravageuses. « Oui, écrit L'Obs à la Une, les OGM sont des poisons ! ».

Les rats OGM déclenchent 2 à 3 fois plus de tumeurs que les rats non OGM, quel que soit leur sexe. Mais les femelles sont encore plus sensibles : au début du 24ème mois, c'est à dire à la fin de leur vie, de 50 à 80% des femelles OGM sont touchées, contre 30% chez les femelles non OGM.

Dans le livre qu'il publie à propos de cette expérience, le professeur Séralini souligne que les résultats de son étude ont dépassé toutes ses craintes. Dans l'interview qu'il accorde à L'Obs , il dit encore ceci : « Même à très faible dose, l'absorption à long terme de ce maïs agit comme un poison puissant et bien souvent mortel, tout comme celle du Roundup (…)

Le grand scandale dont je ne me remets pas, c'est que les agences sanitaires n'ont jamais exigé des industriels une étude de toxicité de longue durée. »

Voilà le débat sur les Organismes génétiquement modifiés furieusement relancée. Ce n'est que la première salve. Le livre du professeur Seralini sort mercredi prochain. Un film adapté de son livre sera sur les écrans de cinéma le même jour. Avant cela, après-demain un livre de l'ancienne ministre de l'environnement Corinne Lepage, qui a aidé au financement de l'étude. Dans Le Nouvel Observateur , elle accuse : « Les multinationales ont asservi les Etats. »

Autre bataille du jour : Charlie Hebdo a-t-il raison de publier de nouvelles caricatures de Mahomet ?

Les caricatures sont dans l'édition en kiosque aujourd'hui. Les deux plus polémiques montrent le prophète allongé nu sur un lit et qui dit, comme Bardot dans "Le Mépris" : "Et mes fesses, tu les aimes, mes fesses ? "

Dans un autre dessin, il est nu à 4 pattes, une étoile jaune où vous devinez. Titre : « Mahomet, une étoile est née. »

Voici ce que dit Charb, le directeur de Charlie Hebdo - vous l'avez peut-être entendu dans le journal de 8 heures : « Ces dessins choqueront ceux qui veulent être choqués. Je n'appelle pas les musulmans rigoristes à lire Charlie , comme je n'irais pas dans une mosquée écouter des discours qui contreviennent à ce que je crois »

Du côté du gouvernement, sur fond de nouvel appel à manifester samedi contre le film anti-islam en France : le Premier Ministre rappelle son attachement à la liberté d'expression dans le cadre de la loi mais désapprouve tout excès dans le contexte actuel. Les personnes choquée peuvent saisir les tribunaux, dit encore Jean-Marc Ayrault.

Qu'en disent les éditorialistes ?

Défense classique et argumentée de la liberté d'expression, toute la liberté d'expression pour Jean-Michel Helvig dans La République des Pyrénées :

"Il n'y a pas à s'excuser auprès des intolérants. Ou alors autant poser un couvercle sur toute opinion. Le délit de blasphème n'existe plus en France depuis 1791. Il y a un délit pour incitation à la haine religieuse, mais s'il devait être appliqué ces jours-ci, c'est plutôt du côté des fanatiques qui défilent. »

Défense plus embarrassée sous la plume de Pierre Haski sur Rue89 : « Charlie Hebdo est dans son rôle traditionnel. Irresponsable ? Sans doute. Mais qui a demandé à un hebdo satirique d'être responsable ?

Quelle différence, alors, entre l'auteur du film californien et Charlie Hebdo ?

Vu par les salafistes, aucune

Vu de la société française, il y a une différence entre une provoc délibérée d'intégristes religieux chrétiens qui cherche à allumer le feu musulman et la tradition bouffe-curé de toutes les religions de la caricature française.

Accrochez vous la semaine va être dure, et, à l'arrivée, tout le monde risque d'être perdant. »

Dans La Dépêche du midi , Jean-Claude Soulery reste à l'écart : « Nous voilà bel et bien face à l'incompréhension de deux mondes. »

Et puis deux commentaires de philosophes. Ils parlent du film californien, mais leurs propos gardent tout leur relief avec cette nouvelle affaire de caricature.

Chantal Delsol dans Le Figaro : « Le sacré des autres doit être respecté (…)

La démocratie, où l'on peut tout, a impérativement besoin d'une courtoisie partagée, faute de sombrer dans des excès sans nombre. La démocratie ne peut se déployer vraiment que dans des sociétés civilisées au point que le respect des croyances et des opinions y soit une coutume et non une obligation. »

Autre point de vue, celui de Roger Pol Droit, dans Les Echos .

Ceux qui crient vengeance « vivent une foi dont nous n'avons plus idée, nous autres européens et occidentaux. Pour eux, la société n'est pas complexe. N'existent que des impies et des pieux, des amis ou des ennemis de Dieu.

Et il poursuit : vue sous cet angle, la distinction entre islamistes modérés et radicaux perd une partie de sa signification. Ce qui leur est commun l'emporte sur ce qui les sépare. Dans cette déferlante, les musulmans pacifiques démocrates et tolérants semblent de plus en plus impuissants, minoritaires et terrorisés. »

Dans la presse encore, en bref...

Le goût de Laurent Fabius pour la peinture épinglé dans Le Canard enchainé . Le chef de la diplomatie a fait installer 9 tableaux de maître empruntés au musée d'Orsay dans les salons du ministère. Exposition temporaire. « Un caprice à 85.000 Euros », écrit Le Canard Enchainé .

A quoi sert Jean-Marc Ayrault ? « Super Ayrault, le défi de Mister Nobody » à la Une des Inrockuptibles . Il répond à toutes les critiques sur sa trop grande discrétion et la difficulté qu'il aurait à tenir ses troupes. "Quand j'ai été élu président du groupe socialiste à l'assemblée nationale, j'ai subi des critiques : erreur de casting, il n'a pas la carrure. Qui est-ce qui alimentait ça, pour une grande partie ? Ceux qui voulaient avoir la place (…)

J'ai mon fonctionnement, ma personnalité, je n'ai pas du tout envie de changer, je revendique ce sérieux"

Manuel Valls superstar : le premier flic de France, ferme et populaire à la Une de Libération et du Parisien . Libé confirme qu'il souhaite enterrer une des promesses de campagne de François Hollande : la remise de récépissés lors des contrôles d’identité. Le Premier Ministre lui demande un rapport sur le sujet.

En conseil des ministres aujourd'hui, le traité européen : bataille dans la presse. « Bataille des arguments », c'est la Une de la Croix.

« Pourquoi nous disons Non au pacte budgétaire » : 10 personnalités du monde politique, associatif et syndical dans L'Humanité .

L'Huma qui détaille les petites affaires de Bernard Arnault en Belgique. Un amour à 14 millions d'Euros. Le patron d'LVMH aurait déjà délocalisé une bonne partie de son patrimoine dans le royaume et prépare sa succession en toute opacité.

A propos d'argent, le PSG bling-bling a réussi son entrée en ligue des champions. 4/1 face au Dynamo de Kiev hier au Parc des Princes. « Le PSG a retrouvé la grande Europe avec un punch éclatant », commente L'Equipe .

A demain

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