La mort de "Marceline la tornade" Loridant, combattante sans milite, qui épatait les jeunes gens en savourant des space cakes, racontait Vanity Fair au printemps. Les prophétie de Paul Virilio, adversaire de la vitesse, parti lui aussi, sur le site de l'Express. Le Monde émiette le mythe estival du "Momo Challenge".

On parle de la limite ce matin...

La limite, la frontière, l'interdit, pour nous garder de cet infini des possibles qui donne le vertige, 

et le Figaro ce matin met le pied sur le frein et en faisant converger dans une longue interview deux agrégés de philosophie qui autrefois se seraient opposés, Jean-Claude Michéa est marxiste, Pierre Manent est d'une droite catholique et libérale mais tous se retrouvent contre la modernité, et rivalisent de mot pour fustiger la "mondialisation libérale", l'"imaginaire de la croissance illimitée, ce charme maléfique qui emporte l'Occident et le monde", tous les deux s'insurgent contre l'idée des individus tout puissants dont les droits et l'empire sur la nature seraient illimités...  et tous deux prônent la limite, Michéa au nom d'une gauche d'avant le libéralisme, Manent au nom de la loi naturelle... 

Et il faut lire ce chant à deux voix pour appréhender une idéologie quand un philosophe de droite et un philosophe de gauche sont interrogés comme des maîtres par une journaliste de moins de trente ans, Eugénie Bastié, qui est d'une jeune garde qui fait du Figaro parfois un organe de combat contre son époque...

Mais le combat sera rude. Car sur le site du même Figaro... je vois un quadragénaire hilare et milliardaire au tee-shirt orné d'une tête de mort signée Jean-Michel Basquiat, juché sur les épaules d'un autre quadra, tout aussi milliardaire mais son tee-shirt est noir. Elon Musk, qui porte, fabrique des fusées et va envoyer autour de la lune, Yusaku Maezawa, qui vend de la mode en ligne... Ont ils lu Manent et Michéa ces deux grands enfants sans limite? 

On ressent ce matin, le besoin de cadres, de lenteur peut-être, de limite. Le Parisien, Libération, l'Opinion, anticipent la rencontre entre un homme pour qui tout allait vite, Alexandre Benalla, interrogé par le Sénat, cette vieille maison... L'Equipe acte la défaite du riche et pressé PSG à Liverpool cette institution, par ce titre digne de Manent, « la route sera longue »...

Sud Ouest et l'Humanité évoquent Paul Virilio qui vient de mourir à 86 ans. urbaniste et philosophe, un visionnaire dit l'Humanité, qui étudiait les catastrophes jumelles du progrès et se méfiait de la vitesse de nos économies globalisées, que le cerveau humain ne pouvait plus suivre; l'express a remis en ligne un texte de Virilio, au siècle dernier, en 1999, et ce sont nos débats d'aujourd'hui, il avertissait contre la science et la génétique et contre internet dont l'empire se dressait... "Vouloir tout voir et tout savoir sur chacun d'entre nous, c'est une véritable "police des images".

Il nous conseillait Virilio.  "Garde-toi des idoles, marche, danse, écris et lis, mais surtout garde la parole" et dans sa disparition a eu cette grâce. Il est décédé le 10 septembre, nous ne l'avons appris que hier, huit jours arrachés à l'immédiat qui nous enserre. 

On parle aussi de la disparition de Marceline Loridan... 

Qui marchait et dansait justement, Marceline Loridan, et écrivait et lisait et gardait la parole, mais qui en même temps était sans limite s'il s'agissait de vivre, cette femme qui avait appris ceci à Auschwitz Birkenau et à Bergen-Belsen, "il ne faut pas s’arrêter de courir ; l’enfer est derrière soi"... 

Je lis cela dans un article du Monde paru en janvier dernier. car comme souvent, il faut aller plus loin que  la nécrologie immédiate et cliquer dans les archives, celles du Monde qui en 2005 l'appelait « Marceline la tornade », cette petite femme aux cheveux flamboyant, qui avait épousé la révolution et un grand documentariste hollandais, Joris Ivens, avec qui elle plongeait dans la Chine de Mao. "Juive, rouquine et gauchère : j'avais tous les attributs pour devenir bêtement gauchiste." ... Elle était sans limite et c'était une survie, Vanity fair en avril dernier, le portrait est en ligne, l'avait montré mangeant des space cakes et fumant des pétards avec des jeunes gens époustouflés de sa vitalité.

Elle se souvenait, c'était dans le Monde en janvier, de la beauté des femmes à Auschwitz et parmi ces femmes Simone Veil qui était belle et resterait son amie, plus bourgeoise en apparence et qu'elle emmenait à la cinémathèque avec son collier de perle... 

Les camps ne l'avaient pas quitté, ni ce retour qu'elle avait raconté au Monde, en 2005, après la Libération, dans un wagon où elle voyageait avec les malades du typhus. «  " Pendant dix jours, on a voyagé avec vingt-cinq cadavres, qu'on empilait pour avoir plus de place... " Elle s'interrompt, sourit. " Vous voyez, il y a toujours un moment où il faut s'arrêter, il y a une limite à ce qu'on peut raconter. » 

Une limite encore. Libération le souligne, Marceline Loridan dont le retour de l'antisémitisme avait été le dernier combat, est morte  le soir de Kippour, le Jour du Grand Pardon dans le judaïsme.

On termine avec un monstre.

Venu a-t-on cru cet été dévorer nos enfants et les pousser au suicide dans des défis macabres lancés sur des messageries internet... Le Momo Challenge, représenté par  la tête dévastée d'une femme au rictus d'outre tombe, en fait la photo d'une statue  japonaise, rappelle le Monde qui fait le bilan d’une blague lancée par une communauté de joyeux lurons sud-américains, devenue un fantasme mondial. Les monstres que notre peur fabrique. 

Les enfants, ont des âmes plus simples. Je lis ce matin dans Nord littoral que des écoliers, à Blériot-Plage, sont allés, dimanche, faire bénir leur cartable par le père Louis Emmanuel Meyer à Notre-Dame de la Salette

"Avoir son cartable béni, c'est se savoir encouragé pour vivre une belle année scolaire et permettre d’oublier le poids des soucis comme peut l'être celui des livres." écrit le journal

Je trouve d'autres cérémonies de bénédiction dans des journaux régionaux... Est ce une superstition s'est demandée la Vie? Non, «le retour d'une spiritualité domestique"... Comme avant. 

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