Deux héros misanthropes dans Society, Dariush Beigui et Pia Klemp tous deux allemands, qui naviguent pour sauver des migrants, Les Echos passent au crible le livre de Thomas Piketty. Le Parisien avertit contre le vapotage, placé sous surveillance. Dans l'Humanité, Jean-Luc Mélenchon a des doutes sur l'affaire Fillon.

On parle d'une photo ce matin...  

Qui est dans Paris-Match et qui m'a bouleverse et qu'il faut regarder pour ressentir au plus vrai de nous-même ce qu'est notre histoire... On y voit un homme à la moustache noire et aux cheveux blancs, rares et et coupés à ras qui fait face à ses juges en uniforme militaire, son pantalon à bandes rouges est froissé, l'ex capitaine Dreyfus semble flotter dans sa vareuse aux manches parées de fils dorés, son avocat Me Demange le soutient du regard... Nous sommes en 1899 au lycée de Rennes qui abrite le second procès d'Alfred Dreyfus, officier français juif condamné pour espionnage, il sort de cinq ans de bagne, il sera bientôt grâcié, nous sommes en 1899 mais nous sommes aujourd'hui, dans Paris Match, en regardant Dreyfus je crois l'entendre, je sais le crissement des plumes des greffiers, le souffle du gendarme au fond de la salle, je regarde une image vivante, par la grâce de la technique, car cette photographie de Dreyfus est en couleur comme la vie, elle est colorisée, et du coup tout change, je ne connaissais cette histoire que par des mots et des documents gris, la couleur lui rend la fragilité du présent... Elle est dans Match donc, et d'autres perles encore, des explorateurs boivent du champagne dans l'Antarctique devant leur navire pris dans les glaces, nous sommes chez Renoir, nous sommes aujourd'hui, des élèves entourent leur institutrice dont la jupe remonte haut sous le chemisier... Des photos rassemblées pour un livre à paraitre par l'historien Xavier Mauduit, conteur enjoué sur Arte et chez nos voisins de France culture,  je connais désormais le capitaine Dreyfus.  

Quelle émotion ce jour où nos journaux parlent de patrimoine dont les journées arrivent. La Montagne m'invite au musée de la bataille de Gergovie, le Journal du centre me raconte les fouilles du rempart de Bibracte, le Monde me fait rêver à une princesse celte qui fut enterrée près de Vix en Côte d'Or, qui portait morte un collier d'or décoré par deux minuscules Pégases. Je lis dans le Parisien que dans une boutique de luxe à Paris on a découvert une toile datant de Louis XIV représentant un ambassadeur du roi, posant avec son escorte devant Jérusalem...  Le patrimoine n'appartiennent pas qu'aux grands de ce monde. On ira dès demain dit l'Ardennais, visiter à Givet une carrière de pierre bleue, qu'exploite la compagnie Lafarge et à Amiens, on ira dit le Courrier picard revoir une ancienne piscine aux bassins comblés mais le bâtiment des vestiaires tient encore, splendeur d'architecture d'un temps où la classe ouvrière avait ses palais de béton armé , la piscine s'appelait la Cheminote, dans un quartier de travailleurs du rail dont la splendeur est partie... 

On parle de héros également... 

Le mot est galvaudé mais trouvez-en un autre pour décrire Dariush Beigui et Pia Klemp qui sont tous deux allemands, qui sont tous deux marins, capitaines, tous deux dans Society, et qui tous deux naviguent pour sauver des migrants en Méditerranée, et qui tous deux sont sous la menace des juges italiens, "je risque 20 ans de prison parce que j'ai sauvé des gens de la noyade", dit Dariush pour se présenter, il dit aussi qu'il est misanthrope, rockeur  punk et marin, cet homme venu de Hambourg, qui essayait de ne pas entendre les récits de ceux qu'ils secourait pour pouvoir dormir ensuite.  Il faut être rude pour entreprendre de sauver des hommes et des femmes et les portraits que livre Society sont loin d'une guimauve humaniste. Pia Klemp est de Bonn, la ville la plus douce d'Allemagne, elle en est partie parce qu'on y vit sans connaître le monde extérieur, elle est plus dure que nous. Un type la drague dans un bar, "qu'est-ce que tu fais", elle ne veut pas dire "capitaine de bateau" pour se faire répondre "c'est cool" car ça ne l'est pas... Elle dit, "je suis artiste, j'enfonce des pétards dans des animaux morts que je fais exploser à côté de toiles en lin"... Elle n'est pas Madame Klemp, "la meilleure amie de mes congénères", elle a déjà enguirlandé sur son bateau un membre d'équipage qui mangeait de la viande, ça lui filait la nausée, parce que la viande qui inonde les marchés en en Afrique est responsable de la pauvreté et donc des exils. Une misanthrope sauve des vies quand nous reposons... 

Dans le Figaro, pages littéraires je vois la photo d'un enfant qui lui aussi avait grandi dans la douceur des bonnes familles, et qui s'emporta à une "juvénile fureur" le mot est de De Gaulle, il s'appelait Fernand Bonnier de la Chapelle, il tua le 24 décembre 1942 l'amiral Darlan, qui avait dirigé le gouvernement de Pétain, servi la collaboration, mais qui fricotait en Algérie avec les Américains pour gouverner les territoires français libérés... "Mon vieux papa ne te désole pas si je dois mourir" écrivait-il à son père, il avait 20 ans, un livre raconte sa courte vie de patriote qui cherchait son devoir... Ce n'est pas faire son devoir qui est difficile, c'est de le connaitre écrit le figaro... 

Et les journaux font leur devoir ce matin.   

C'est le devoir des Echos, journal libéral et de débats, de mettre en cause dans deux pages brillantes et posées le livre jusqu'ici quasiment intouchable de l'économiste Thomas Piketty qui prône l'impôt et la propriété temporaire contre les inégalités, mais Piketty est imprudent, un mauvais élève de Keynes qui lui s'inquiétait des effets négatifs des impôts qu'il prônait, écrit jean Marc Vittori, et son texte baignerait dans une "tentation autoritaire"... Débattons. C'est le devoir de la Vie de s'interroger avec mesure sur la transformation de la bioéthique, et le devoir de son patron Jean-Pierre Denis, d'écrire dans ce journal chrétien qu'il serait aux cotés de ses enfants s'ils voulaient procréer par PMA ou par cette GPA qu'il récuse. C'est le devoir du Parisien de nous avertir contre le vapotage,  car les cigarettes électroniques inquiètent finalement, bannies à New York et désormais surveillées en France... C'est aussi le devoir du Parisien de nous raconter comment nos banques, en fermant des distributeurs de billets, pénalisent les quartiers de banlieue où l'argent liquide est une culture...    

Allons. Un homme se prépare aux plus hautes destinées, Xavier Bertrand président des Hauts de France qui sera ce soir sur France 2 et déjà, c'est un adoubement, en long portrait bien écrit dans lePpoint, Xavier Bertrand s'y montre proche des gens, il raconte ses disputes avec le Président Macron, il croque un biscuit sans gluten, c'est moins bon, comme ça il en prend moins. Ainsi de petits riens caresse-on les ambitions. Dans l'Humanité, autre révérence, Jean-Luc Mélenchon poursuit sa guerre contre les juges. Il dit, il n'était jamais allé  aussi loin dans son travail de sape, qu'il se pose rétrospectivement des questions sur l'affaire Fillon, qui a pourri la présidentielle... Est ce son devoir de le dire? Que vaut cette colère, au-delà des anecdotes?

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