C'est bien le dimanche, la presse ne se sent pas obligée de faire les mêmes titres. Le MIDI LIBRE par exemple publie le témoignage exclusif de Marinette Cerdan, la femme du boxeur Marcel Cerdan. Celle dont on parle si peu dans le film "la Môme" sur les amours d'Edith Piaf et de Marcel. Et bien dans le MIDI LIBRE, Marinette raconte son vrai Marcel. L'EQUIPE n'a plus de doute. Paris y va tout droit. Tout droit en 2ème division. Après sa défaite à Caen, 3-0, hier soir, les chances de maintien du Paris-Saint-Germain en Ligue 1 sont très minces. LE MONDE se demande si l'Etat est un bon actionnaire. Les dividendes des grandes entreprises publiques explosent, alors que les investissements de la puissance publique sont gérés prudemment. A lire aussi en page 3, l'arrivée massive des retraités français qui s'installent en Nouvelle Calédonie. 7.500 pour la seule année 2006. Ces métros qui débarquent à Nouméa provoquent une flambée des prix de l'immobilier sur le caillou. LE PARISIEN lui, a envoyé ses reporters dans les faubourgs de Dakar, auprès des familles qui n'ont plus les moyens de se nourrir correctement, face à la hausse du prix du riz. "Le Sénégal et l'Afrique sont au bord de la famine", nous dit Catherine Tardrew. Avec une interview de Jean-Christophe Rufin. Le médecin écrivain est également Ambassadeur de France au Sénégal. "La nourriture est présente dans le pays", dit-il, "mais il devient impossible d'y accéder en raison de son prix. Il ne s'agit pas d'une pénurie engendrée par de mauvaises récoltes". Pour lui, "cette nouvelle crise est une véritable bombe à retardement. Il faut revoir très sérieusement les sommes que les pays riches consacrent actuellement à l'aide. Pour la France c'est 0,5 % du PIB et elle n'est pas la pire". "Seulement voilà", renchérit Jules Clauwaert dans NORD ECLAIR, "ventre affamé n'a pas d'oreille, et certainement pas pour écouter les gloses savantes sur les causes d'une pénurie alimentaire qui a déjà provoqué des émeutes de la faim, formulation contemporaine des anciennes révoltes des gueux". Et Jules Clauwaert s'interroge : "que feraient Césaire ou Senghor, ceux qui ont inventé la Négritude. La fidélité pour ceux qui leur succèdent aujourd'hui ne consistera pas à chercher comment les imiter dans la défense des pauvres parmi les pauvres, mais à se demander comment ils réagiraient dans le contexte d'une mondialisation dont on constate que les populations les plus deshéritées sont les premières victimes". "Oui", dit l'éditorialiste, "il nous faudrait la voix des Senghor et des Césaire pour passer de la mono-culture de l'arachide ou de la canne et du mirage des bio-carburants à la production de cultures vivrières diversifiées". "Sarkozy, un an déjà". C'est le titre à la une du JOURNAL DU DIMANCHE. Un an qu'il a été élu et le plus mauvais score de tous les présidents de la 5ème République. 36 % d'opinions favorables. Un point de moins qu'en mars et un point de plus pour les mécontents, 64 contre 63. Jacques Chirac en était à peu près au même point lors de son premier mandat, en mai 1996, 37 % de satisfaits. 6 ans plus tard, il était réélu. C'est dur, dur pour l'Exécutif, d'autant que François Fillon perd 6 points, 52 contre 58. Mais dans ce sondage de l'IFOP réalisé les 17 et 18 avril, ce qui fait sans doute le plus mal, c'est la réponse des Français à la question : "Un an après l'élection de Nicolas Sarkozy, diriez-vous que l'action du Président et de son gouvernement a permis d'améliorer la situation de la France et des Français". 79 % répondent "non", et 21 % seulement pensent que "oui". "Attention à ne pas transformer l'or en plomb", soufflait à Nicolas Sarkozy un de ses amis au début de la semaine. L'or d'une victoire acquise dans l'enthousiasme en mai dernier et le plomb d'un cafouillage généralisé. Anecdote citée par Virginie Le Guay dans le JOURNAL DU DIMANCHE. "Il faut réformer ou perdre pied", analyse l'économiste Elie Cohen, toujours dans le JDD. "Nicolas Sarkozy est un réformateur", dit-il, "mais il connait les peurs et les réticences des Français. On peut donc comprendre qu'il négocie, diffère, avance d'un pas et recule de deux parfois. Il n'est pas interdit d'être habile quand on entend redresser la France". Seulement Elie Cohen se demande d'où vient le sentiment que les montagnes accouchent souvent de souris. "Qui peut", dit-il, "déceler une cohérence, une direction. Le Président a donc le choix. Il peut renouer avec son inspiration réformatrice ou perdre pied, dans la poursuite d'objectifs contradictoires". "Cela passe", dit encore Elie Cohen, "par une sélection des priorités, une constance dans l'action et le renoncement aux facilités des discours populistes". "Stagflation". C'est un néologisme cher aux économistes, un mélange de stagnation et d'inflation. "Elle pèse sur les économies occidentales", nous dit Jacques Espérandieu dans son éditorial du JDD. Est-ce que ce terme de Stagflation ne s'appliquerait pas aussi à la politique du Président. Vos journaux reviennent également ce dimanche sur les manifs chinoises contre la France. Manifs en Chine et manifs spontanées, entre guillemets, à Paris. "C'est la drôle de tension France-Chine", nous dit le PARISIEN AUJOURD'HUI EN FRANCE. Explications de Patrice Chabanet dans le JOURNAL DE LA HAUTE MARNE : "Les Chinois ont mal vécu ce qu'ils considèrent plus comme un affront que comme un soutien à la cause des droits de l'homme. La polémique qui s'est greffée sur la tenue des Jeux Olympiques à Pékin a surtout pour effet de gonfler les voiles du nationalisme chinois. Une aubaine pour le régime communiste. Elle lui permet de faire diversion dans le dossier tibétain". Comme le dit Patrice Chabanet, "l'enfer est toujours pavé de bonnes intentions". L'éditorialiste du JOURNAL DE LA HAUTE MARNE n'est pas le seul à s'interroger sur cette véhémence contre la France. "Les Chinois ont trouvé la cible", dit le JDD, au-dessus d'une photo de manifestants chinois à Wuhan, devant un magasin Carrefour. Ils ont dessiné des croix gammées sur un drapeau français, en traitant pêle-mêle Jeanne d'Arc de prostituée, Napoléon de pervers, la France de nazie. Et ont ajouté "Free Corsica". Libérez la Corse. Evidemment le patron de Carrefour, qui compte 112 hypermarchés dans toute la Chine, est très inquiet dans le JDD. "C'est étrange", s'exclame Jean-Claude Kiefer dans les DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE, "la Chine avait certes protesté pour les incidents qui avaient accompagné le passage de la flamme olympique à Londres. Mais pas avec la véhémence qui dénonce la France. Pas avec des appels au boycott, pas avec des manifestations forcément organisées par le pouvoir, pas avec une campagne sur internet fustigeant l'hexagone". Jean-Claude Kiefer se demande si c'est parce que la France est sur un plan économique le maillon faible de l'Europe, ou si les Chinois sont particulièrement vexés. "Apparemment", estime Jean-Claude Kiefer, "la Chine ou tout dépend du pouvoir, confond l'opinion française avec l'Etat en s'en prenant tout particulièrement à la presse, dont elle condamne les prises de position en faveur du Tibet, ne voulant ou ne pouvant pas comprendre qu'elle est indépendante". Mais Jean-Claude Kiefer, qui parle apparemment le mandarin, nous apprend qu'en Chine, la France s'appelle "Faguo", ce qui veut dire "le pays de la méthode" ou "le pays de la loi". Qu'un Etat enjolivé de ce qualificatif prenne fait et cause pour le Tibet du Dalaï Lama est d'autant plus irritant pour les Chinois. "Et moi, et moi, et moi", s'écrie Jean-Michel Roustand dans l'UNION et l'ARDENNAIS, qui a lu également l'histoire de la galère des naufragés de l'Eurostar (12 heures pour rallier Londres à Paris). Quand on n'est pas capable d'informer correctement quelque 640 passagers sur les avaries de l'Eurostar qui les transporte, il ne faut peut-être pas se moquer trop fort de la qualité de l'information en Chine. "D'ailleurs", remarque finement Roustand, "alors que les médias français n'ont cessé d'insister sur la censure qui a frappé les incidents de la flamme olympique à Paris, les Chinois ont quand même réussi à savoir ce qui s'était réellement passé". "Mais dit-il, la France a échappé au pire. La flamme olympique au lieu de s'envoler pour les Etats-Unis d'Amérique aurait très bien pu emprunter un Eurostar défaillant pour rallier Londres". Et l'éditorialiste poursuit sa raillerie, "tout cela va peut-être servir notre diplomatie. Pas fou, Sarkozy a sûrement déjà pris un rendez-vous à Londres la veille de son départ pour Pékin. Comme cela, s'il hésite à participer ou pas à la cérémonie d'ouverture des Jeux, il lui suffira de rentrer à Paris en Eurostar. Normalement, il a toute les chances de râter son avion". Je ne suis pas certain que Guillaume Pépy, le nouveau PDG de la SNCF, goûte tout le sel de cet éditorial de Jean-Michel Roustand.

Denis Astagneau

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.