(Eric Delvaux : "Dans la presse, ce matin, éloge de la lenteur... avec précaution")... "Depuis cinq jours, l'humanité danse sur un volcan... danse ralentie, dans le registre du slow. Lenteur ou vitesse ? A notre époque, l'heure est à la seconde. Tout va plus vite : l'information, la vie professionnelle, les loisirs, la lecture... Il ne vient plus à personne l'idée de prendre le temps, de prendre SON temps, de réveiller sa tortue intérieure". "Quelques leçons sur le temps, tirées d'un volcan"... Ces quelques phrases sont tirées de l'édito d'Eric Fottorino, aujourd'hui, dans Le Monde. Eloge de la lenteur, oui, mais avec précaution. Car les millions de personnes bloquées par le volcan n'ont sans doute pas grand-chose à faire de ces considérations philosophiques. Le slow du voyageur... Illustration, ce matin, à la Une du Wall Street Journal... Un homme, coincé à l'aéroport de Rome, fait corps avec sa valise : il dort dessus, épuisé par des heures et des heures d'attente. Voyage au rythme d'un slow, mais reliques de fast-food à ses côtés : c'est manifestement tout ce qu'il a trouvé à manger. Cinq jours de secousses volcaniques, économiques et aériennes. Résumé du climat, ce matin, à la Une du Parisien-Aujourd'hui : "Les vols reprennent (quoique), la controverse persiste". "Reprise partielle sous la pression des compagnies", précise Le Figaro. La controverse est double. Elle porte d'abord sur le principe de précaution : est-ce qu'on en a trop fait depuis jeudi dernier ? Les compagnies aériennes disent que oui. Mais Les Echos rappellent que cette catastrophe est encore plus grave pour elles que le 11 Septembre. Alors elles ne sont pas forcément objectives. Les éditorialistes pèsent les arguments avec précaution, eux aussi... "Dès lors que de précédentes éruptions avaient failli provoquer une catastrophe aérienne, tout responsable public se trouve contraint à la prudence", écrit Laurent Joffrin dans Libération. "Mais cette justification n'empêchera pas le réexamen du principe de précaution. Coup sur coup, deux dangers immédiats et précis : épidémie de grippe et accidents d'avions, semblent avoir été surestimés". Pour Dominique Garraud, dans La Charente Libre, "l'interdiction de vol dans un nuage de cendres relève de la prévention élémentaire. Qu'ils le veuillent ou non, les transporteurs aériens doivent en passer par les pouvoirs publics, même s'ils ne brillent pas par leur réactivité". Pour réagir, encore faut-il connaître l'étendue du danger. C'est le deuxième point de controverse. Cette affaire nous occupe depuis jeudi dernier. Mais, comme le dit un prévisionniste de Météo France dans Le Parisien, les tests dans le nuage ne commencent que maintenant. Pourquoi ce délai ? Météo France renvoie la balle : "La question d'utiliser des avions ATR-42 a été posée dès vendredi. Nous n'avons reçu la réponse que lundi". Le Parisien publie une photo d'un ATR, avion à hélices... détail important, car ils sont moins sensibles aux poussières. Mais des appareils de cette nature équipés de tous les instruments scientifiques nécessaires sont très rares en Europe, précise Libération. La France, par exemple, n'en a aucun. (ED : "Et on en revient à l'éloge de la lenteur")... "C'est incroyable, le nombre de personnes qui prennent l'avion", relève Didier Pobel dans Le Dauphiné. Fottorino, dans Le Monde, pense aussi à ceux pour qui les vacances, et a fortiori les voyages en avion, restent aussi improbables que le réveil d'un volcan. N'empêche, c'est bien un mode de vie, un modèle de développement qui est grippé depuis quelques jours. Car beaucoup de marchandises prennent l'avion aussi. Modèle grippé : ça ne fâche pas Maurice Ulrich, dans L'Humanité... "Alors que des millions d'hommes et de femmes s'interrogent aujourd'hui dans le monde sur la logique même du capitalisme, est-il vain de s'interroger en même temps sur le mode de développement qui prévaut aujourd'hui ?". Et son édito commence par deux questions ironiques : "Aurons-nous du homard canadien pour Noël et des asperges du Pérou pour la Saint-Sylvestre ?". Dans Sud-Ouest, Yves Harté tire lui aussi les leçons de cet événement imprévu... "L'urgence a permis de découvrir des conseils auxquels nous restons sourds habituellement. Voilà qu'a été mis en application le covoiturage, et qu'on a songé à des transports de substitution. On a vu une Europe soudée prendre des décisions. Les aéroports se sont libérés de la centralisation nationale. Et même les ministres des Transports ont pratiqué la vidéo-conférence". "Ce volcan qui nous ramène sur terre" : c'est l'analyse d'Edwy Plénel sur le site de Médiapart. Ces quelques jours nous ont permis d'imaginer ce que serait "un avenir sans avions, sans cette frénésie du déplacement rapide et immédiat, sans cette universelle gabegie d'énergie fossile". La Tribune a fait les comptes : depuis jeudi, nous avons économisé près de 5 millions de barils de pétrole. Encore une fois, on ne peut pas sous-estimer les difficultés que vont affronter des centaines d'entreprises à cause de cette histoire, et l'enfer que vivent des millions de voyageurs. Mais Plénel voit dans les volcans "nos avertisseurs d'incendie" : ils nous rappellent que progrès et "régrès" sont indissociables. L'Histoire n'est jamais écrite à la manière d'une ligne droite continue : elle est tissée d'accidents. Prendre soin et rester disponible : telle pourrait être la leçon du volcan. Prendre soin de ce qui existe et rester disponible pour l'imprévu. En somme, veiller à la fragilité du monde pour mieux réinventer sa jeunesse. (ED : "8hXX... Suite de la revue de presse, Bruno Duvic... Deux articles du Figaro")... Aux Etats-Unis, on pensait que Barack Obama avait fait le plus dur avec la réforme du système de santé. Pas sûr. Laure Mandeville nous décrit "l'Amérique fracturée de Barack Obama"... La colère des opposants à la politique, jugée "gauchiste", du Président prend des proportions inquiétantes. L'Amérique est d'une humeur électrique. Ces dernières semaines, des élus démocrates ont reçu des dizaines de lettres et de coups de fil de menaces de mort. Les imprécations contre "Obama le marxiste" continuent de fuser. Certains Etats, comme le Dakota du Sud, l'Utah ou le Wyoming, menacent de déclarer illégales les lois fédérales sur la santé ou la régulation des armes. Et puis les "tea parties", ces groupes de militants conservateurs, continuent de se faire entendre. A tel point que Bill Clinton a cru bon d'intervenir : "Débattez, critiquez, mais attention à la puissance des mots". C'est un système politique américain paralysé que décrit Laure Mandeville... Ces militants des "tea parties" ne rentrent dans aucun cadre : le Parti Républicain a du mal à les contrôler : ils se radicalisent. L'électorat centriste n'est plus représenté en Amérique. Le Congrès lui-même est de plus en plus divisé. Autrefois, les représentants des deux grands partis nouaient des amitiés au gré de week-ends passée ensemble à Washington. Aujourd'hui, le vendredi arrivé, ils repartent tous dans leur circonscription. L'argent joue un rôle de plus en plus central dans la politique américaine, et les élus doivent aller lever des fonds dans leur région. Laure Mandeville relève quelques expressions d'éditorialistes américains... "Colère aveugle", "peur du déclin" d'une partie de la population... Mais le point de non-retour n'a pas encore été atteint. L'adoption de la réforme de la santé en reste malgré tout la preuve. L'autre article, il est à la rubrique "sciences et médecine". Les progrès de la recherche n'ont pas fini de nous fasciner. Voilà que les chercheurs mettent au point un double virtuel de notre coeur... un coeur personnalisé, qui reproduirait l'anatomie et le fonctionnement du coeur de chacun d'entre nous. Il permettrait de tester des traitements et de personnaliser les soins. Les travaux sont menés par l'Institut national de recherche en informatique et en automatique. Les résultats préliminaires sont positifs. L'heure du patient numérique a bel et bien commencé. Les médecins citent encore des travaux de modélisation des tumeurs cérébrales. Pour les peines de coeur, ils restent impuissants : c'est une autre dimension que la simple 3D... (ED : "Et un coup d'oeil au magazine Géo, pour terminer")... Le volcan islandais nous invite à regarder la nature avec plus de modestie. Le numéro d'avril de Géo (en kiosque pour encore une grosse semaine) permet de passer à la pratique. Encore une pléïade de photos et de reportages, tous plus beaux les uns que les autres. Et à propos de modestie, dossier sur une ville, peut-être une civilisation, dont il ne reste presque rien... C'est sur les bords de l'Indus, dans l'actuel Pakistan. Les sites de fouilles sont très avares en indices, mais les archéologues ne veulent pas abandonner la partie. Car cette civilisation, qui s'est installée il y a 4500 ans, avait l'air fascinante. Elle avait sa propre langue, mais les pictogrammes dont on dispose n'ont pas trouvé leur Champollion. Lors des crues, la ville se transformait en cité lacustre : ses architectes avaient tout prévu. On y avait inventé une brique qui a permis de construire des maisons pour jusqu'à 100.000 habitants. On a même retrouvé une habitation dotée d'un système de chauffage par le sol. Pourquoi cette cité a-t-elle été abandonnée, autour de 1800 avant J-C. ?. On ne sait pas. A-t-elle connu un destin à la Pompeï, victime d'un volcan ? Au fait, comment prononce-t-on le nom du glacier islandais ? Sur Slate.fr, une petite vidéo donne la réponse. Vous allez l'entendre à trois reprises. Attention, ça va vite... (Extrait sonore) Voilà... A vos souhaits, et bonne journée...

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