Patrick Cohen : Dans la presse aujourd'hui : le cigare et le béret... Bruno Duvic : Il s'appelle Wilky, il arbore le béret de Che Guevara, une énorme barbe grise et un gros Monte-Cristo à la bouche. Wilky est danseur sur la place de la cathédrale à La Havane. "Ma profession peut te faire rire, dit-il à Jean-Arnaud Mistral de Libération, mais aujourd'hui, je suis vraiment à mon compte. Je paie une patente chaque mois, ma sécu chaque trimestre, je cotise pour ma retraite. Un vrai capitaliste quoi ! Je suis enchanté de ma récente licence privée". Wilky, de son vrai nom Hermenegildo Arencibia Grinan, est l'un des visages du nouveau Cuba qui se dessine. Hier, en toute discrétion, l'un des derniers dinosaures de la Guerre froide a passé la main. Fidel Castro, 84 ans, n'est plus à la tête du Parti communiste cubain. C'est son frère Raul... A l'heure où dans le monde entier, le libéralisme est remis en cause, le frère Castro, année après année, ouvre un peu plus l'économie de son pays. Petits commerces privés : entre octobre et décembre, 100.000 licences ont été concédées. Et un discours digne du Forum de Davos : les travailleurs doivent désormais être efficaces et rentables sinon dehors ! 500.000 employés de l'Etat pourraient se retrouver à la rue d'ici à cet été. 90% des Cubains sont employés par l'Etat. Que vont-ils devenir ? Restaurateurs, cordonniers, mécaniciens, à leur compte, c'est en tout cas le discours officiel. Personne n'y croit vraiment, mais faute d'argent public et de liberté d'expression, tout le monde fait semblant. Au moment où le monde arabe s'invente un printemps de liberté, commente François Sergent dans Libération, Raul Castro autorise donc les livreurs de pizza et les réparateurs de bicyclette. On en rirait s'il n'y avait pas 12 millions de Cubains survivants sous la coupe d'un dictateur et de son double depuis 40 ans. Alors que beaucoup de commentateurs ont les yeux rivés sur Kadhafi, Fidel Castro rongé par la maladie, s'éclipse donc en douce. Conclusion de Didier Pobel sur son blog : "Depuis qu'il a échangé son treillis pour un survêtement Adidas, il peut faire ce qu'il veut... tout le monde s'en fiche ! Pauvre lider Minimo !". Patrick Cohen : Le cigare et le béret, version Sarkozy à présent... Bruno Duvic : Président des riches ou président du peuple ? Hier, en retournant dans les Ardennes, le chef de l'Etat voulait renouer avec la France qui se lève tôt. Beaucoup de commentaires ce matin. En premier lieu, les éditorialistes ne cachent pas qu'ils sont bluffés par "le panache" ou "le culot", c'est selon, du président. Retourner dans le département où il avait parlé "de travailler plus pour gagner plus", il fallait oser ! Du coup, pour Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace : "c'est clair : Nicolas Sarkozy est déjà en campagne. C'est le retour du super candidat". Cette candidature en 2012, c'est d'ailleurs un secret de Polichinelle pour Alain Juppé... la citation est relevée dans Le Figaro. Mais tout de même, poursuit Yann Marec dans Midi-Libre : "Il lui faudra trouver des ressources inimaginables pour inverser le cours d'une défaite presque inéluctable". "Sur la prime pour les salariés, je ne céderai pas !", a déclaré le président. Mais "incantation ne vaut pas décision", selon Paul Burel dans Ouest-France. Sur cette prime, il n'y a pas de mode d'emploi précis. Alors, il ne cédera pas, mais sur quoi ? demande Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées. "Depuis quatre ans, il n'a cessé de bomber les pectoraux, de multiplier serments et promesses mais il a du revenir sur bien de ses engagements. Le roi est nu." Il repart quasiment de zéro, ajoute Michel Wagner dans L'Est-Républicain. S'il a besoin de courage, Paul-Henri du Limbert lui en donne un peu dans Le Figaro : "Il n'est pas nécessaire d'avoir tenu toutes ses promesses de campagne pour être réélu, écrit le journaliste. Les socialistes le savent mieux que quiconque. En 81, François Mitterrand avait promis que la France ne compterait pas deux millions de chômeurs. A la fin de son mandat, il y en avait plus de trois". Ce qui compromet la promesse du président, selon Michel Lepinay dans Paris-Normandie, "c'est qu'en parallèle, il doit tenir un discours de père-la-rigueur. On comprend pourquoi en lisant la Une du Monde : "Alerte sans précédent sur la dette des économies occidentales". Conséquence parmi d'autres en France, toujours à la Une du Monde : "Salaires des fonctionnaires : en 2012, le gel continuera". C'est ce que La Croix appelle "Le casse-tête du pouvoir d'achat". Un économiste résume le tableau avec ce qu'il appelle "le triangle d'incompatibilité". On ne peut pas en même temps accroître sa compétitivité à l'international, augmenter le pouvoir d'achat et équilibrer les finances publiques. Patrick Cohen : A la Une également ce matin, deux personnages plus ou moins proches du président... Bruno Duvic : Le cigare ou le béret ? La crème de jour ou la casquette de flic ? A la Une du Figaro, Liliane Bettencourt... Première interview depuis longtemps. Elle assure qu'elle est en train de régler sa situation fiscale. Elle dit ne pas vouloir vendre ses parts dans L'Oréal à Nestlé, mais tout de même elle ne ferme pas totalement la porte : "Je ne crois pas que Nestlé ait des positions contraires aux intérêts de L'Oréal". Madame Bettencourt va devoir vivre sans le bouclier fiscal... A ce propos, le Canard Enchainé apporte une précision intéressante cette semaine. La réforme fiscale ne va entrer en vigueur que progressivement. L'ISF va baisser rapidement, mais la suppression du bouclier prendra plus de temps. Pas de mauvaise intention là-dessous, simplement un effet mécanique : le bouclier est calculé sur les revenus perçus deux ans auparavant. Pendant au moins un an, les contribuables les plus riches auront le beurre et l'argent du beurre. Madame Bettencourt, par exemple, verra ses impôts divisés par quatre, selon Le Canard. L'autre personnage à la Une, c'est Christian Lambert, l'ancien super flic, devenu préfet de Seine-Saint-Denis pour remettre de l'ordre dans ce département. Un an qu'il est au travail, le bilan sera dressé aujourd'hui. D'ores et déjà, échos contradictoires : Le Figaro parle du succès du préfet Lambert... A la Une de L'Humanité, ce titre : "Face à la drogue, l'échec du préfet Lambert". Cigare ou béret... de quel côté la veste ? Un ténor socialiste pourrait céder aux sirènes de l'ouverture. Toujours selon Le Figaro, Jack Lang pourrait être nommé défenseur des droits. Patrick Cohen : Quoi d'autre dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : La menace de la sécheresse à la Une de plusieurs journaux : Sud-Ouest, Ouest-France et Le Parisien. La Tunisie, le lieu où il faut être vu quand on est candidat aux primaires socialistes ou proche d'un candidat. Selon le "point.fr", Arnaud Montebourg, Christophe Cambadelis et François Hollande y sont attendus dans les semaines à venir. Deux magistrats bloqués par le secret-défense. Le gouvernement refuse de déclassifier des documents liés aux ventes d'armes entre la France et l'Arabie en 94. Parmi les questions posées par cette affaire, des rétrocommissions ont-elles financé la campagne d'Edouard Balladur en 95 ? C'est à lire sur "lexpress.fr" et sur Mediapart. Obama : 19 millions d'amis sur Facebook. Il répond aux questions des internautes sur le réseau social aujourd'hui. C'est à partir de 22h45 en France. Information du "point.fr". Patrick Cohen : Et pour finir, l'image qui fait polémique... Bruno Duvic : Elle est présentée dans les Inrockuptibles sous ce titre : "Peut-on dire pédé comme un coq ?" Pour l'affiche de la prochaine gay pride, les organisateurs ont choisi un coq qui porte un boa rouge à la Zizi Jeanmaire... Malaise au sein de la communauté gay, lesbienne et trans. Ce coq à la fois macho et grande folle a un fumet de vieux cliché. On comprend bien qu'il y a du second degré là-dessous, mais selon les Inrocks, "additionner un coq craignos et un boa ringardos pour frapper l'esprit du grand public... il y a problémos"... On proposerait bien de l'affubler d'un cigare et d'un béret, mais ça deviendrait lourdos ! A demain !

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