(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : une campagne en clair-obscur

A la Une du Herald Tribune , Nicolas Sarkozy est quasiment dans le noir... Seule une partie de son visage émerge de la photo. Titre de Une : "Quel tournant va-t-il prendre ?"

Et les autres candidats, quel tournant ? Réponse dimanche.

Avant les résultats, ce matin, la presse dresse le bilan de la campagne.

Les mots et expressions qui l'ont marquée dans La Croix : triple A, made in France, Fessenheim, Referendum, permis de conduire, Halal, Montauban et Toulouse...

La Dépêche du Midi ajoute les phrases qui l'ont marquée : en cas d'échec j'arrête la politique - (Sarkozy), mon adversaire c'est le monde de la finance (Hollande), « We are very dangerous » (Melenchon à l'adresse des traders)

Cette campagne a révélé "La haine des riches", dossier dans Le Point . "Au secours, Robespierre revient !" ajoute Franz-Olivier Giesbert dans l'éditorial.

Personnage central de ce dossier, la révélation de la campagne, Jean-Luc Mélenchon. Portrait signé Christine Angot, qui décrit "sa tête de Français à l'histoire révolutionnaire, qui ne s'en laisse pas compter, ou de Français râleur, c'est une question de degré, on verra après le second tour"

Jean-Luc Mélenchon, satisfait

"Nous avons fait une campagne d'intérêt général", c'est la Une de Politis . Et dans L'Humanité , il ajoute : "L'idée qu'il existe deux camps, celui du peuple et celui de l'oligarchie est désormais très largement partagée. De même notre discours d'unité républicaine"

La gauche fait-elle peur aux marchés ? demande Libération ce matin à sa Une. La réponse est plutôt non, reste l'inconnue Mélenchon.

Les patrons, eux, préparent l'avenir. Libé raconte comment beaucoup d'entre eux demandent à voir François Hollande en ce moment. Il refuse. Peu importe, les patrons forcent d'autres portes. L'agenda de Jean-Pierre Jouyet ne désemplit pas. Il faut dire que c'est un interlocuteur intéressant, président de l'autorité des marchés financiers, ancien ministre d'ouverture et proche de François Hollande.

Autre mot de la campagne : anti-sarkozysme ?

Quelle part le rejet du président joue-t-il dans les écarts qui se creusent à nouveau avec François Hollande dans le sondage Ipsos pour France Inter ou le BVA pour Le Parisien-Aujourd’hui en France ce matin ?

"Je suis seul contre neuf candidats", dit le président dans une Interview au Figaro . « Après le premier tour je passerai à 50% du temps de parole. Nous nous affronterons enfin projet contre projet ». « Hollande sera l'otage de Mélenchon et Joly », dit-il à la Une. Dans Le Figaro encore, le ministre Laurent Wauquiez ne parle plus de Hollande et Mélenchon, mais de « Hollanchon ».

Les échos de cette fin de campagne, à droite, c'est aussi le coup de froid entre le Président et Alain Juppé, selon Le Point .

Projet contre projet, celui de Nicolas Sarkozy est désormais clair, selon Guillaume Roquette dans Valeurs Actuelles : "Retour au bercail (...) Nicolas Sarkozy redécouvre les vertus gaullistes en se démarquant d'une Europe qui ampute la France d'une partie d'elle même. La feuille de route est aujourd'hui sans ambiguïté, comme sur l'immigration et les valeurs familiales."

On en vient aux idées qui ont marqué cette campagne

Dans Le Point , Claude Imbert fixe le cadre. Le futur président "avancera, tenu bien serré, d'un côté par la tutelle des marchés, et de l'autre par la mouise qui clochardise la rue et plombe des millions de foyers".

Toujours dans Le Point , François Lenglet, relève les grands principes qui traversent beaucoup de programmes : « protection, nationalisme, retour de l'Etat, mise en cause de la liberté et de l'ouverture, voilà le catéchisme des temps qui viennent (...) C'est "La (vraie) fin du libéralisme".

Ces idées qui rassemblent ou qui peuvent faire la différence, deux pages dans Les Echos sur ce thème.

Taxer les plus aisés : hormis Nicolas Sarkozy, les candidats partagent cette volonté.

Relatif consensus pour encadrer les loyers et davantage aider les PME. Sur l'école, les projets sont vraiment opposés.

Sur deux grands sujets, Les Echos jugent les propositions assez floues : l'emploi et les déficits.

« Le chômage, bombe à retardement de l'élection », redoute Le Monde .

Les candidats entretiennent l'idée d'une France encore maîtresse de son destin. C'est une illusion de puissance pour le Financial Times repris par Courrier International .

Pour le théologien Christoph Thobald, interrogé par Témoignage Chrétien , reprendre notre destin en main, réinvestir la politique, c'est l'enjeu du moment. "Le Monde parait si complexe qu'on s'en remet au pouvoir des experts. Nous sommes tentés de nous replier sur nos communautés d'appartenance. (…) Ce qui est en cause, c'est notre manière de construire le vivre ensemble dans un lien social. »

Une autre bombe pourrait éclater... en avance

C'est la dernière controverse de cette campagne : les résultats de l'élection seront-ils connus avant 20 heures, via Twitter et Internet ? Il y a la question de la légalité de l'annonce, et puis ce qu'elle révèle de nos sociétés. Sociétés de « Frénésie », écrit Dominique Quinio dans La Croix , qui fait un éloge de la lenteur.

Société du bavardage pour l'hebdomadaire La Vie . Une prof de philo relève la phobie du silence qui est la nôtre. Il devient difficile de trouver un restaurant sans musique...

Lumière en clair obscur sur la campagne. La France ressemble peut-être à beaucoup de pays occidentaux. Ce sentiment, fondé ou non que les véritables moteurs du monde sont ailleurs.

Le Figaro publie chaque semaine une sélection d'articles du New York Times . Ce vendredi, on trouve l'histoire de Samir Kapadia. 24 ans, origines indiennes mais établi à Washington. Bon job dans un cabinet de conseil. Ses amis et ses cousins en Inde lui racontaient leur vie dans leur pays en plein essor, ils créaient un commerce sur Internet, un magazine, une entreprise, un site web. Samir a fini par retourner en Inde. "Mon travail de bureau à Washington ne me suffisait plus".

« Un nombre croissants de jeunes gens dont les parents ont immigré aux Etats-Unis choisissent de repartir vers la patrie de leurs ancêtres constate le New York Times . Ils se tournent vers des pays que leurs parents méprisaient autrefois, mais qui sont devenus de grandes puissances. »

Bon week-end !

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