Bonjour... Dans quelques heures, à minuit, des frontières vont tomber. Abolies. Avec l'adhésion de 9 nouveaux Etats-membres, ce qu'on appelle "l'espace Schengen" comptera demain 400 millions d'habitants, tous autorisés à passer d'un Etat européen à l'autre, sans passeport, le nez au vent, par la route, par la mer, par le rail (par les airs, il faudra attendre au mois de mars). "Schengen", c'est le nom de cette ville luxembourgeoise où fut signé il y a 22 ans, en 1985, l'accord créant en Europe une zone sans contrôle. "Nos frontières s'ouvrent à 75 millions d'Européens de l'Est"... Ce titre fait la Une du "Figaro", journal dans lequel la journaliste Christine Fauvet-Mycia écrit : "Les plus rétifs fustigeront à nouveau cette fuite en avant de l'Europe, son inconscience, son aveuglement. Les plus audacieux applaudiront à ce nouvel élargissement d'un espace sans frontières intérieures". Demain, les nouveaux citoyens de l'espace Schengen viendront de Hongrie, de Lituanie, d'Estonie, de Lettonie, de Pologne, de Slovaquie, de Slovénie, de République Tchèque et de Malte. C'est "La Tribune" qui dresse pour vous cet inventaire à la Prévert, précisant au passage qu'en Pologne désormais, "10.000 gardes-frontières surveilleront le nouveau rideau de fer". Jusque-là, par exemple, les Ukrainiens voisins de la Pologne passaient facilement la frontière (une habitude d'ex-"pays frères")... A compter de ce week-end, il leur faudra présenter aux cerbères polonais tout juste investis de leur mission "Schengen" : un visa, un billet aller-retour, un pécule quotidien minimum et une assurance-maladie... "Le Figaro" le dit bien : "Certains, comme le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations Unies, s'inquiètent de voir la forteresse européenne s'entourer d'un nouveau rempart". "A la frontière avec l'Ukraine, les gardes risquent d'être débordés", titre "Le Monde". L'envoyé spécial du journal à la frontière ukraino-polonaise ne s'intéresse pas aux travailleurs d'Ukraine qui souhaiteraient venir travailler chez leur voisin sans montrer patte blanche, mais à tous ces clandestins venus d'ailleurs, de Tchétchénie, du Vietnam, d'Afghanistan, de Chine, du Pakistan, d'Irak... "GPS en main", les passeurs ukrainiens leur font traverser la forêt, ils sont ensuite "récupérés par des chauffeurs polonais qui les conduisent jusqu'à la frontière allemande", à l'ouest toujours, vers le mythique Eldorado. Certains meurent en route, parfois d'épuisement, comme ces 3 fillettes tchétchènes découvertes sans vie aux portes de l'Europe à la mi-septembre. L'an dernier, précise "La Tribune", 1.082 clandestins ont été interceptés à la frontière polono-ukrainienne : 60% de plus que l'année précédente. Bienvenue au plombier polonais ! Bienvenue, soit... Mais bon courage dans la recherche d'un logement ! Demandez à Christine Boutin, elle vous le confirmera. Alors qu'elle planche sur l'hébergement des sans-abris (énooorme dossier), voilà qu'elle se prend en travers de la gorge l'une de ces polémiques qui vous donne très chaud quand il fait très froid. Je resitue l'affaire, dévoilée hier par mes confrères du "Canard Enchaîné" : le directeur de cabinet de la ministre du Logement occupe depuis 26 ans à Paris un appartement (peut-on dire "HLM" ?) de 190 mètres carrés à deux pas du Luxembourg. Le loyer est sympa : 1.197 euros, contre 3.500 au prix du marché (6 euros 30 du mètre carré, au lieu de 20 à 30 euros pour un locataire lambda). Circonstance aggravante : le 16 novembre, sur France Culture, ce monsieur est allé jusqu'à dénoncer sans rougir "l'absence de rotation dans les parcs HLM", ce qui fait écrire à Patrice Chabanet dans "Le Journal de la Haute-Marne" : "Le directeur de cabinet de Christine Boutin est, si l'on ose dire, un grand comique de l'Etat". "Le Parisien-Aujourd'hui en France", "Le Figaro", "Libération", vos journaux régionaux : tous reviennent sur cette histoire. "Faites ce que je dis, pas ce que je fais", résume Didier Pobel dans "Le Dauphiné Libéré". Pierre Taribo, dans "L'Est Républicain", fustige ces "fautes (...) qui sont fatales à l'image de la politique". Dans "Le Parisien", l'intéressé se défend, il dénonce une "chasse à l'homme". Il a loué cet appartement, dit-il, "au prix normal appliqué en 1981" (à l'époque, il était directeur adjoint du cabinet du maire de Paris Jacques Chirac). Année après année, son loyer a augmenté selon les indices classiques. Son bail n'a jamais été résilié pendant 26 ans, et n'a donc pas été renégocié alors que, dans le même temps, l'immobilier flambait. "Il n'est pas sûr que cette affaire soit une exception", s'exclame Hervé Chabaud dans "L'Union"... "Libération" fournit la réponse à la question "soliloquée" de son confrère champenois : Dans l'immeuble du directeur de cabinet de Christine Boutin (immeuble qui ne relève pas de la législation HLM, souligne "Libé") "logent aussi, à des loyers très intéressants, un préfet et une ancienne adjointe de Jacques Chirac à la Mairie de Paris". La régie communale qui gère ces appartements, à présent aux mains des socialistes, a récemment envoyé au collaborateur de la ministre une lettre lui demandant de "donner sans délai son congé". Loin des privilèges de la France d'en haut, le quotidien "La Croix" accroche en Une ce titre qui dit beaucoup : "Vivre avec une petite retraite". Alors que se tient aujourd'hui au ministère du Travail la conférence sur les pensions (non, non, je n'ai pas dit le "Grenelle de la Retraite"), 5 retraités modestes témoignent, dans "La Croix", de leurs difficultés. D'abord il y a Josy, elle a 72 ans. Elle parle d'une "vie sans rien". Ni mari -mort depuis déjà 20 ans-, ni enfants, ni plaisirs ou "petites folies". Depuis 12 ans, Josy vit seule, à la retraite, en face de la prison de Carcassonne, dans un appartement d'une cité HLM de l'Aude, un des départements les plus touchés par la pauvreté des personnes âgées selon l'INSEE. "La Croix" rappelle que le chef de l'Etat, pendant sa campagne, a promis de revaloriser les petites retraites. Denis Jacquat, député UMP de Moselle, prône en premier lieu la revalorisation du minimum vieillesse. Josy, de Carcassonne, perçoit 526 euros de retraite. Une fois le loyer, le gaz, l'électricité et l'eau payés, elle n'a plus rien. Elle a pourtant commencé à travailler dès l'âge de 14 ans comme nourrice, puis ouvrière à la chaîne. Elle dit simplement : "J'ai beaucoup donné pour gagner peu (...) C'est injuste". Ce matin, dans vos journaux, il est aussi question de la jeunesse. Notamment des lycéens, avec un ministre de l'Enseignement qui envisage de retarder les épreuves du Baccalauréat pour sauver un troisième trimestre "en pointillés". Xavier Darcos veut "reconquérir", dit-il, le mois de juin. "Le Figaro" a demandé au syndicat des chefs d'établissement (le SNPDEN) comment il perçoit cette hypothétique mesure... Réponse : "Cela imposera aux parents et aux enseignants de partir plus tard en vacances". Et puis, et puis le printemps n'est jamais écrit... ...Dans sa dernière livraison (dans vos kiosques aujourd'hui), "Courrier International" pose cette question : "Que reste-t-il de 68 ?"... La couverture de l'hebdomadaire s'agrémente d'une photo de jeunes gens de l'époque, minces et nus, moustachus et souriants, des petites fleurs dans les cheveux. Autour du même sujet, je vous invite à lire, dans "Libération", l'artiche d'Eric Aeschimann sur la publication des cahiers de l'ex-maoïste soixante-huitard Benny Lévy "Pouvoir et Liberté", ainsi que le portrait, en dernière page, par le même Aeschimann, de Michel Surya, essayiste, mysanthrope et révolutionnaire, éditeur du sulfureux philosophe Alain Badiou. Ce jeudi, c'est aussi jour de sortie pour "L'Obs", "L'Express" et "Le Point"... "numéro double", "numéro de fête" pour les deux premiers, avec un gros dossier, dans "Le Nouvel Observateur", sur le XIXème siècle... "L'Express", lui, se penche sur la grande histoire des Juifs... Quant au "Point", il fait sa Une et ses choux gras sur la Chine, avec ce sous-titre : "L'empire de la démesure". En vrac, et pour finir, deux ou trois nouvelles des femmes. Dans "Le Parisien", vous lirez qu'elles demandent "trop de césariennes de convenance"... Dans "La Croix", vous parcourrez le portrait de "la femme en or" 2008... Elle est physicienne au CNRS. Elle vient d'être primée pour avoir conçu une mini-caméra qui assiste les opérations du cancer du sein. Elle n'a que 32 ans. Elle se nomme Stéphanie Pitre-Champagnat. Elle est jolie, ne parlez pas d'elle à "qui vous savez" (il serait capable de l'inviter à l'Elysée). Et puis il y a Clara Rojas et Ingrid Betancourt, toujours captives dans la jungle colombienne. Aujourd'hui, cela fait 2.126 jours.

Alain LE GOUGUEC

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