(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : l'actualité dans l'escalier...

(Bruno Duvic) Puisque les candidats à la présidentielle veulent aller à la rencontre des Français, il va falloir prendre l'escalier. Car l'ascenseur est en panne, et pas seulement l'ascenseur social.

Le Parisien-Aujourd'hui en France consacre ce matin son dossier de Une au quartier du Chêne Pointu à Clichy Sous Bois

Dans cette cité au cœur de la région parisienne,

Non seulement une maladie d'autrefois sévit à nouveau, la tuberculose.

Non seulement l'Etat a dû récemment intervenir pour que les habitants aient du chauffage.

Mais en plus, dans l'une des deux copropriétés, les ascenseurs sont bloqués, tous les ascenseurs (il y en a 16).

Les impayés et les pannes s'accumulaient. La société d'entretien a fini par demander à ses techniciens de souder les portes, question de sécurité.

Alors ce matin, Le Parisien donne la parole à Lydie, 74 ans, qui se sent prisonnière de son appartement au 8ème étage.

Elle devrait payer 600 Euros de charges par trimestre sans compter le chauffage, elle qui touche 600 Euros de retraite, par mois.

Au 7ème étage, il y a cette famille qui utilise les bonnes vieilles techniques. C'est le benjamin qui fait les courses. Quand il est de retour, son père et son frère font glisser un sac par la fenêtre le long d'une corde de 25 mètres et remontent les provisions à la force des bras.

Ce que raconte cette histoire, c'est le délabrement de cette cité du Chêne Pointu. Autrefois promise aux classes moyennes, elle est devenue un "bidonville vertical", dit l'ancien maire de Clichy Claude Dillain. 87% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Délabrement aussi du parc d'ascenseurs français. C'est le plus vieux d'Europe dit le délégué général de la fédération des ascenseurs. Une rénovation à grande échelle ferait sans doute ses affaires.

En attendant, la mairie envoie aujourd'hui des porteurs pour monter les sacs et autres poussettes le long des dix étages de la copropriété.

Dans la campagne présidentielle, une marche de plus pour le candidat Sarkozy

Le premier meeting de campagne, hier au Parc Chanot à Marseille. C'est évidemment la première page de La Provence : "Sarkozy dessine sa France". "France", mot le plus prononcé dans le discours d'hier, à 88 reprises dixit Le Parisien .

Globalement, à la Une la presse régionale retient le caractère offensif du discours : 'Avis de tempête", titre La Dépêche du midi . Nicolas Sarkozy a durci le ton hier.

"Sarkozy à l'offensive", pour Nice Matin

L'appel au peuple, pour Sud Ouest

En détails, la presse retient 3 point de ce discours

D'abord, le président sortant qui veut être le candidat du peuple, pas d'une élite et ses corps intermédiaires. « C’est l’élite finale », titre Libération

Sarkozy, c'est « Une certaine idée de la France » titre carrément Le Figaro , comme si de Gaulle était de retour. Et oui, pour Paul-Henri du Limbert, l'ombre du général planait bien hier à proximité de celle de la bonne mère, à Marseille.

"Qu'a dit Nicolas Sarkozy ? demande l'éditorialiste. (…) Qu'il n'est pas interdit de penser que le peuple peut avoir raison et que les élites peuvent avoir tort. Si le gaullisme n'existe plus, il reste encore un état d'esprit, celui qui consiste à dire que la France peut faire face à l'adversité si elle accepte les sacrifices. Or c'est un mot que n'a pas encore osé prononcer le candidat PS."

Dans Le Républicain Lorrain , Philippe Waucampt, voit plutôt dans le discours anti-élite d'hier et tout le début de campagne des appels du pied à l'électorat de Marine le Pen.

Jamais, ajoute Jean-Michel Helvig dans La République des Pyrénées , "jamais un candidat à la présidentielle investi par une des grandes formations (...) n'avait mis en cause avec un tel acharnement les instances intermédiaires qui font le tampon entre le pouvoir suprême et les citoyens" depuis la fin de la monarchie.

Et puis "le prétendu candidat du peuple ne fut que le président du people" écrit Jean Paul Piérot dans L'Humanité .

2ème point, les propositions

La première - pas explicitement formulée : une dose de proportionnelle aux législatives.

La seconde : pourquoi ne pas réduire le nombre d'élus au parlement.

Sur la proportionnelle, Le Parisien rappelle qu'elle est également revendiquée par François Bayrou, Marine le Pen et François Hollande.

Sur la réduction du nombre d'élus, quitte à fâcher une partie de la classe politique, dans La Presse de ce la Manche , Jean Levallois y voit un signe : « Nicolas Sarkozy fait savoir que le second mandat, non renouvelable, donne une liberté, et donc une marge de manœuvre considérable pour mener à bien les grandes réformes de l'Etat. »

3ème point que retient la presse, les attaques contre le candidat Hollande. Et notamment cette phrase : où est la vérité quand on fait semblant d'être Thatcher à Londres et Mitterrand à Paris.

Pour Christine Clerc dans La Télégramme, Nicolas Sarkozy est un grand professionnel qui a programmé, étape après étape, sa montée en puissance. Objectif : affaiblir la stature de présidentiable de son rival, en l'habillant en candidat du flou, de l'imprécision et de l'attentisme.

Style tout en percussion ajoute Jacques Camus dans La République du Centre, face à un Hollande au jeu en contrôle. Sarkozy, la bête de campagne est de retour pour Bruno Dive dans Sud Ouest

Et François Hollande ? Demande Philippe Marcacci dans l'Est Républicain. "Depuis le fondateur meeting du Bourget, il baguenaude de sa Corrèze à un dominical marché. Il en est convaincu. S'il ne fait pas d'erreur, il gagnera. Exercice simple et difficile. »

Sarkozy, Hollande, il n'y en a que pour eux ou presque. Et pourtant il y a quelques autres candidats à qui les journaux devraient prêter plus d'attention pour François Ernewein dans La Croix.

« La campagne présidentielle française se déroule depuis quelques jours comme si l’étape si nécessaire du premier tour était déjà franchie. (…)

Pourtant, depuis 2002, au moins, la France entière a appris qu’avril précède mai, que le premier tour sert à désigner les candidats du second et qu’il arrive que certains, trop présomptueux, soient renvoyés à la case départ (…) La prudence est d’autant plus nécessaire que cette logique binaire porte une part de risques. Elle s’accompagne notamment d’un appauvrissement des discours. »

Quoi d’autre dans la presse ?

L’ascenseur social et symbolique fonctionne parfois… Retour au Parisien avec un article sur ces femmes des cités qui ont reçu mercredi dernier leur « Diplôme initial de langue française ».

Il sanctionne la maitrise des bases de la langue française. La remise de diplôme, présidée par Bernard Pivot (tout un symbole) avait lieu à Boussières-sur-Sambre, dans le Nord.

Il a notamment félicité Tassidit, Algérienne présente en France depuis 1971. « 383.25/100, c’est mention très très bien, bravo madame ! »

Pour l’occasion, Tassidit, a mis de jolis bijoux en or. Elle est tout émue : « C’est le premier diplôme de ma vie, je ne suis jamais allée à l’école. Franchement, ça fait plaisir, ça me donne confiance en moi. »

Elles étaient 19, nées au Maghreb ou au Kosovo. La cérémonie était orchestrée par une association de quartier. « Avant, elles étaient dépendantes de leurs enfants, pour comprendre un document, libeller un diplôme… », dit une formatrice.

Bachra, 57 ans, ne lit « pas encore de grands livres », mais « des comptes pour enfants ». Avec ses quatre filles, elle n’échange plus en arabe, mais en français. « Comme ça, elles me corrigent ».

Tassidit : « Les leçons de français m’ont encore rapprochée de la France. Aujourd’hui, je me sens plus Française qu’Algérienne. Mais ici comme là-bas, je suis toujours considérée comme une immigrée. » Et elle conclut : « Notre prochain diplôme, c’est le Bac, enfin, si on est encore en vie. »

A demain !

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