« Je suis, au moment de vous écrire cela, sain de corps et d’esprit. Rien n’a altéré mon raisonnement. »

_ _Il s’agit là des premières phrases d’un mail, reçu dans la nuit du 5 au 6 février par deux journalistes de LIBERATION… Le mail vient d’un ancien militant parisien de l’UNEF, devenu enseignant, auquel Laure Bretton et Ismaël Halissat avaient envoyé, la veille, des extraits de leur enquête, avec les témoignages de plusieurs jeunes femmes, elles-mêmes d’anciennes militantes de l’UNEF, l’accusant d’agressions sexuelles. Au moins une demi-douzaine de faits pénalement répréhensibles. 

Les journalistes de LIBERATION souhaitaient connaître son point de vue. Qu’avait-il à répondre à ces accusations ? Je vous ai déjà lu le début de sa réponse. Le message est très long. Le trentenaire y évoque les violences de son père, son père condamné pour le viol de deux de ses sœurs et d’une cousine mineure. Il évoque sa famille qui explose en vol et le syndicat étudiant qui devient un refuge. Quant aux accusations : « les faits sont exacts », écrit-il, « et encore, vous ne vous appuyez que sur les témoignages que vous avez collectés »… Il ne conteste rien, et laisse donc entendre que le nombre de ses victimes irait bien au-delà d’une demi-douzaine. Et l’ancien militant conclue. Trois phrases, comme un couperet. « Cette situation me hante depuis trop longtemps. Voilà pourquoi j’ai décidé de mettre fin à mes jours. Personne d’autre que moi n’en est responsable. »

Dès la lecture du mail, mes confrères de LIBERATION préviennent les secours. La police, les pompiers… Le jeune homme reste introuvable pendant une journée. Sa famille le cherche également… Décision est alors prise de suspendre la publication de l’enquête. Puis le journal apprend que l’ancien militant devenu enseignant a été retrouvé. Il est à l’hôpital, et il est entouré. Le quotidien choisit de ne pas donner son nom, mais ce matin, on peut donc lire l’enquête menée durant trois mois par Laure Bretton et Ismaël Halissat. Harcèlements, agressions et viols. Sont visés plusieurs ex-dirigeants de l’organisation étudiante. 

« Les témoignages qui accablent l’UNEF »C’est le titre à la Une… Des témoignages qui font suite à la tribune publiée en novembre dans LE MONDE. Conséquence de l’affaire Weinstein : 83 jeunes femmes dénonçaient « les violences sexistes et sexuelles au sein de l’Union Nationale des étudiants de France ». Et voilà maintenant les récits. Seize anciennes militantes ont accepté de raconter. Témoignages anonymes dans la plupart des cas… La peur des représailles. Mais elles donnent l’identité des garçons qu’elles accusent… Un certain Grégoire T, mais aussi Jean-Baptiste Prévost, qui dirigea l’UNEF de 2007 à 2011. Elles racontent les traquenards dans lesquels elles sont tombées.  Demande de fellation, puis viol, sous une tente au camping de la Fête de l’Humanité… Demande de fellation, « ou sinon, je te prends par derrière », à l’issue d’une fête de l’UNEF à Paris… Elles racontent les week-ends régionaux de formation. Les jeunes dirigeants qui repèrent leurs proies, notent leurs numéros puis vont sonner chez elles au milieu de la nuit pour dire qu’ils ne savent pas où dormir… Et, parfois, certaines cèdent à leurs avances sans se défendre, simplement parce que ce sont eux qui ont le pouvoir. Ce sont eux les chefs, et comme le reconnaît une ancienne de la direction du syndicat : « A l’époque, on était une mini-autocratie. Il y avait, dans l’ordre : Marx, Lénine, Engels et le président de l’UNEF… » _

Président tout puissant. Des garçons tout puissants. Du sexisme à tous les étages et filles qui encaissent. Mais aujourd’hui, certaines ont donc décidé de parler. Après des années à se taire. Ceux qu’elles accusent démentent, parlent de relations consenties. Excepté l’ancien militant devenu enseignant. Un homme qui reconnaît les faits, et ses aveux sont importants. Un homme face à sa conscience.  

Et, ce matin, les journaux évoquent aussi d’autres femmes qui ont décidé de parler… Elles ont parlé, mais elles le paient. 

Une affaire jugée aux prud’hommes. C’est à lire dans MIDI LIBRE. Dans un club de football. Une femme-fille qui raconte qu’elle a été harcelée.  Bizarrement, elle est licenciée.

Autre affaire, celle-ci non jugée, à lire sur le site NOUVELLE NEWS. L’histoire d’Astrid de Villaines, journaliste sur la chaîne parlementaire. Elle avait dénoncé l’agression sexuelle d’un collègue et celui-ci, après avoir été mis à pied, est revenu à l’antenne dès janvier. Elle ne supporte pas l’idée d’avoir à le recroiser. Elle a démissionné et le site s’en émeut : c’est _«_ Balance ton porc et tire-toi. »

On parle aussi d’éducation dans les journaux ce matin. Avec LE COURRIER PICARD qui s’inquiète. « Nuit debout dans les écoles » Des écoles occupées la nuit, pour protester contre les projets de fermeture de classes… Et, à ce sujet, il faut lire le papier de Louise Tourret sur SLATE. _« L’école maternelle va-t-elle disparaître ?_ » Pourquoi lire ce papier ? Eh bien parce qu’il apporte une analyse intéressante sur les fermetures de classe… Oui, en ce moment, en France, des classes sont en train de fermer, car les postes sont répartis en fonction des besoins. C’est ce qu’on appelle la DGF, « la dotation horaire globale »… L’heure est donc aux calculs et aux prises de décisions… Avec des fermetures de classes quand il n’y a pas assez d’élèves, ou bien pas assez de professeurs… Et c’est là que bât blesse. Pour donner des postes au nouveau dispositif – des classes à 12 élèves en CP et en CE1, dans les écoles situées en réseau d’éducation prioritaire – on enlève des enseignants dans d’autres établissements. Notamment dans les maternelles. Aujourd’hui, les classes de toute petite section pourraient tout bonnement disparaître.

Education toujours, c’est à lire dans LA CROIX. _« _Quand internet empoisonne le climat scolaire… » Insultes sur la Toile, diffusion d’images ou de vidéos désobligeantes. Le dernier baromètre du climat scolaire réalisé par la Fédération des autonomes de solidarité, et dont le quotidien dévoile les résultats, montre une augmentation de 19% des « préjudices numériques » touchant les personnels de l’éducation. Essentiellement, donc, des insultes, de plus en plus nombreuses, sur les réseaux sociaux. 

De son côté, LE PARISIEN nous propose tout un dossier pour éviter les conflits au moment de l’héritage. Avec toutes les techniques pour contourner la loi et déshériter ses enfants. C’est absolument monstrueux… Enfin, tout aussi monstrueux, ce titre de L’UNION : « Pour vivre vieux, fuyez la région ! » Les chiffres de l’espérance de vie sont tombés, et il ne fait vraisemblablement pas bon vivre dans la Marne. Certains matins, l’actualité est vraiment désolante. 

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