Bruno Duvic : Dans la presse ce matin, l'histoire d'un jeune apprenti terroriste piégé par le FBI… Yves Decaens : Ses camarades de classe l'appelaient « Momo » pour ne pas avoir à prononcer son nom, un peu trop long : Mohamed Osman Mohamoud, Somalien d'origine. Mais c'est un parfait adolescent américain : le basket, les jeux vidéos, les filles. C'est son histoire que raconte Lorraine Millot dans Libération… Comment le jeune « Momo »,19 ans, s'est fait piéger par le FBI, qui l'a aidé à préparer un attentat pour mieux l'arrêter. C'est vicieux, mais la police fédérale voulait savoir jusqu'où le jeune garçon était prêt à aller... elle a vu ! Par deux fois, fin novembre, raconte Lorraine Millot, le jeune terroriste en herbe a actionné un téléphone portable qui, croyait-il, devait faire exploser une voiture piégée au milieu de la foule à Portland: sauf que les explosifs fournis par le FBI étaient faux. Et voilà comment il se retrouve aujourd'hui en prison, et peut-être définitivement. Un vrai cas d'école, c'est le cas de le dire pour les étudiants en droit, pour la société américaine en général. Car sans l'aide du FBI, demandent ses amis, ses avocats, les vociférations du jeune « Momo » qui ne cachait pas ses sympathies djihadistes, auraient-elles été suivies d'effets ? C'est bien un agent du FBI, se faisant passer pour un terroriste, qui lui a fourni de l'argent et même ses encouragements. S'il n'avait pas été aidé « Momo », peut-être serait-il passé à autre chose. D'ailleurs, au mois de juin, il voulait aller travailler comme pêcheur saisonnier en Alaska et c'est le FBI qui l'a empêché de prendre l'avion. Bref, un vrai guet apens dont la police américaine est assez coutumière et la méthode est légitime commente un agent spécialisé dans le renseignement: Cela permet d'identifier les terroristes avant qu'ils ne commettent un attentat. A moins qu'ils n'y aient été encouragés : un bon sujet de philo pour le bac. Bruno Duvic : Un autre destin brisé, en Tunisie cette fois… Et lui, il avait 26 ans. Il a été poussé au suicide par la police de Ben Ali… Yves Decaens : Mohammed Bouazizi, le petit vendeur de fruits et légumes, qui s'est immolé par le feu le 17 décembre, c'est le nouveau héros du monde arabe, habitant d'une ville où les touristes ne vont pas, écrit Alain Frachon en ouverture d'un dossier spécial du journal Le Monde. Dossier consacré à la situation tunisienne, on va y revenir... Mais dans cette ville, Sidi Bouzid, où les touristes ne vont pas, François Hauter y est allé pour Le Figaro… des terrains vagues couverts de déchets, des rues défoncées, des palmiers chétifs. Près de la maison de Mohamed, la carcasse de sa charrette de misère... une maison de trois pièces où vivent neuf personnes, dont la maman Manoubia, 49 ans et qui en porte 70 : « il nous faisait vivre avec sa charrette » dit-elle. C'est pour faire manger la famille qu'il avait arrêté ses études. Pas de jeunesse, une vie de chien… on connait la suite ! Moi, et là, c'est Jean Daniel qui parle dans Le Nouvel Observateur, « moi, je suis un homme âgé, mais ces dernières années deux évènements m'ont rajeunis : l'arrivée d'Obama à la Maison Blanche, et cette révolution tunisienne, la toute première dans un pays arabe après sa décolonisation ». « Et ce n'est certainement pas qu'une histoire tunisienne » reprend Alain Frachon dans Le Monde. La secousse partie de Tunis se fait sentir à Rabat, Amman, Le Caire et Alger. Elle est le signe d'un mal qui ronge tout le monde arabe ou presque, où partout des élites corrompues et richissimes sont incapables de répondre à une jeunesse nombreuse et sans emploi qui cherche un avenir introuvable dans des sociétés fermées... des sociétés que Facebook et Al-Jazira ouvrent à tous les vents de ce siècle commençant. En deux phrases, tout est dit ! En un dessin aussi… Dans Libé, les chefs d'Etat de quelques pays arabes alignés comme des dominos par le crayon de Willem. Le premier de ces dominos ressemblant à Ben Ali tombe… on devine la suite... bon, il y a juste au milieu, une intruse : Michèle Alliot-Marie, coincée entre Khadafi et Moubarak et qui se demande : « qu'est ce que je fous-là ? »… Mais c'est une autre histoire. Bruno Duvic : La théorie des dominos, ce n'est qu'une théorie. Pour l'instant, les dominos sont encore debout… Yves Decaens : Et ils ont pris les devants… pour éviter la contagion, les leaders arabes ont déjà pris leurs dispositions : la baisse des prix des produits de première nécessité, la hausse des primes aux fonctionnaires et autres mesures se voulant apaisantes. N'empêche que les immolations se multiplient et que l'alerte a sonné dans bien des capitales Comme dit Pierre Rousselin dans Le Figaro : « Traiter les raisons économiques de la grogne, c'est une première réponse mais la jeunesse a maintenant des exigences politiques. Les pays du Maghreb et du Proche-Orient, conclut Rousselin, ne peuvent plus faire l'impasse sur une ouverture contrôlée ». En tout cas, pas la Tunisie… Voir dans L’Humanité comment les Tunisiens veulent en finir avec le parti Etat de Ben Ali. Ben Ali parti, la révolution n'est pas finie et fleurissent des slogans qui parlent aux oreilles d'un Français : nouvelle constitution, nouvelle République, assemblée constituante, gouvernement de salut national et front populaire. La révolution ne sera pas faite, explique un manifestant à L’Huma, tant que ce gouvernement de putsch subsistera dans son décor démocratique. Ce qu'on veut, ou plutôt qu'on ne veut plus, c'est du RCD, le parti au pouvoir. Mais alors qui ? C'est tout le problème désormais, reprend Jean Daniel dans Le Nouvel-Obs. S'agit-il de choisir les constituants représentatifs de la révolte alors que pratiquement tout le monde, à part quelques courageuses victimes, s'était ou rallié ou soumis au régime. Il sera difficile de faire le tri dans la nouvelle élite dirigeante. Sans compter, commente aussi Denis Beauchard, l'ancien président de l'Institut du Monde Arabe, dans L’Express, d'autant que la démocratie suppose un long apprentissage. Ce qu'expriment à merveille les journalistes du journal La Presse de Tunisie, porte-parole du régime jusqu'à samedi dernier, et depuis, un peu désemparés. Le rédacteur en chef a été prié de dégager, raconte Léa Lisa Westerhoff, c'est un comité de rédaction de onze journalistes qui décide maintenant du contenu. « Mais c'est pas facile d'être libre ! » soupire Souad, qui fait partie du comité : « Il y a toujours une petite partie de nous qui nous dit d'arrondir les angles, d'enjoliver les choses ». Et Nadia, c'est pareil : « J'ai plein d'idées, dit-elle, mais j'ai peur de ne pas être à la hauteur. Car à partir du moment où on est libre, je me dis qu'il faut écrire très bien ». Bruno Duvic : Deux petites infos glanées encore dans la presse, Yves… Yves Decaens : Deux petites choses sans importance. D'abord dans L’Equipe, cette altercation entre l'attaquant du PSG. Luyindula et son entraineur Kombouaré qui ne l'a pas fait jouer mardi à Montpellier... « Tu me prends pour qui ? » lui a dit son joueur... et « On est déjà en progrès par rapport aux Bleus de l'été dernier en Afrique du Sud ». Les termes sont mieux choisis et c'est pour cela sans doute que cette fois, ça ne fait pas la Une. Et puis, dans Le Parisien, cette excellente nouvelle pour tous les amateurs de radio. C'est une étude de la Sacem. Bon, la chanson française reste le genre préféré des Français, mais surtout c'est la radio qui reste le meilleur moyen d'écouter de la musique et de découvrir de nouveaux talents. France Inter notamment, mais la radio en général. Et non, Internet n'a pas tout colonisé et les médias traditionnels ne sont pas morts !

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