Tout de même, on s’interroge : est-ce que là, ça ne va pas trop loin ? La réécriture de Carmen, l’opéra de Bizet. Quand l’héroïne succombe au coup de poignard de Don José, son amant éconduit…

C’était le 7 janvier dernier, dans un théâtre de Florence. Commande du directeur au metteur en scène, une version inédite, dans laquelle Carmen ne meurt pas.

La raison invoquée : dans le contexte actuel, l’affaire Weinstein et la parole qui se libère sur les violences faîtes aux femmes, il serait devenu, je cite le metteur en scène, « inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles ». Et il a donc imaginé une conclusion bien différente. Face au brigadier, connu pour sa drague insistante, Carmen, en situation de légitime défense, attrape un pistolet et c’est elle qui tue l’opportun.

Mais, comme le raconte Jean-Michel Normand dans M, LE MAGAZINE DU MONDE, rien ne s’est passé comme prévu lors de la première de cette singulière adaptation… Au moment fatidique, la mezzo-soprano jouant le rôle principal s’est bien saisie d’un pistolet, mais elle a eu beau s’y reprendre à plusieurs fois, jamais le coup de feu n’est parti ! Elle a alors envisagé de balancer le flingue à la figure de Don José, ou bien de courir l’étranger. Mais en la voyant paniquer, son partenaire a décidé de simuler un fulgurant évanouissement.

Finalement, ce soir-là, même le harceleur a eu la vie sauve.  Et le chroniqueur s’en amuse. Faut-il voir dans ces déconvenues comme une protestation posthume de l’auteur de l’opéra ? L’esprit de Bizet qui serait-il venu perturber le dénouement ? L’esprit de Bizet serait-il venu condamner implicitement les dérives du politiquement correct ?

D’ailleurs, en la matière, son œuvre phare constitue un terrain très propice. Il y a trois ans, en Australie, le directeur d’un opéra avait choisi de supprimer Carmen de sa programmation. La raison, délirante : les personnages y feraient l’apologie du tabac. Petite consolation, tout de même : à Florence, au début du mois, si la fin n’était pas la même – puisque donc Carmen ne meurt pas – la musique, de son côté, n’avait pas été modifiée.  Nous avons parlé des dérives, mais il y a toujours la parole. Elle continue de se libérer, et d’autres voix se font entendre.

  • #MeToo en Chine 

C’est à lire dans LE MONDE, « Les universités chinoises gagnées par le hashtag metoo ». En chinois, ça donne « wo ye shi » et si, dans un tout premier temps, les témoignages se sont faits rares, ils se multiplient désormais sur les réseaux sociaux chinois. Il s’agit donc d’étudiantes, des jeunes filles qui ont le courage de parler, et qui racontent les agressions sexuelles et les viols qu’elles ont subis au sein de leurs établissements. Ce sont, pour l’essentiel, des professeurs qu’elles accusent.

Une soixantaine d’universités serait concernée. Et certains estiment qu’on assiste ici à l’émergence d’un important mouvement féministe, le plus grand que la Chine n’ait jamais connu… 

  • Woody Allen a nouveau accusé d'agression sexuelle par sa fille

Toujours dans LE MONDE, mais quinze pages plus loin : le même sujet et le visage de Woody Allen. Jeudi dernier, à la télé, sa fille adoptive Dylan Farrow est, pour la première fois, apparue dans une interview. Et elle a renouvelé les accusations d’agressions sexuelles qu’elle porte contre son père depuis maintenant 25 ans. Elle affirme qu’il lui a lui a touché les parties intimes quand elle était enfant. Elle affirme aussi qu’il lui demandait souvent de venir dans son lit.

Le réalisateur dément, comme il l’a toujours fait, mais plusieurs acteurs ont dorénavant choisi de prendre leurs distances. Ces acteurs expliquent qu’ils ne tourneront plus avec Woody Allen, et même qu’ils regrettent d’avoir tourné avec lui. Soutien à sa fille adoptive. Pourquoi mentirait-elle ? Il est allé trop loin… 

  • Donald Trump à la Maison Blanche : un an déjà

Lui aussi, très souvent, on se dit qu’il va vraiment trop loin… Donald Trump fête aujourd’hui le premier anniversaire de son arrivée à la Maison Blanche. Anniversaire terni par l’événement du jour : les Etats-Unis sont entrés ce samedi dans une période de turbulences, après l’échec d’un vote crucial au Sénat. La majorité républicaine, l’opposition démocrate et la présidence n’ont pas réussi à s’entendre sur un budget. Depuis minuit, c’est le shutdown : fermeture partielle des services de l’administration fédérale.

Mais à l’occasion de ce premier anniversaire, on retrouve Donald Trump ce matin à la Une de deux journaux nationaux. De profil sous un parapluie dans AUJOURD’HUI LE PARISIEN, avec cette question : « Tiendra-t-il ? » De face, le visage fermé et l’index pointé en avant à la Une du FIGARO, qui a choisi pour titre « La bourrasque Trump ». La bourrasque, certes, mais « au-delà du tumulte, analyse le journal, le président américain a procédé, depuis un an, à des changements de fond dans l’administration, l’économie, l’environnement, la justice, la diplomatie»…

« Il fait, ou tente de faire ce qu’il a dit », relève Arnaud de La Grange dans son édito. « Il avait promis d’assécher le marigot ? Il s’est attaqué à la bureaucratie pour briser les entraves du libéralisme. Il s’était engagé à baisser les impôts ? Il a fait adopter une réforme fiscale. Wall Street applaudit, et l’économie américaine a le moral. »

Et puis, même s’il est au plus bas dans les sondages après toute une année « de bruit et de fureur », « il garde le soutien de sa base », nous explique LE PARISIEN. Témoignage d’une de ses électrices. Elle s’appelle Ana, elle est responsable d’un bar et se dit complètement satisfaite de Trump… « Il n’a pas de filtre, c’est sûr, mais il parle comme nous… Et puis franchement, quand il dit qu’Haïti est ‘un pays de merde’, les mots sont peut-être durs, mais c’est la vérité. » Ana apprécie donc la personnalité du président américain, mais également sa politique, notamment sur l’immigration. « En un an, dit-elle, il a fait beaucoup de choses pour régler les problèmes avec les musulmans. » Parole de trumpiste. Pour elle, il ne va pas trop loin. 

  • Les députés inquiets concernant les 80 km/h

Et le gouvernement, n’irait-il pas trop loin aussi, en voulant limiter encore la vitesse sur les routes ? Si l’on en croit LE PARISIEN, c’est en tout cas ce que pense une bonne partie des députés, y compris dans le camp du président de la République… « Les 80 km/h inquiètent même les Marcheurs ! » C’est le titre du papier de Jannick Alimi, qui se demande si le gouvernement ne va pas devoir faire marche arrière.

La mesure est censée entrer en application le 1er juillet – réduire de 10 km/h la vitesse autorisée sur les routes secondaires. Elle est aussi censée sauver 400 vies par an. Mais les parlementaires sont donc très nombreux à s’y opposer, expliquant que sur le terrain, dans leur circonscription, on ne leur parle que de cela, et des nouvelles amendes que ça va entraîner. Inquiétude, réelle, d’un député de La République en Marche – il évoque un dossier politique miné. Et « faut faire attention, dit-il : attention à la coagulation des mécontents. Il faut se rappeler que Mai 68 a éclaté pour une question de mixité dans les résidences universitaires, alors… » Alors donc, il s’inquiète du printemps prochain.

  • Des faits pour parler de mai 68

A propos de mai 68 : petit vent de nostalgie dans LIBERATION ce matin. Un retour en arrière, 50 ans en arrière. « 68, une histoire pas possible », c’est le titre à la Une. Et le journal se demande si le temps n’est pas arrivé de « revenir à l’histoire », autrement dit aux faits. Raconter les faits, analyser les faits, la tête froide et sans parti-pris. Le quotidien de gauche se désole que les événements aient été totalement vidés de leur substance politique.

Non, Mai 68 ne se réduit pas à une révolte étudiante et individualiste. C’était plus que ça ; c’était un mouvement collectif. Et tout n’est pas à jeter, loin de là ! C’était « une révolte contre les traditions qui corsetait les libertés individuelles », note ainsi Laurent Joffrin dans son édito. « Une révolte contre l’autorité humiliante qui s’exerçait dans les classes, les bureaux, les usines. Une révolte contre la dureté du capitalisme et son cortège d’injustices. » Et c’est cela qu’il faut redire, même si certaines utopies sont peut-être allées trop loin.

  • Les bonnes audiences du 6/9 du week-end

Pour finir, une dernière info que j’ai relevée je ne sais plus où. Il parait que la matinale du week-end de France Inter est en solide position : leader même, dit-on : 2 millions 643.000 auditeurs. Continuez à nous écouter, soyez de plus en plus nombreux : ça n’ira jamais trop loin.

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