Patrick Cohen : Si l'on devait donner un titre à cette Revue de Presse du lundi... Denis Astagneau : Ce serait "Des ailes et des racines", pour paraphraser une célèbre émission. Les ailes, ce sont celles des avions du Bourget, le plus grand salon aéronautique du monde. Les ailes de la concurrence entre Boeing et Airbus... c'est dans Les Echos : « Boeing vient défier Airbus ». C'est aussi dans Libération-Economie, qui estime "qu'Airbus prend les commandes du Bourget". Mais l'aile noire qui barre toute la page de Libé, c'est celle de "Solar Impulse", une aile bardée de panneaux solaires qui a permis à l'avion de rallier le Bourget depuis Bruxelles. Et comme nous le dit le supplément du Figaro : "Le "Solar Impulse" de Bertrand Picard espère voler tous les matins pendant le salon"... Ce n'est pas aujourd'hui que le soleil va l'aider ! Les ailes, ce sont aussi celles de la guerre secrète des Awacs américains dans le ciel libyen. Ces avions avec leur coupole de radars greffés sur le toit sont censés détecter tout ce qui bouge dans un rayon de 400 km dans les airs, en mer et sur terre. Jean-Jacques Mevel, l'envoyé spécial du Figaro, a volé au-dessus du golfe de Syrte, à bord de l'avion américain. Il y parle des multiples précautions que prennent les contrôleurs avant de donner le feu vert à des frappes. Et pourtant, on a vu que les bavures de l'OTAN n'ont pas été évitées. D'ailleurs, la guerre coûte cher... et l'argent, c'est le nerf de la guerre : plus d'un million d'euros par jour pour le budget français, autrement dit 87 millions d'euros en 80 jours… Calcul fait par Le Parisien-Aujourd'hui-en-France. Et l'addition s'alourdirait encore si le conflit devait se prolonger au-delà de l'été. Et Michel Lépinet s'interroge dans "Paris-Normandie" : "Et si nous nous étions lourdement trompé... et si nous avions, une fois de plus, cru aux mirages ou au miracle... Les mirages d'une guerre sans souffrance parce que menée du ciel... D'une guerre juste parce que dirigée contre un tyran... Mirages d'un Kadhafi quittant son pays sous les bombardements... Miracle de la démocratie imposée par la force de la communauté internationale... Mais trois mois se sont écoulés, constate Michel Lépinet, et Kadhafi est toujours là... Plus personne ne parle d'issue militaire rapide, ni parfois d'issue militaire tout court". Et, conclut Michel Lépinet, "le rêve que nous avions fait, d'une armée internationale rétablissant triomphalement le droit des peuples, est en train, une nouvelle fois, de s'évanouir". Patrick Cohen : Et les racines, ce sont celles de notre civilisation, la Grèce... Denis Astagneau : Si vous voulez voir le visage, plutôt bouledogue, du nouveau ministre des Finances grec, Evangelos Venizelos, il est dans un coin de page à la Une des Echos. Il semble prêt à mordre, à moins qu'il ne soit franchement stressé. "Evitons à la Grèce une faillite du type Lehman-Brothers"... c'est le ministre belge des Finances, l'encore ministre pourrait-on dire, puisque son gouvernement est en suspend, qui fait cette déclaration dans La Tribune. Didier Reynders met en garde contre une contagion à l'Irlande, le Portugal, l'Espagne, l'Italie, peut-être la Belgique, mais aussi la France si la Grèce faisait défaut. Oui, mais quels sont les remèdes ? Patrick Fluckiger dans L'Alsace, est sceptique : "Les médecins ont fait beaucoup de progrès depuis le Moyen Age, dit-il... Les économistes pas vraiment. Ils sont restés au bon vieux principe de la saignée. Pour un malade anémié, il y a mieux ! Problème, selon Patrick Fluckiger, l'Europe libérale ne peut pas imaginer d'autre remède que la vente des bijoux de famille. Or, on ne fera pas sortir Athènes du trou en cravachant les Grecs. Mais si ceux-ci s'effondrent, ils entraîneront dans leur chute l'ensemble de la zone euro". Patrick Cohen : Il y a aussi des racines politiques... Denis Astagneau : Oui, si j'osais, je dirais même des racines de pissenlit, puisque l'expression "se retourner dans sa tombe" apparaît dans deux journaux aussi différents que l'Est-Républicain et Le Midi-Libre. Et qui devrait se retourner dans sa tombe, et à propos de quoi ? Georges Marchais pour Chantal Didier, associé à Jacques Duclos pour Jean-Laurent Truc, à propos de Jean-Luc Mélenchon, candidat du Parti communiste. Georges Marchais, 15,4% des voix à la présidentielle de 81, rappelle Hervé Favre de La Voix du Nord... Jacques Duclos, 21,27% au premier tour de 1969, meilleur score du Parti communiste à une présidentielle. Hervé Favre rappelle aussi les 1,93% de Marie-George Buffet en 2007. Aujourd'hui, dit-il, le parti n'a plus à sa tête une figure que l'on reconnaît dans la rue. A l'ère de l'Internet et de la pipolisation  de la politique, le PCF s'en remet donc, pour le représenter, à une vedette médiatique. Un bon client pour les journalistes qu'il déteste. Pascal Jalabert dans Le Progrès de Lyon, voit le PCF comme un nonagénaire à bout de souffle. Il s'est définitivement et discrètement rangé hier dans les livres d'Histoire en adoubant Jean-Luc Mélenchon, pur produit de l'appareil du PS, et professionnel patenté du système politique. Il occupe un vrai créneau politique sans traîner l'encombrant adjectif "communiste". "Mélenchon, reprend Jean-Laurent Truc du Midi-Libre, c'est l'empêcheur de tourner en rond, la grande gueule qui dérange. Une figure, une synthèse de Robin des Bois et de Don Quichotte, auquel la lutte finale ne fait pas peur". "N'empêche, remarque Chantal Didier dans L'Est-Républicain, ce populisme de gauche ne séduit pas tout le monde place du Colonel Fabien. Hervé Favre a également vu les chiffres : "40% de militants opposés à la candidature. Mélenchon, cela fait tout de même un gros handicap de départ pour conduire la belle et grande bataille unitaire annoncée par Pierre Laurent". Daniel Ruiz dans La Montagne ironise : "L'appareil du parti ne nous avait pas habitué à un tel déchet dans ses consignes de vote. Cela vient, dit-il, du malaise des militants décidément pas ravis à l'idée de se ranger derrière un candidat trotsko-socialiste qu'ils identifient à ceux qu'ils ont si longtemps combattu". Et qu'en dit L'Humanité ? Eh bien en Une, le journal donne les chiffres du vote des militants, et Michel Guilloux fait la synthèse : "Avec près de 96% des voix, les dizaines de milliers de militants communistes qui ont voté ces trois jours, délivrent un message au pays : non, la France qui souffre et qui espère n'est pas condamnée à la désillusion et aux coups brutaux". Et André Chassaigne, le vaincu, estime que "le candidat avant d'être une personnalité, c'est le front de gauche". J'ajoute encore quelques chiffres... ceux d'un sondage de l'IFOP dans France-Soir, à propos du centre. Et François Bayrou est toujours là... Pour 42% des personnes interrogées, c'est le président du MoDem qui incarne le plus les idées et les valeurs du centre. Dix points devant Jean-Louis Borloo, qui est plutôt plébiscité par les sympathisants UMP. Finalement, on peut très bien parler de médias sans passer par les journaux télé. "Médias", c'est un trimestriel à lire entre les lignes... notamment sur "Docteur Strauss et Mister Kahn"... ou une longue interview de Guillaume Durand, l'un des animateurs vedettes sur la sellette à France Télévisions, comme d'ailleurs Giesberg, Moati ou Taddei. "On ne souhaite pas que je me mêle de la présidentielle" déplore Guillaume Durand qui n'exclut pas d'être candidat à la présidence de France Télévisions. Il flingue gentiment ses amis et ses ennemis. Pour conclure : "J'adore mon métier, le journalisme... j'adore la politique... mais par dessus tout, mes héros sont des peintres". Bonne journée !

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