(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : Manuel et les deux Gégé

(Bruno Duvic) Thierry Delbreil est le maire de Lafrançaise. Ce professeur d'histoire géo a été élu en mars dernier dans cette commune de 3.000 habitants près de Castelsarrasin, Tarn et Garonne. Elu sur une liste divers gauche. Autrement dit, c'est un rescapé de la vague bleue tombée sur les communes au début du printemps.

Le lendemain de son élection, dans la salle des profs de son collège, il s'attendait à des accolades, des bises, des félicitations. Mais ce qu'il a entendu, c'est un de ses collègues lui dire : « Ca y'est, t'es plus de notre monde ! » Puisqu'il faisait de la politique, il était forcément un planqué, un nanti, voire un pourri.

Le dur métier de politique aujourd'hui. Libération y consacre un reportage auprès de ces élus de terrains confrontés à la défiance de leurs électeurs. « Les élus PS ne savent plus quoi faire ».

Dur métier de politique de bas en haut. Lire la presse ce matin, c'est avoir l'impression d'être devant un ordinateur où il y a des dizaines d'onglets ouverts, comme autant de chantiers de réformes en cours, autant de critiques qui les accompagnent.

A la Une du Figaro : « Santé, le projet Touraine suscite la colère des médecins ». Mesure phare : le tiers payant généralisé. Gaëtan de Capèle peste dans l'édito : « Voudrait-on achever de déresponsabiliser les Français à l'égard de leur système de santé que l'on ne s'y prendrait pas autrement. Idéologie du pré-payé qui donne l'illusion du tout gratuit. C'est une fabrique de malades consommateurs qui se met en place. »

La réforme des régions. Il y en a trois dans l'œil du cyclone, selon L'Opinion . La Picardie ne veut pas de Champagne-Ardenne, la Bretagne et ses relations avec sa voisine des Pays de la Loire restent casse-tête. Et la grande région centrale est menacée.

Mais les deux dossiers les plus emblématiques du moment, ce sont les intermittents et la réforme ferroviaire.

Emblématiques, parce qu'ils apportent des réponses à cette question : la gauche peut-elle mourir ?

« SNCF, la grève à quai », titre Libération . Après neuf jours, le mouvement des cheminots est en bout de course. Ce que raconte cette histoire, selon Libé , c'est le double visage d'une CGT débordée. Les trois échelons, militants de base, fédération de cheminots et confédérations ne parviennent pas à s'entendre. Division entre les réformistes d'un côté et les radicalisés de l'autre. Clivage de générations : « La CGT vieillit, dit un ancien cadre, frictions entre les jeunes et les plus anciens, fossé culturel ». « La CGT écrit Eric Decouty dans son édito est à un tournant de son histoire. »

Cette tension entre radicaux et réformistes, on en trouve trace dans L'Humanité . Le journal de Jaurès est dans une opposition au gouvernement aussi systématique que Le Figaro en ce moment, dans un genre différent. Le titre ce matin à propos des intermittents : « Manuel Valls prépare une opération enfumage ».

Les intermittents, deux pages dans Le Parisien-Aujourd'hui pour expliquer pourquoi, malgré les concessions (ce que le journal appelle l'opération Canadair), le feu n'est pas éteint. « L'accord du 22 mars a cristallisé un mécontentement rampant parmi les professions du spectacle. La crise réduit les budgets, annule les projets, limite les embauches. D'où une grogne qui a surpris le gouvernement par son ampleur. »

Bilan des courses, selon Hervé Cannet dans La République du Centre Ouest : cheminots, professionels de la culture.... « Le rejet dans les urnes se retrouve désormais dans des catégories socio-professionnelles qui ont depuis toujours servi de socle électoral à la gauche. »

Tension aussi au P.S.

Ne dites plus « parti socialiste », dites « parti des deux Gégé ». Expression employée par Jean Christophe Cambadélis pour détendre l'atmosphère lors du dernier conseil national. Kezaco ? Réponse dans L’Opinion . Le parti socialiste compte à la fois dans ses rangs Gérard Collomb maire de Lyon rose pâle et Gérard Filoche, ancien trotskyste, célèbre pour ses coups de sang et qui participe chaque mardi au bureau national.

Et au milieu, à la Une de Marianne , le Premier Ministre droit dans ses bottes. Pourquoi ne transige-t-il sur aucun point de son programme ? Question et réponse dans l'hebdo. « Il pense que c'est en assumant des réformes profondes qu'on créera les conditions du rebond. S'il perd, il partira en vainqueur moral, porteur des projets que Hollande, le mou, le flou le normal n'a pas su ou pu réaliser. Cette posture suffira-t-elle à colmater les multiples fissures de la gauche ? Sans doute pas. »

Car, dixit Eric Dupin sur slate.fr , « l'orientation politique et idéologique défendue par le Premier Ministre interdit aux gauches divorcées de se retrouver dans un projet commun. La clarification idéologique qu'il souhaite ne pourra qu'accentuer la cassure entre les composantes de la gauche ». Eric Dupin imagine les conséquences de cette division à la présidentielle de 2017. « Oui, la gauche est bien en voie d'élimination pour 2017. »

« La gauche peut mourir » enchaine Julien Dray sur le Huffington Post . Car « elle a perdu la bataille des mots, cette capacité essentielle à organiser symboles et signes et donner un sens à l'expérience quotidienne de millions de femmes et d'hommes. Donner une direction, une marche de l'histoire. »

L'hebdomadaire Politis le dit à peine différemment. A la Une cette semaine, ces chiffres qui nous gouvernent. Le rêve d'une croissance à 3%, l'objectif d'un déficit, à 3% lui aussi. « Il est temps de passer des chiffres aux lettres, des chiffres au verbe. »

La chronique du mondial dans la presse

C'est l'autre sujet de Une dans les journaux français. Le deuxième match ce soir face à la Suisse et toute une série de jeux de mots en référence à « nos voisins helvètes » comme dirait feu Thierry Rolland. C'est « Tout sauf neutre », pour L'Equipe . Il y a « Un coffre à percer » pour Paris Normandie . Au-delà de cela, l'idée d'une dynamique à entretenir. La Suisse, c'est « Le premier vrai test » pour La Dépêche du midi . La Provence exhorte les bleus. « Continuez ! »

La presse anglaise, elle, dresse le bilan du match d'hier. 2/1 pour l'Uruguay. Les lions britanniques sont quasiment éliminés. A la Une du Sun , quelque chose comme « Nous sommes dans un cul de sac ». Personnage du jour, le buteur uruguayen Luis Suarez, que les anglais connaissent bien, puisqu'il joue à Liverpool. Blessé et en chaise roulante à quelques semaines du mondial, le voilà héros. Un héros aux dents longues puisque Suarez a la vilaine habitude de mordre ses adversaires ! D'où une série de jeu de mots dans la presse britannique. « Morsure dans la nuit » dans le Guardian . Ou encore, « Il nous l'a mis dans les dents » pour le supplément sport du Daily Mirror .

Et puis les histoires et les petits phénomènes du mondial du mondial...

  • Selon Le Parisien , les soirées foot entre filles ont la cote. Décret présidentiel au Costa Rica : on a le droit de cesser le travail pendant deux heures les jours de matches de l'équipe nationale.

  • La fièvre du foot même en Chine qui n'est pourtant pas qualifiée, mais les matches sont très et même trop suivis. Décalage horaire oblige, ils se déroulent au beau milieu de la nuit. On a déjà trouvé 3 fans morts d'épuisement, d’apoplexie ou de crise cardiaque devant leur écran.

  • Enfin Et puis au Liban c'est raconté sur lemonde.fr, les négociations des droits télé se sont mal passé. Une bonne partie du pays est privée de foot. Certains ont trouvé la parade. Dans le Sud notamment. Ils regardent les matches à la télévision israélienne. Dans les centres-villes, les drapeaux du Hezbollah et les portraits de martyrs morts contre Israël. Mais le bruit de fond dans les échoppes des centres villes, ce sont des commentaires sportifs en hébreu. Miracle du football…
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