Si vous comptez acheter vos quotidiens nationaux ce matin, inutile de vous rendre au kiosque... Ils sont absents... C'est une suite logique à la journée d'hier : le Syndicat du Livre et plusieurs syndicats de journalistes appelaient à la grève... Il n'y a donc pas de quotidiens nationaux. En revanche, ils sont librement accessibles sur Internet, et les pages d'accueil donnent la tonalité du succès de la journée de mobilisation d'hier. Le Figaro constate qu'il y avait certes "moins de grévistes mais beaucoup plus de manifestants". "Mobilisation record : les syndicats gagnent leur pari", titre Le Parisien-Aujourd'hui en France. "Mobilisation réussie pour les syndicats", annonce également Le Monde. "Les syndicats réussissent leur pari", analyse Les Echos. La tonalité est la même dans la presse régionale : pour Les Dernières Nouvelles d'Alsace, "la pression sociale est montée d'un cran"... "un ton au-dessus", comme l'affirme L'Indépendant. Tous vos journaux donnent bien sûr la parole à ceux qui étaient hier dans la rue, quel que soit le nombre (un million selon la police, ou trois millions selon les syndicats)... "A partir de quel nombre est-ce un succès, un demi-succès ou un chiffre historique ?", se demande d'ailleurs Hervé Cannet dans La Nouvelle République du Centre-Ouest. Car finalement, comme le constate Patrick Pépin dans Nord-Eclair, "la manifestation et la grève sont du ressort aujourd'hui de tous les salariés... Le privé était bel et bien présent dans toutes les manifestations". Une présence illustrée par de nombreux témoignages... Ainsi, dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, Eléonore, 30 ans... Sa revendication ? "Un meilleur salaire... Cela fait sept ans que je travaille... Je n'ai jamais été augmentée... Je gagne 1100 € net par mois, et j'élève seule mon enfant de 10 ans". Des témoignages comme celui-ci, on en trouve dans toutes les pages de vos journaux, avec pourtant un dénominateur commun : c'est ce sentiment d'injustice qui a dominé dans beaucoup de cortèges... Pour bon nombre de manifestants, en effet, au-delà des inquiétudes pour l'emploi, la crise est aujourd'hui un révélateur du décalage entre ceux qui sont très riches et ceux qui n'ont que leur salaire pour vivre. "Gagner des clopinettes nuit gravement à la santé et celle de votre entourage", pouvait-on lire sur certaines pancartes au look de paquet de cigarettes. "Cette concomitance du débat sur le bouclier fiscal fait symbole", explique Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées... "Symbole de l'injustice vécue dans un pays qui ne supporte plus de voir le gouffre se creuser entre les bonus pour les uns et le chômage partiel (ou total) pour les autres... Les salariés en ont assez d'être victimes d'une crise dont ils ne sont pas responsables". Dans ces conditions, la seule vraie question que tout le monde se pose ce matin, c'est Libération qui l'affiche à sa Une : "Et maintenant ?". Et maintenant ? Eh bien "il faut négocier", explique Laurent Joffrin... "Il faut discuter de l'augmentation du pouvoir d'achat des catégories les plus défavorisées, notamment ces classes moyennes salariées qui sont les dindons de la farce sarkozyenne". Ainsi cet autre témoignage recueilli ce matin dans la presse : ce père de deux enfants, qui dit ne pas se plaindre avec ses 1800 € brut par mois... sauf qu'avec un tel niveau de salaire, Cyril n'a droit à aucune des mesures anti-crise annoncées le 18 février, car "trop riche" pour en bénéficier. "Le problème, analyse François Wenz-Dumas dans Libération, c'est que le gouvernement n'a pas préparé d'Acte IV". Hier soir, sur TF1, François Fillon a opposé une fin de non-recevoir aux syndicats, estimant que le gouvernement a déjà pris beaucoup de mesures face à la crise, et qu'un nouveau plan de relance est exclu. "Fillon se présente donc en gardien de la rigueur", écrit Paul Burel dans Ouest-France... "Pourtant, analyse Alain Jouannès dans Le Télégramme, l'équation sociale semble simple : puisque le pouvoir estime que la mobilisation n'a pas franchi d'étape significative, et comme les syndicats veulent poursuivre cette mobilisation, la question est maintenant de savoir où se situe le niveau d'exaspération qui ferait fléchir le pouvoir". La réponse, eh bien on l'aura peut-être dans la journée, en provenance de Bruxelles où Nicolas Sarkozy se trouve en ce moment, à l'occasion du Sommet européen. Le Parisien-Aujourd'hui en France nous apprend ce matin que le chef de l'Etat a pris connaissance dans l'avion des chiffres de mobilisation à la baisse dans la fonction publique... "C'aurait pu être pire !" : voilà le message que les conseillers du Président délivraient hier dans les couloirs du Sommet européen. Nicolas Sarkozy doit s'exprimer à Bruxelles, lors d'une conférence de presse, à 13 heures... Et ses conseillers laissent entendre que des initiatives pourraient être prises dans les jours qui viennent, sans toutefois déroger à sa ligne de conduite : pas de nouveau sommet social, pas d'effort massif supplémentaire. En cette veille de week-end, les hebdomadaires sont également en kiosque, Stéphane... Avec notamment L'Express, qui tente de répondre à cette question : "Pourquoi la France devient anti-Sarko"... Dans l'éducation, dans la justice, à l'hôpital, les fonctionnaires désobéissent ; ailleurs dans les entreprises, les ouvriers grondent ; même les électeurs à droite se mettent à douter. L'Express propose ainsi un véritable tour d'horizon de ceux qui rejettent aujourd'hui Nicolas Sarkozy et sa politique. "Le paradoxe, écrit Marie Huret, c'est que le candidat Sarkozy avait su conquérir l'électorat populaire, mais deux ans plus tard la déception est au rendez-vous... "Il nous a baratinés", estiment ainsi les ouvriers de l'usine Vallourec de Saint-Saulve, dans le Nord... des ouvriers qui avaient reçu, le 28 avril 2007, le candidat UMP en campagne. L'Express qui nous déroule, avec une pointe d'humour, la journée-type d'un anti-Sarko : c'était la journée du 11 mars. Elle a démarré à 7h55, devinez où ? Sur France Inter, avec le premier anti-sarkozyste de France : Stéphane Guillon. Elle s'est poursuivie à 9 heures par un petit détour chez votre marchand de journaux pour acheter Télérama. A 12h54, embarquement dans le TER Amiens-Paris, avec des étudiants qui viennent manifester à l'occasion de la journée "Ensemble, de la maternelle à l'enseignement supérieur". A 14 heures, petit tour au cinéma pour aller voir "Welcome", le film de Philippe Lioret, qui raconte l'histoire d'un clandestin à Calais. A 18 heures, réunion à Brives avec l'association "Réseau Education sans frontières"... A l'ordre du jour : le point sur la situation d'enfants sans papiers scolarisés. Enfin, à 19 heures, petit surf sur le site MédiaPart, où Edwy Plénel publie le troisième volet de sa série : "Qui arrêtera cette Présidence ?". Si vous en avez marre de la crise, ouvrez Le Nouvel Observateur... Il vous propose cette semaine "60 plans malins contre la crise"... "Les temps sont durs : c'est donc le moment de faire preuve d'imagination", écrivent Marie Lemonnier et Eve Roger. Il paraît en effet que la chasse aux bons plans et aux combines est devenu un sport national, avec son corollaire : l'apparition d'un nouveau modèle de consommation, plus raisonné, plus écologique, plus solidaire. Chasse au gaspi, système D : tels sont donc les mots d'ordre de ce nouveau consommateur. Il est moins naïf, plus astucieux, parfois moins égoïste et plus écolo. Dans ce monde, le propriétaire d'un 4x4 est un has-been complet, celui qui paie plein pot son jean de marque est un benêt, le voyageur qui ignore les sites de billets à tarif réduit n'est pas très futé. En revanche, celle qui est carrément branchée, c'est la mère de famille équipée de sa yaourtière, de son filtre à eau et de sa machine à faire le pain.

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