(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : chute d'un pilier

(Bruno Duvic) « Trois petites heures. C'est exactement le temps qu'il a fallu pour scier la branche Cahuzac. Trois petites heures entre l'annonce hier en milieu d'après midi de l'ouverture d'une information judiciaire et celle d'un remaniement qui scelle le débarquement du ministre du Budget (…) Depuis quelques semaines, plusieurs conseillers du chef de l'Etat suivaient l'affaire Cahuzac comme le lait sur le feu. Tout était donc ficelé, y compris le casting du mini remaniement. »

Voilà comment Grégoire Biseau et Laure Bretton résument dans Libération le gros coup d'orage qui a frappé le gouvernement hier. « Cahuzac son compte est bon » titre le journal. C'est « La Chute » pour Le Parisien-Aujourd’hui en France . « La démission choc » pour Le Figaro . « Le départ forcé d’un pilier du dispositif Hollande » pour Les Echos .

Sur Mediapart , le titre sur la page d'accueil est sobre : « Cahuzac démissionne ». « Le parquet valide l'ensemble des informations publiées par Mediapart depuis notre premier article le 4 décembre 2012 », écrit le site qui rappelle au passage que le ministre qui a constamment nié les accusations de Mediapart avait annoncé le dépôt d'une plainte en diffamation qui n'est jamais venue.

Démission d'un ministre. Il faut dire que le communiqué du parquet de Paris est particulièrement sévère. Le Parisien le détaille. Non seulement il fait de Jérôme Cahuzac le locuteur très probable de l'enregistrement sonore où il est question d'un compte en Suisse. Mais il ajoute que, selon l'un des témoins entendus dans le cadre de l'enquête, les sommes versées sur le supposé compte proviendraient de laboratoires pharmaceutiques.

Nouveaux soupçons, nouvelles affirmations et questions de Mediapart .

"L'enquête devra dire si l'argent touché au service de laboratoires pharmaceutiques a été déclaré au fisc ou clandestinement placé en Suisse. S'il a été versé par des labos en échange de simples conseils ou d'actions de lobbying guère avouables."

Dans les très nombreux commentaires sur cette affaire ce matin, à propos de Jérôme Cahuzac, on trouve les mots de « présomption d'innocence ». Quasiment pas un éditorial qui n'insiste sur ce principe. « Compétence » du ministre. « Innocence », celle que clame encore et toujours l'ex locataire de Bercy qui dit démissionner pour défendre son honneur.

Mais, comme l'écrit Jean-Michel Helvig dans La République des Pyrénées , "se rajoute aussi le souvenir d'un aplomb confondant du ministre qui affirmait sur tous les tons qu'il n'avait jamais eu de compte en Suisse, François Hollande et les socialistes voulant, dès lors, croire à sa parole. Cette sincérité est devenue l'objet d'un doute judiciaire."

« Partir est un drame personnel si l'on est innocent écrit Paul-Henri du Limbert dans Le Figaro . Mais comment conserver à Bercy un homme sur lequel pèse le reproche de fraude fiscale alors que sa mission consistait à lever de nouvelles taxes et à traquer ceux qui veulent s'y soustraire ? Comment lui demander de défendre les vertus citoyennes de l'impôt ? »

D'autres voient du positif dans cette histoire. - Jacques Camus, La Montagne : "Preuve est faite que la presse a un rôle éminent à jouer auprès de tous les pouvoirs"- Eric Decouty, Libération : "La Justice, supposée aux ordres, travaille en toute indépendance"- Philippe Waucampt, Le Républicain Lorrain : « L'épreuve contribuera à resserrer les rangs au sein de l'exécutif ». Et il y en a besoin puisque, dans ce contexte pour le moins difficile, le Premier Ministre doit affronter une motion de censure de l'opposition à l'assemblée.

Pour clore ce chapitre, je vous renvoie aux Inrockuptibles qui consacrent un dossier aux cinq ans de Mediapart . Interview du directeur Edwy Plenel qui défend « une morale du boxeur ». Difficile de ne pas y voir un pied de nez au boxeur amateur Jérôme Cahuzac. A propos de la crise de la presse, Edwy Plenel a cette phrase : « Nous devons revenir à notre mission principale : donner des informations d'intérêt public permettant aux citoyens d'être libres et autonomes. »

Un pilier de la République en France : la laïcité

Et à en croire pas mal de commentaires ce matin, ce pilier est fragilisé par la cour de Cassation qui a annulé hier le licenciement d'une salariée voilée de la crèche privée Baby Loup. « Un voile sur la laïcité », titre Le Parisien .

La cour s'est en fait prononcée sur deux affaires de salariés licenciées pour avoir porté le voile, explique Libération.La première concernait une employée de l'assurance maladie en Seine St Denis. Pour elle le licenciement est approuvé car elle exerçait une mission de service publique. Mais pour la salariée de la crèche privée Baby Loup le licenciement est une discrimination.

Public/privé… On peut y voir une clarification des choses. Libé en tire une conclusion inverse : « La justice tire à hue et à dia ». Et l'avocat de la directrice de la crèche maître Malka s'insurge contre cette différence de traitement ouverte par la cour entre des enfants qui seraient accueillis dans le public et dans le privé.

Le défenseur de la salariée, maître Henry répond que la « laïcité c'est la protection et la liberté que l'Etat apporte à ses citoyens, quelles que soient leurs croyances ».

Cette analyse, Nicolas Barré la rejette dans son édito des Echos : « sous couvert de liberté de conscience, le port de signe ostentatoire tourne souvent à la provocation, au prosélytisme. »

Dernier avis sur cette question, celui d'Angela Davis, la militante des droits civiques aux Etats Unis. Elle est ce matin rédactrice en chef de L'Humanité . « On doit se demander si le fait que chacun se présente de façon identique signifie vraiment l'égalité. Il me semble que, spécialement en ce début de XXIème siècle, nous avons besoin d'apprendre à respecter les différences. »

Quoi d'autre dans la presse ?

Deux images du pape François. Dans Le Parisien , le pape de ceux qui souffrent. Photo d'un baiser donné lors du bain de foule avant sa messe inaugurale. Baiser donné à Cesare, un homme lourdement handicapé depuis sa plus petite enfance. « Priez pour moi, c'est vous mon soutien » a glissé le pape à l'homme et ses proches.

Dans le journal argentin Clarin , sur le site Internet, image exclusive du cardinal Bergoglio en 2010 témoignant devant la justice de son pays à propos des deux jésuites qu'il est accusé par certains d'avoir lâché en pleine dictature argentine. Dans cet enregistrement de sa déposition, il assure avoir intercédé en faveur des deux religieux auprès des autorités de l'époque.

Comment sensibiliser les plus jeunes à l'écologie ? Les journaux du groupe Bayard Milan, Okapi , Astrapi et les autres y consacreront leur Unes dans les jours à venir. A la Une de Pomme d'Api , qui s'adresse aux 3-7 ans, on demande à Petit Ours Brun, l'une des stars des maternelles, de fermer le robinet !

La phrase un peu effrayante de Julian Assange, le fondateur du site Wikileaks, interviewé dans L'Express : « Internet a fusionné avec la société au point d'en devenir le système nerveux. »

Et puis en cette journée internationale de la francophonie, article amusant du Figaro sur le Français tel qu'il est parlé loin de l'Hexagone. Vous apprendrez qu'à l'île Maurice l'adolescence est « l'âge cochon », qu'une jeune fille en nouvelle Calédonie est une « popinette », que sentir des pieds en Afrique se dit « camenbérer », qu'un « jaguar » au Bénin est un type bien sapé, et que dans les Antilles, une expression qu'on lit beaucoup dans les journaux en ce moment, « allocations familiales » se dit « argent-braguette».

A demain

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