Quand le professeur Carpentier entre pour la première fois dans la chambre de Claude Dany, lui, le médecin reconnu dans le monde entier, est saisi par l'émotion.

Trente années de sa vie vont se jouer en quelques minutes. Mais pour l'homme allongé face à lui, moustache blanche, carrure d'athlète mais cœur à bout de souffle, c'est sa vie tout court qui est en jeu.

  • Vous savez pourquoi je suis là ? demande le professeur

  • Oui, vous allez me proposer votre cœur artificiel, n'est-ce pas ?
Paris Match
Paris Match © Radio France

Dans Paris Match , cette semaine, Romain Clergeat raconte les relations entre celui qui a développé le premier cœur entièrement artificiel et son ‘’patient zéro’’.

« Conversation d'une rare intensité », écrit le journaliste. Deux hommes de la même génération, deux anciens de l'Algérie. Ils parlent du bled, des mechtas de Kabylie.

Le professeur demande au malade s'il est croyant.

  • Oui.

  • Très bien, nous serons trois dans cette aventure.

Après l'opération, le médecin passait presque tous les jours. A côté du lit, une main sur le bras de Claude Dany. Il avait besoin de le toucher. Il le fait parfois manger, assiste à ses premiers pas, autorise une sortie à la cafétéria. Image du professeur Carpentier poussant le fauteuil roulant de Claude Dany dans les artères de l'hôpital Pompidou.

L'aventure a duré 74 jours. Puis le cœur s'est arrêté. « Court circuit », a dit le médecin dans Le Journal du dimanche le week-end dernier. Le co-fondateur de Carmat, la société qui a fabriqué le cœur lui a répondu sèchement, raconte La Croix . « Court-circuit ça ne veut rien dire. Ce n'est pas un train électrique ou un fer à repasser. »

Quoi alors ? « Défaillance d'un composant électrique », répond le professeur Duveau, l'un des chirurgiens ayant implanté le cœur dans la poitrine du malade.

C'est la piste également évoquée dans Le Monde .

Défaillance d’un composant électrique et mort subite. Précision de l'anesthésiste : après, quand les ingénieurs ont changé le composant en question, le cœur est reparti.

Est-ce que cela remet tout en cause ? Surement pas. D'abord, reprend le professeur Duveau, « le système informatique a assuré un minimum de débit et de pression pendant deux heures, alors que la pompe artificielle donnait des signes de faiblesse. C’est plutôt rassurant que l’ordinateur et le logiciel aient agi pour relancer la pompe cardiaque, cela signifie que ce dysfonctionnement ne remet pas en cause le concept. »

Ensuite, aucun caillot n'a été retrouvé sur les parois du cœur. Le concept de prothèse biocompatible est validé.

Un autre médecin conclut : « On ne peut pas imaginer qu'une machine aussi complexe que Carmat fonctionne du premier coup. »

Parfois, le cœur devient mauvais et les hommes décident de l'arrêter volontairement. La peine de mort aux Etats Unis. Et ce constat glaçant dans une enquête du Nouvel Observateur : l'administration ne sait plus comment s'y prendre pour tuer. On manque de produit pour assurer une mort sans souffrance ni agonie. Sous la pression des militants abolitionnistes, les compagnies pharmaceutiques ont cessé d'approvisionner les prisons. Dans l'Ohio, le gouverneur a reporté de plusieurs mois l'exécution qui était prévue hier.

Qu'est ce qui fait battre le cœur des hommes ? Est-ce l'argent ? L'Equipe nous apprend ce matin que le PSG promet un million d'Euros de prime à chaque joueur si le club remporte la ligue des champions de football. Du jamais vu.

La Dépêche du midi raconte en détail le casse du crédit Agricole de Bessières en Haute Garonne entre dimanche et lundi. L'approche dans les conduits d'évacuation d'eau, 1 mètre 20 de hauteur. Le tunnel creusé sous la salle des coffres. Les centraux téléphoniques du coin détruits pour neutraliser l'alerte. Et l'ouverture des coffres, à l'ancienne burin et barre de fer.

Question : pourquoi Bessières, pourquoi le Crédit agricole ?

Pas de réponse à ce jour.

Et puis il y a l'homme qui valait 5 milliards, Jérôme Kerviel, condamné à la prison mais qui n'aura pas à rembourser ce qu'il a fait perdre à sa banque. Kerviel, trader devenu marcheur après avoir rencontré le pape. Et surtout devenu une icône politique de la gauche de la gauche, relève le Huffington Post .

« Ils voient en lui une victime du système capitaliste et de la collusion entre l'Etat et son ancien employeur. »

Qu'est ce qui fait battre le cœur des hommes ? Est-ce le pouvoir ? Les derniers développements de l'affaires des écoutes est au cœur des éditos ce matin dans la presse. Editos ravageurs pour Nicolas Sarkozy. « Sarkozy se berlusconise », pour Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées .

« Il se moquait éperdument de la justice, des juges et du droit », pour Jean-Emmanuel Ducoin dans L'Humanité . A la Une du journal : « La République outragée ». « Crachat fait à a République », pour Yann Marec dans Midi Libre . Sarkozy victime, oui mais de ses excès et de ses manières, pour Mathieu Croissandeau dans Le Parisien-Aujourd’hui en France .

Avant l'ouverture du salon du livre, Libération ouvre ses colonnes comme chaque année aux écrivains.

Ce sont eux qui rédigent le journal. Maylis de Kerangal est à l'édito. « Depuis hier, le nouveau chapitre du roman national s'écrit à l'oreille. Comme si des prothèses enregistreuses placées sous la cravate des puissants s'étaient converties en mégaphone dans l'espace public (…)

Et reviennent ces motifs éculés de l'exercice du pouvoir : trafic d'influence, corruption.

C'est l'écho d'un hors champ du pouvoir, crypté ou nappé de silence, que nous devons savoir entendre pour réagir : dressons l'oreille ! »

La politique vue par les écrivains. Tanguy Viel est en reportage en reportage au cœur de la France en campagne électorale. Il est à Meung-sur-Loire, ville sans histoire de 7.000 habitants entre Orléans et Blois. Débat entre les candidats dans la salle des fêtes. On s'écharpe à peine, entre portage des repas, épicerie solidaire et salle polyvalente. On s'en tient au consensus du vivre ensemble. On imagine déjà les adversaires ensemble au conseil municipal. Une part de nous repart frustrée, écrit Tanguy Viel. Une autre se dit que c'est ça la vie réconciliée. Pas d'éclat mais profondément habitable, fixant dignement notre cadre de vie.

Et puis Yannick Haenel analyse en Italie cette crise, qui est à la fois une crise économique et politique, les deux se nourrissant pour n'aboutir à rien si ce n'est un constat d'impuissance sous l'œil d'électeurs passifs. « La rage existe toujours mais cette rage s'est mise à ronfler. Elle a intégré son impuissance. N'entendez vous pas, venant de cette banlieue généralisée qu'est devenu le monde occidental, le ronflement de la rage ? »

Quoi d'autre dans la presse ?

Quand un ancien de France Inter, devenu l'un des animateurs vedette du Paf, passe d'Europe 1 à RTL. Laurent Ruquier remplacera Philippe Bouvard aux grosses têtes l'année prochaine. C'est à lire notamment dans Les Echos . Bouvard animait l'émission depuis presque 40 ans.

Enfin l'hommage de la branchitude à un grand acteur populaire. GQ publie son classement des Français les plus stylés. Et qui arrive en tête ? Lui

Jean-Paul Belmondo (ici dans A bout de souffle ), Français le plus stylé. Explication du mensuel « Du panache plus qu'il n'en faut pour mettre une nation à ses pieds, un sens de la surprise et une belle carrure de tourteau pour dissuader qui voudrait lui chercher bricole. Une bague au petit doigt, un yorkshire dans les bras, une totale absence de sophistication. C'est une figure à laquelle tout homme qui se respecte doit se mesurer. » Ne chercher plus, le cœur des hommes, c’est Le Magnifique.

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