Le Temps raconte l'impossible confinement à Saint-Denis. Libération exalte les soignants et parmi eux le vétéran Raphael Pitti, qui a connu l'horreur syrienne. Dans Marianne , un écrivain se retient de souhaiter la fin de l'Humanité destructrice...

On parle de Saint-Denis..

Ville populaire, où un journal Suisse, le Temps,  s’est rendu pour constater là-bas l’échec du confinement… Là-bas, un mot étrange pour parler d’une grande ville aux portes de Paris, mais le sentiment d’éloignement est palpable en lisant ces grappes d’hommes qui discutent sur le trottoir , ces gaillards qui demandent un café dans un bar-tabac, ce trafic de masques dérobés dans les hôpitaux, et puis cette rumeur qui ferait du coronavirus une invention des blancs pour chasser les non-blancs de la rue... 

Un univers en marge que des policiers arpentent avec précautions car s’ils provoquaient une dispute en verbalisant, le risque de contamination serait plus important, et on ne sait pas en lisant s’il faut louer ou regretter leur prudence… Car les contrevenants ne sont pas toute une ville toute une population. Devant une laverie automatique, une vieille dame congolaise venue laver son linge interpelle les policiers qui sont venus évacuer d’autres femmes qui vendaient des plats cuisinés les casseroles posées sur le sol… «Ne cédez pas, dit-elle aux forces de l’ordre. Ils nous mettent en danger aussi.» Les policiers jurent qu’ils ne lâchent rien, « mais on sait aussi où habitent ces gens et comment ils vivent. Le confinement strict, pour eux, est juste impossible.» 

Dans StreetPress, journal sur le web, on raconte la même chose mais avec colère et d’un angle différent. C’est un texte de Hamza Esmili, professeur de sociologie à Paris 8, et habitant de la plaine saint denis, quartier de st denis où se trouve le stade de France. 

« Chez nous, la vie suit son cours. Ce n’est pas que les habitants soient de ces « Français dissipés ». Dans mon quartier, les rues sont remplies parce que personne n’a dit aux maçons et aux mécaniciens qui habitent ici de s’arrêter. Ils sont seuls, souvent originaires du sous-continent indien, plus rarement d’Égypte ou d’Afrique de l’Ouest. Sans horaires ni contrats, ils vont d’un chantier à l’autre, une journée ici, une journée là, rémunération quotidienne fixée à trente euros. S’arrêter étant la promesse d’un retour à l’indigence la plus complète, ils n’ont pas d’autre choix que de travailler. »

On croit que l’on parle de nos fractures ethniques ou culturelles, on raconte des histoires sociales. On lit dans Mediapart une enquête sur les caissières de supermarchés, elles sont les sacrifiées du moment… 

 Des centaines de migrants errent aux portes de Paris, rappelle le Parisien, laissés à l’abandon par le reflux des humanitaires qui forcément se confinent, on cherche en vain un sort plus cruel.

On parle aussi du sort des personnels soignants…

Qui payent le prix fort au virus me dit le Dauphiné, ils sont célébrés en grand dans Libération et la Croix, ils se battent en exposant leur corps dans le dénuement le manque de matériel, l’hôpital manque de blouses et il manque de bras lis-je dans le Journal de Saône-et-Loire, alors le peuple fait porter aux soignants des pizzas et des plateaux repas, je le lis dans la Voix du Nord et dans Libération Champagne; ainsi jadis à l’arrière on mitonnait le colis des soldats envoyés au front par des pouvoirs hasardeux. Lisez dans Basta Mag sur internet l’histoire du fiasco de nos masques chirurgicaux… Corse-Matin décrit l'hôpital d'Ajaccio en état de médecine de guerre. Dans Libération un jeune ambulancier raconte la peur des malades quand ils le voient dans sa tenue de combat, son corps calfeutré. Des internes en médecine, le Monde les rencontre, se préparent à leur baptême du feu. C’est pour ce genre de crise qu’ils ont fait leurs études, on dirait des saint-cyriens en 14? A côté dans Libération parle un vétéran. Il se nomme raphael Pitti, anesthésiste réanimateur, ancien médecin militaire et spécialiste en médecine de guerre, on le connait pour l’action qu’il a mené ces dernières années en Syrie. Pitti a rejoint la réserve sanitaire de Metz. Il dit ceci, sur le tsunami qui arrive. « Il faudra juger et trier les cas. J’ai fait ça toute ma carrière dans les services de réanimation et la médecine de catastrophe. Il est évident que la prise en charge des malades se fera selon l’espérance de survie de chacun, il n’y a rien de nouveau à cela.»  

Pitti a cette quiétude des hommes qui savent où nous allons.

Un autre médecin parle dans les Echos.

.Alexandre Mignon, anesthésiste réanimateur à Cochin, passionnant de compétence tranquille et d’histoire longue. Dans les années 70, explique-t-il on croyait que les grandes maladies infectieuses seraient remplacées par des maladies « de civilisation », comme l’obésité. En réalité, les maladies infectieuses ont rebondi sur nous, « sous l’effet de la mondialisation sauvage qui fait sortir les agents infectieux de leurs réservoirs animaux et accélère leur transfert d’homme à homme. »

Et la responsabilité de l’homme dans son malheur m’est confirmée par l’écologiste Laurence Tubiana sur le site de Ouest France, sur la déforestation qui a libéré des virus contre nous, et sur le site Lundi Matin, un anthropologue démêle brillamment les interactions entre l’homme, les animaux sauvages, la nature blessée, et le mal. 

Vous en aurez à lire dans le confinement. 

Sur le site de Marianne, qui invite des écrivains à commenter ce temps du virus… Un homme peste contre nous humains. « Si je n’avais pas deux filles, une femme dont je rêve et trois vrais amis, je penserais que l’homme doit disparaître le plus vite possible de la surface de cette terre..... » Il s’appelle René Fregni, écrivain de polars, qui se raconte ainsi. 

« Il y a trente-six an, mon corps se couvrait d’eczéma... Un matin je suis parti vers les collines. J’ai ouvert un cahier et je me suis mis à écrire, sous une tonnelle bourdonnante d’abeilles, dans une odeur de miel et de genêts. Huit jours plus tard mes mains étaient propres, mes bras aussi. Il y a trente-six ans que j’écris chaque jour, que je marche et que je fends du bois. Il y a trente-six ans que j’évite mes semblables. »

Les écrivains cristallisent la violence du siècle. Hier dans le Monde, Leila Slimani racontait son confinement de maman à la campagne avec trop de douceur pour une partie de l'époque. Elle a été vilipendée comme bourgeoise sur les réseaux sociaux comme si elle avait injurié la misère alentours. 

Dans Marianne encore, une autre romancière Diane Ducret répond à Slimani. Elle parle de son voisin de palier octogénaire qui s’est suicidé juste avant la crise du virus parce que son propriétaire voulait vendre l’appartement. Et elle décrit son angoisse.  « Depuis ma fenêtre, on ne voit pas le ciel. L’immeuble d’en face est sale, les rues vides me filent des angoisses cafardeuses. Se faire décaniller par un virus dans ma trentaine, mourir seule, peut-être, dans un deux-pièces, ne me tente que très moyennement. »

Mais a-t-on le droit, en ce monde, comme Leila Slimani ou moi, de lire des contes à ses enfants?

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