Ils n'en accordaient pas assez aux spectateurs aux journalistes, aux autres joueurs, au coach, à la France... Ce matin un mot barre la Une de l'Equipe, cette fois en forme de compliment pour les Bleus : « Respect ».

Ils l'ont fait ! Se qualifier pour la coupe du monde en battant l'Ukraine 3/0.

« On ne pourra pas faire comme si cette soirée magique n'avait jamais existé, écrit Vincent Duluc dans le quotidien sportif. Ce n'est pas de la versatilité, c'est la nature du football de faire basculer les destins et les atmosphères aussi rapidement et profondément.

(On ne pourra pas oublier ce qui s'est passé avant), mais il sera moins question dans les mois à venir de maillots à mouiller, de Marseillaise à chanter, d'une représentation nationale bafouée. Cela fera des vacances à tout le monde. »

Un homme qui connait bien le football et les médias, Michel Denisot, a publié un tweet sobre et ironique hier soir : « Nuit blanche pour les girouettes ».

Girouette, la presse, sans doute oui. Ce matin, comme par magie, elle oublie les mots qui fâchent. Et voilà Le Parisien qui dit "Merci" aux Bleus, dans son édito. « Ils ont regagné une part de notre cœur. »

Ne pas bouder son plaisir, on réfléchira après. Plaisir de la facilité dans les titres. « Et 1 et 2 et 3 zéro », le refrain revient à la Une de beaucoup de quotidiens régionaux. Facile aussi mais efficace : « Samba pour les Bleus » dans La Charente Libre , L'Est Eclair ou Midi libre .

La palme de la formule revient une fois de plus à Libération . Manchette comme une affiche de cinéma pour ces bleus qui filent au Brésil : « Rio, Bravo ! »

Plaisir aussi de se repasser le match en boucle.

Grégory Schneider dans Libé : « Dès le coup d'envoi, tous les duels basculent dans le camp tricolore (…), engagement physique digne de l'événement (…) du mouvement de la vitesse, les Bleus démolissent la défense ukrainienne sur chaque accélération ». Star de la soirée : Mamadou Sako le jeune défenseur de Liverpool. 1 but et demi à lui seul - le deuxième en fait a été marqué par un Ukrainien contre son camp. Sakho obtient la note de 9/10 dans L'Equipe. 10/10 sur le site du mensuel So foot qui s'emballe peut être un peu. Titre de l'article : « Pour 2014, votez Sakho ».

Autre gagnant de la soirée : Didier Deschamps. « C'est un triomphe et comme d'habitude, Deschamps est sur la photo », écrit Le Parisien .

Il y a en a tout de même qui s'emballent un peu moins que les autres.

« Le football est une science inexacte, écrit Jean-Claude Souléry dans La Dépêche du Midi . Nous les avons tant détestés. Va-t-on désormais pardonner à ces joueurs dont l'âme est mercenaire, imbus d'eux mêmes, imbus de leur fric et du talent qu'ils n'avaient pas jusqu'ici démontré ? Il est rare qu'une performance sportive nous laisse à ce point heureux, mais songeurs. »

Girouette la presse, girouettes les people aussi. Ceux qui avaient pris des paris farfelus,certains que le 11 tricolore allait sombrer sont en fâcheuse posture ce matin. Le HuffingtonPost rappelle qu’il y a donc une miss météo qui s’est engagée à présenter le temps à poil, un animateur qui doit se faire teindre en blond et tatouer « Sakho » sur la nuque.

Le pape du X Marc Dorcel avait promis la V.o.d. gratuite sur son site en cas de victoire des bleus. Croyez-le ou pas, quelques minutes après la victoire, le site était paralysé, assailli sous les demandes. C'est peut-être ce que le directeur de la rédaction de l'Equipe Fabrice Jouhaud appelle ce matin dans son édito de Une « La culture de la joie ».

Remise à plat dans le football, remise à plat fiscale aussi, dans la presse.

Jean-Marc Ayrault
Jean-Marc Ayrault © Radio France / Anne Audigier

Dans le match des éditoriaux Jean-Marc Ayrault bat Didier Deschamps... Cette remise à plat fiscale, bonne ou mauvaise idée ?

« Belle démonstration d'autorité », reconnait, beau joueur, Guillaume Tabard dans Le Figaro . Et Jacques Camus, dans les journaux du Centre file la métaphore sportive à propos du Premier Ministre : « On le voyait acculé dans une fâcheuse position, finalement, il a rebondi en débordant ses détracteurs sur un terrain où ils ne l'attendaient pas. »

« Sage décision, ajoute Raymond Couraud dans L'Alsace car plus personne ne s'y retrouve dans cette machine infernale » des impôts.

Mais, le reste est moins doux. En manchette du Figaro , « Ayrault tente une réforme fiscale pour éteindre la révolte ». Et dans l’éditorial de Gaëtan de Capèle, il est question d'un tour de passe-passe. « L'instabilité fiscale c'est maintenant, la baisse des impôts pour plus tard. »

Au gouvernement et à l'Elysée, aussi, le vent aurait donc tourné, il y a quelques semaines, rappelle Le Monde , l'Elysée expliquait que « la fiscalité est devenue un sujet tellement explosif qu'on ne doit surtout plus en parler ».

L'Opinion dénonce un grand coup de bluff bricolé à la hâte. Cela rappelle à Nicolas Beytout l'annonce de la taxe à 75% pendant la campagne présidentielle. « La démagogie de cette mesure avait donné un coup de fouet décisif à la marche (de François Hollande) vers l'Elysée. Aujourd'hui, la France traine ça comme un boulet. »

Scepticisme de Libération : « Jean-Marc Ayrault a raison de proposer une remise à plat de la fiscalité, écrit François Sergent (…) Mais en 18 mois, ce gouvernement a montré une incapacité à mener des réformes moins ambitieuses. A Ayrault et Hollande démentir ces mauvais présages.

Finalement, l'édito le plus nuancé on le trouve dans Les Echos sous la plume de Cécile Cornudet. « Jean-Marc Ayrault le discret, le loyal, le transparent parfois vient de décider d'être beaucoup plus que cela (…) Il a 6 mois pour prouver que le Premier Ministre reste le bouclier du président. »

Encore un éditorial, américain celui-ci

Et qui n'a pas échappé aux radars du Canard Enchainé . Texte signé Roger Cohen dans le New York Times , vachard pour Obama, louangeur pour la France à propos du dossier iranien.

« Les Français, ces singes capitulards bouffeurs de fromage sont devenus les tigres les plus carnassiers de la planète, tandis que les Etats-Unis ressemblent de plus en plus à un Camembert mou (…)

La France a une vue cohérente : les islamistes veulent la bombe, seule la fermeté paiera. Obama pourrait utilement emprunter un peu de la fermeté française. »

Quoi d'autre dans la presse ?

Un petit peur de l’air du temps… Le mot de l'année selon les dictionnaires d'Oxford : « Selfie », ces autoportraits que l'on fait avec son téléphone portable. C'est à lire dans Atlantico .

Elisabeth Badinter et la pénalisation des clients de prostitués. C'est dans Le Monde : « L'Etat n'a pas à légiférer sur l'activité sexuelle des individus. »

Un plan social massif et silencieux, les suppressions d'emplois dans les associations : 40.000 suppressions d'emplois en 2014. Détails sur le site BastaMag .

Et retour au football pour finir.

Il y avait un match de seigneurs hier soir. Le Portugal de Cristiano Ronaldo s’est qualifié face à la Suède de Zlatan Ibrahimovic. Doublé de Zlatan, Triplé de Ronaldo qui a même arraché des applaudissements au Sudéois, raconte L'Equipe . Des seigneurs, on vous dit. Quoique...

Ronaldo, l'homme aux 3.000 abdominaux chaque matin, est à la Une A Bola , le quotidien sportif Portugais. « Je n'ai rien à prouver à personne, je suis moi, tout simplement. »

Et dire qu'on commençait à trouver les footballeurs sympathiques...

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