La Charente libre corrige le ministre de l'Intérieur et écoute Nelly, trois enfants et 1000 euros par mois. Le figaro pleure Carlos Ghosn comme un César poignardé par un Brutus japonais. L'humanité et Libération dénoncent l'avidité et le capitalisme. le Monde dit la gloire obscure des scientifiques au long cours.

Et nous avons deux presses ce matin...  

Une presse que l'on dit nationale et qui est faite à Paris, et qui décore ses unes du visage sévère de Carlos Ghosn, "l'icône déboulonnée" disent les Echos, le patron  de Renault Nissan arrêté hier au Japon pour fraude fiscale supposée, et de l'autre côté de la France, ces journaux que l'on dit locaux, et qui se fabriquent dans des villes qui hier encore étaient étouffées de gilets jaunes, et à l'aune des bouchons, ces journaux n'hésitent pas. "La gironde paralysée", Sud-Ouest, "cela sent l'enlisement" dit la Voix du Nord, "les gilets jaunes organisés pour durer", le Dauphiné, "les gilets jaunes résistent et tournent au super", disent les éditions de l'est républicain qui témoigne pour les bloqueurs d'une tendresse des bloqués, et voilà donc une césure géographique, mais aussi politique:  on parle en province d'un pays désorganisé et d'une tension qui monte, mais on relaie sans les condamner les mots bruts des barrages. "On veut pouvoir vivre tout simplement dit dans la Charente Libre Nelly, trois enfants, 1000 euros par mois à temps partiel et une Volkswagen de 2001." La même Charente en libre, corrige les accusations de Christophe Castaner, qui liait le décès hier après-midi d'une femme victime d'une crise cardiaque aux blocages qui ont retardé le SAMU d'Angoulême. Correction de la Charente libre. "Selon des acteurs de terrain, le bilan n'aurait pas forcément été différent avec une intervention plus rapide. L'octogénaire est en réalité décédée dès le matin..." Et ainsi la parole du pouvoir est démentie par un journal qui relaie les révoltés...   Et pendant ce temps donc, on parle dans les journaux de Paris d'un patron qui en voulait plus...   

Et Carlos Ghosn fascine encore dans sa chute... 

Et quels mots dans le Figaro! Ghosn fauché en pleine gloire, arrêté en descendant de son avion "comme un vulgaire yakusa", fut victime d'un Brutus, Hiroto Saikawa qu'il avait installé en DG de Nissan, dont il disait "ce qu'il pense je le pense, ce qu'il fait je le fais", mais c'est Saikawa, "désespéré déçu indigné" disent les Echos, qui a révélé hier la disgrâce du grand patron, après une enquête interne...  

J'ai relu, assez vite ce matin, la tirade de Brutus dans César de Shakespeare, traduction de François-Victor Hugo, Brutus qui pleurait César après l'avoir poignardé...   "César m'aimait, et je le pleure ; il fut fortuné, et je m'en réjouis ; il fut vaillant, et je l'en admire ; mais il fut ambitieux, et je l'ai tué."  Et ainsi peut-être, la comparaison du Figaro est la bonne et Saikawa, tel Brutus qui aimait Rome plus que César, aimait Nissan plus que Ghosn lui-même... Saikawa qui regrette le pouvoir personnel de son mentor... L'opinion dénonce, enfin, la mauvaise gouvernance du groupe sans contrepouvoir? On est intelligent a posteriori. 

Il manque, dans cette intelligence un sentiment plus simple, qui s'appelle l'indignation, quand un millionnaire à 16 millions par an fraude l'impôt. Il faut aller dans les journaux de gauche requinqués de joie mauvaise et d'idéologie confirmée, Laurent Joffrin, édito de Libération, dégaine Marx, "accumulez, accumulez ! C’est la loi et les prophètes" et tranche, "il faut croire que la morale du capital n'est pas celle du commun des mortels"... et l'Humanité titre sur "l'avidité sans foi ni loi" du patron de Renault Nissan. et tout se tient dans l'humanité, le comportement du patron qui se croyait intouchable et les suppressions d'emplois. Tout se tient? "Pourquoi son salaire est-il si élevé, parce qu'il est très fort pour licencier des gens", disait jadis un premier ministre japonais, opportunément cité dans le Parisien...   Oui mais en sachant licencier, Ghosn avait redressé Nissan et avait forgé un groupe, Renault Nissan et Mitsubishi devenu leader mondial, c'est de  ce groupe que l'on s'inquiète dans les journaux qui ne s'indignent pas et pour les Echos,  si Ghosn que l'on chasse prématurément a eu un tort, c'est de ne pas avoir préparé son groupe au pire...   

S'il vous reste du temps, retrouvez un vieux portrait de Ghosn sur le site de Libération, il date 1999, quand Renault l'envoyait redresser Nissan, il s'astreignait à apprendre le japonais, auto-riz-thé titrait Libération qui était drôle, mais vous verrez surtout un homme encore jeune, en bras de chemise, qui essayait de gommer son passé de killer lui qui avait commencé sa carrière en cassant pour Michelin le syndicat de Uniroyal. César s'annonçait déjà, mais tendre encore, nous avons vieilli.   

Et un chiffre donne le vertige dans le Monde...

Qui sonne comme une malédiction biblique, puis que Dieu dit la Bible et rappelle le journal punit l'Egypte de dix plaies, mais l'homme fait mieux, et ce sont 467 châtiments qui frappent la terre, 467 manifestations du réchauffement climatique en cours, c'est la revue Nature Climat Change qui les a dévoilé, fruit du travail de 20 chercheurs autour de l'université d'Hawaï, et nous parlons aussi bien des inondations que des meilleurs rendements du maïs et du riz en Afrique, ou de la réduction des moustiques et donc du paludisme au sahel, car le réchauffement porte aussi des bonnes nouvelles, elles ne compensent pas. Mais c'est l'honnêteté du monde de le dire, et la vertu des scientifiques.  

Le Monde encore,  dit ces scientifiques au long cours, marathoniens de la science qui travaillent des dizaines d'années loin du bruit et parfois recueillent le fruit de leur patience, tel Philippe Lognonné, de l'institut de physique du globe de Paris, qui a commencé en 1989 à travailler sur ce sismomètre qui se posera sur Mars le 26 novembre  et auscultera les entrailles de la planète rouge... Presque trente ans.  

Il fait du temps pour que l'humanité avance, et parfois le temps même ne peut pas guérir  les hommes. Lisez, dans La Croix dont nous sommes partenaires en cette journée internationale des droits de l'enfant, par les pédophiles qui croisèrent leur enfance. Rien n'y fera, sauf notre attention. ces témoignages d'adultes hantés une vie durant

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