Quand Sud-Ouest raconte de simples flics qui, en Charente, rendent la paix aux cités, "Les Misérables" qui subliment une bavure à Motfermeil, s'imposent dans les journaux et figurent LA vérité des banlieues. Le Parisien, Télérama, la Croix, le Figaro, le Point... L'Opinion renverse la com' du pouvoir.

Cardinal Barbarin
Cardinal Barbarin © Getty / Franco Origlia

On parle d'un cardinal...

Qui voulait devenir pape après François et qui faisait déjà campagne et y serait parvenu peut-être s'il n'avait pas été condamné pour avoir protégé un prêtre pédophile et violeur. Le cardinal Barbarin, attend son audience en appel à la fin du mois. L'Obs brosse un portrait lugubre ; c'est à lire sur le site internet du journal, et demain dans _L'Obs (_édition papier). C'est une enquête de plusieurs mois du journaliste Frédéric Martel, qui explore les secrets de l'Église depuis son livre Sodoma, qui racontait l'homophobie vengeresse et l'homosexualité masquée du Vatican... Son enquête sur Mgr Barbarin est de la même veine

On y voit Barbarin, fasciné et révulsé par l'homosexualité, en parlant si souvent, expliquant à un jeune homme qu'il invite chez lui (en août dernier) pour lui montrer sa collection de figurines dédiée à Tintin, que les militants de la Manif pour Tous sont des résistants comme autrefois Jean Moulin. 

On y voit le même Barbarin, quelques années plus tôt, prenant sous emprise un jeune séminariste, Benoit Quettier, l'invitant, le convoquant, le flattant et l'humiliant à la fois, l'interrogeant sur ses fréquentations, lui posant des questions d'ordre sexuel, voulant savoir qui sont les prêtres gays du diocèse. Benoit Quettier finit par craquer et est chassé de l'Eglise par Barbarin qu'il accuse dans L'Obs, dont il fut la victime de harcèlement moral et sexuel... 

On ressent en lisant le malaise qui vient, quand se dévoile le trouble des consciences, qu'on ne devinait pas au temps de la splendeur, car Mgr Barbarin fut splendide, construisant un pouvoir solitaire à Lyon, ami du maire Gérard Collomb, audacieux politique, ambitieux. Il venait familialement et culturellement de l'extrême-droite catholique, il la fréquente encore, mais d'une modernité de communication. Il fut le véritable mentor de la Manif pour tous.

Mon patron, c'était Barbarin.

Frijide Barjot racontait dans L'Obs, alors égérie du mouvement contre le mariage gay... C'était pour lui une affaire personnelle, et un coup politique en même temps, face à l'Etat et la modernité. Il dit aujourd'hui devant une association qu'il est tombé pour avoir placé la Bible au-dessus de la loi française ; en réalité, Barbarin est tombé pour n'avoir pas transmis à la justice ce qu'il savait du père Preynat, ce curé qui abusait des enfants qu'on lui confiait. 

On apprend dans L'Obs que Preynat faisait partie de ses prêtres de confiance, il l'adorait, et en avait fait son éclaireur au Liban où des paroisses lyonnaises cherchaient des jumelages, ils s'étaient croisés dès 1991, affirme Martel, et la paroisse de Preynat, à Saint-Michel en Rhône-et-Loire avait été la première qu'il avait visitée à son arrivée à Lyon en 2002, bien avant les tempêtes, avant ce crépuscule que L'Obs raconte aujourd’hui

On parle aussi d’une cave ce matin...

Qui n'est pas au Vatican, mais au numéro 6 de la rue Gabriel Prieuré, quartier du Champ-de-Manœuvre à Soyaux en Charente, un cloaque de béton et de détritus, me dit Sud Ouest, où deux jeunes amoureux, pourtant, ont trouvé refuge contre le froid près d'un narguilé et munis de résine de cannabis, quand les policiers en patrouille découvrent la scène, s'engage un dialogue.

- "Comment va ta famille ? Avec ta copine ça fait longtemps que vous êtes ensemble ?"      
- "Tu sais, il y a quelques semaines, un habitant de l’immeuble n'en pouvait plus du bruit dans les caves, il a versé de l'essence un peu partout sur le sol. Ici c’est très dangereux. Et puis, tu sais bien que vous n'avez pas le droit d’être ici. Il va falloir quitter les lieux"

Un dialogue entre le major Cordoba et le gamin s'engage et lorsque ce dernier s'est confié, le major devient plus sérieux.

C'est ainsi que le calme revient dans une cité de France depuis qu'à Angoulême et Soyaux, une poignée de policiers volontaires fait revivre la police de proximité qui fut abandonnée dans les années 2000, Nicolas Sarkozy était ministre de l'intérieur... Cordoba patrouille à pied, en uniforme, il rassure et connait les prénoms des gamins qu'il croise, pacifiquement, en reconquête...

Et Sud-Ouest nous rappelle le réel est pluriel quant à la une du Parisien et, dans les pages cinéma de journaux enthousiastes, s'avance un film primé à Cannes qui raconte et magnifie une histoire vraie de bavure à Montfermeil, et dans le temps médiatique, Les Misérables semble incarner la vérité. "La banlieue explose sur grand écran" dans Le Parisien, "Au cœur du volcan de la banlieue" dit La Croix. 

Le vrai maire de Montfermeil, Xavier Lemoine, s'épanche dans Le Figaro, et dans un texte habité nous supplie d'aimer la France. L'Humanité a vu Gavroche dans les cités de cinéma, et le président Macron, nous a dit Le JDD, s'est ému d'un film et veut qu'on aide les banlieues. 

L'opinion fait écho à l'agacement de Jean-Louis Borloo, dont le président retoqua le plan banlieue.

Il y a un moment, ça va.

Ça va le cinéma, ça va la com' ? Le réalisateur Ladj Ly, dit L'Opinion, a simplement envoyé un dvd de son film au château, il n'a pas voulu le projeter à l'Elysée pour le président et le président n'a pas accepté d'aller le voir à Montfermeil, dans l'école de cinéma que Ladj Ly a fondée.  Télérama est allé visiter cette école, Kourtrajmé, et c'est un des articles les plus vrais les plus forts que vous lirez sur l'énergie de jeunes gens qui entre Clichy et Montfermeil, viennent de loin pour qu'on leur parle d’Aristote, d'Alain Resnais, du Grand Bain et des séries télé... Vous lirez alors ce matin des bons papiers de cinéma et d'histoire, dans L'Express, ce n'est pas rien si ce n'est pas tout, et prendrez du recul sur l'agitation politique. En 1995, comme aujourd'hui, avec Les Misérables, les journaux, les pouvoirs ouvraient les yeux sur les cités par un film, La Haine de Mathieu Kassovitz. On parlait alors de Chanteloup-Les-Vignes où Kassovitz avait tourné, j'ai retrouvé dans les archives du Monde des séquences mimétiques de gamins reconnus enfin et de bourgeoisies édifiées. Le film n'avait rien changé politiquement aux banlieues, rappelle L'Opinion. Le Point, malin, sur son site internet, est retourné cette semaine à Chanteloup, utopie d'architecte qui fut le symbole du malaise urbain, et a rencontré ceux qu'autrefois on appelait les messagers, des jeunes gens autrefois, les grand frères qui maintenaient la paix des cités et qui avaient aussi tourné au tour de La Haine, le film. Ils sont quinquagénaires et tellement beaux de vérité, comme un flic pacifique en Charente dans Sud-Ouest. Ça n'empêche pas d'aller au cinéma.

Et on parle d'une danseuse pour finir...

Qui fut une vedette mondiale et qui est aussi du cinéma car il n'est pas qu'un film ce mercredi, et pas qu'une blessure. Il y a un siècle, en 1913, Isadora Duncan perdait ses deux enfants dans un accident de voiture et dix ans après en composa une danse, Mother dont il ne reste aucune trace filmée, juste une partition et des récits, et des notes de Scriabine, et désormais un film, Les enfants d'Isadora, que Libération raconte avec une douceur rare sur la transmission d'un solo funèbre et mythique... Dans ses mêmes pages, Libé résume ainsi un autre film que les enfants attendent, une suite mercantile à La Reine des neiges, on prend les rennes et on recommence. Le journalisme est aussi cette joie. 

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