Le guide du Fooding a vingt ans et se souvient que Sébastien Demorand, un jour d'agapes, inventa un mot, "bistronomique", qui marqua l'époque. Les Echos disent l'en-même temps d'Emmanuel Macron entre son maître Ricoeur et Machiavel. Kamel Daoud dans le Point regrette le temps des voyages.

Aya Nakamura célébrée et à qui l'on pardonne tout ?
Aya Nakamura célébrée et à qui l'on pardonne tout ? © Getty / Stephane Cardinale

Malentendu autour d'Aya Nakamura et d'une restauratrice

Une restauratrice dont on dit du mal sur les réseaux sociaux, elle se nomme Anne-Sophie Egounlety, du Mama Fast Good au Tremblay en France que l'on accuse, (c'est faux) d'avoir hébergé une fête donnée par Aya Nakamura il y a une semaine où la chanteuse s'est éclatée  sans masque. Et le Mama Fast Good est devenu ce restaurant coupable d'une atteinte au confinement et aux règles sanitaires...

Mais je répète c'est faux et Anne-Sophie se défend dans le Parisien, c'est juste qu'elle est fan de Aya, qui est du même coin de Seine Saint-Denis. Des amis de la star l'ont contactée pour commander des plats à emporter, elle a cuisiné pour 10 personnes : brochettes de légumes, écrasés de pomme de terre à la truffe, on est venu chercher sa nourriture, c'est tout, mais pourtant le nom du Mama Fast Good est sorti, quelle bêtise que le buzz.

Notez ceci : Anne-Sophie ne s'est pas faite payer le festin pour Aya Nakamura, elle a fait cadeau de sa nourriture à la star en échange (lui avait-on promis) d'un post de remerciement sur les réseaux sociaux , cela a mal tourné mais tout de même Djadja, tu n'as pas les moyens de payer le resto ? 

Je lis dans nos gazettes qu'hier à l'Assemblée, un député a cité Aya Nakumara comme une guerrière de la langue française qui réinvente notre idiome et l'amène au monde. Pourquoi pas. 

Cette histoire nous amène une autre, de nourriture et de mots. Le guide du Fooding est sorti hier et fête ses vingt ans et distribue ses prix, on y couronne notamment un restaurant de sandwichs, Penny Lane peut-on le cliquer collecter. Mais avant même la chair, l'événement a le gout du temps qui passe. Télérama, le Monde et le Fooding lui même regardent le chemin d'une nouvelle vague qui décoinçait, modernisait la gastronomie, lui amenant des rires un style, des quartiers populaires de la contre culture et des tables moins chères, mais comment fait-on après vingt ans quand on est devenu une institution et qu'on ressent les pertes.    

Je vois dans le Fooding un homme beau debout tenant une assiette, sa main droite prépare la portée de la cuillère en bouche, Sébastien Demorand, qui a quitté notre monde en janvier, était du Fooding, "journaliste incisif, pudique à l'envers et compagnon de croute", écrit Emmanuel Rubin. 

En 2004 lors des agapes du jeune jury du prix du Fooding, il avait inventé une catégorie, BISTRONOMIQUE, et cette contraction du bistro et de gastronomique, a fini par raconter un moment de nos bouches, de nos joies, ça le faisait rire Sébastien que son invention puisse entrer dans le Larousse, j'aime l'idée qu'il nous lègue, en plus de tout, un mot.  

Dans le Point, d'une autre nostalgie, l'écrivain Kamel Daoud, délaisse la politique pour regretter le temps où l'on voyageait innocents, devons-nous nous résigner à ne plus toucher le vaste monde et à le contempler, à bronzer dans la lumière bleue des écrans de smartphones... Daoud écrit toujours sur nos libertés perdues.   

Et on parle beaucoup de liberté ce matin

Que l'on surveille en voulant la protéger, le site les Jours se promène dans l'utopie sécuritaire de Nice aux 3800 caméras, qui est la ville cobaye et pilote de l'entreprise Thalès, jusqu'ici cela n'a pas empêché les drames. L'Union et l'Ardennais racontent le retour des radars que l'on détruit mais qui repoussent parfois à l'initiative d'un maire. La Dépêche se demande s'il faudra, de gré ou de force, imposer le vaccin contre le Covid.

Ce matin, des journaux s'alarment et regardent le Président. Emmanuel Macron, auquel Mediapart reproche une offensive en règle contre nos libertés, que Libération affiche a sa une en photo floutée pour contester la loi sur la sécurité globale. Emmanuel Macron qui incarne le  libéralisme, mais cette valeur périclite dans la perception mais aussi le désir des Français, constat de l'Opinion dans une analyse passionnante portée par un sondage, le Président semble évoluer au diapason du pays, qui demande de l'autorité.   

Le magazine des Echos éclaire cette évolution en revisitant le lien du Président avec le philosophe Paul Ricoeur, dont il fut l'assistant le temps d'un livre, admiratif et presque courtisan, "je suis comme un enfant fasciné à la sortie d'un concert", écrivait le jeune homme au maître qui lui aurait inspiré le "en même temps"... 

Mais le Président s'est éloigné de Ricoeur dans sa lutte contre l'islam politique et le séparatisme sociétal, Ricoeur avait le souci de séparer la laïcité intangible de l'Etat, d'une société forcément contradictoire. A lire ce matin ou sur internet, le ministre de l'Intérieur a confirmé que l'Etat voulait dissoudre le Comité contre l'islamophobie en France.

Quand il travaillait avec Ricoeur, Macron rédigeait aussi un mémoire sur Machiavel, qui enseigne l'art  du pouvoir, il faut suivre dit-il "la vérité effective", comprenons l'opinion, et non "l'idée qu'on s'en fait", les convictions douces sont forcément moins de mises.   

Dans une longue interview au Monde, Edgar Morin s'inquiète de la séparation de deux France, l'une qui serait humaniste et l'autre identitaire, il cherche au soir d'une existence complexe et tissée d'erreurs réparées à nous sauver un peu.

On parle enfin de conflits

Et vous lirez encore la dévastation des Arméniens fuyant le Haut-Karabakh dans l'Obs, le Point et dans le Figaro magazine, par les mots fiévreux de Sylvain Tesson, mais aussi par des photos superbes au vif d'une tragédie où l'Arménie a peur de disparaitre. Symétriquement le Monde a raconté sur son site l'espérance de retour des Azerbaïdjanais qui avaient été chassés du Karabakh en 1994 dans d'autres atrocités, les guerres tournent, il faut se souvenir de tout et tout entendre pour être libre.  

Le Monde encore, bien riche, raconte sur son magazine l'histoire d'un texte brûlant, le Scum Manifesto, un livre d'une radicalité féministe écrit en Amérique il y a plus de 50 ans par une femme nommée Valérie Solanas, qui partant de la biologie inversait la cliché sur l'infériorité de la femme, elle prônait l'éradication du genre masculin, ce qui était une radicalité littéraire fut pris pour une invitation au meurtre, Solanas avait tiré un jour sur Andy Warhol. Mais son texte inspira et passionna dès son arrivée en France des féministes dont les mecs faisaient la tête, il revient au gout du jour,  "nous vivons un moment Solanas", dit Virginie Despentes, tant les jeunes féministes sont "vénères".  

Il nous faut alors nous reposer avec deux hommes qui parlent d'un garçons qu'ils aiment, le jeune insoumis Quattenens et le vieux libéral Raffarin communient dans l'Obs en dialogue d'amour sur Johnny Halliday que tous deux vénèrent et à qui ils pardonnent toutes les bêtises, même les impôts oubliés, le dialogue est magique je vous jure. Aya Nakamura est-elle la nouvelle Johnny ?

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