(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la flasque et la plume

(Bruno Duvic) Petite flasque de produit explosif et la plume des dessinateurs...

Les intégristes ont-ils suffisamment d'humour ? Dans VSD , le chat de Gelluck joue avec un combattant barbu : « Je te tiens, tu me tiens pas la barbichette, le premier qui rira aura une roquette »

3 barbus réjouis devant la télé qui diffuse le film anti-islam : « voilà une provocation qui dépasse nos espérances. » C'est signé Pétillon, dans Le Canard enchainé .

3 barbus bas de plafond ont vu le même film. "Mahomet fait reculer le chômage des jeunes, les 3 simplets sont devenus critiques de cinéma". Signé Riss dans Charlie Hebdo .

Tout cela est gentil, moins provocant que le prophète cul nul en dernière page de Charlie , hier.

Fallait-il publier ces caricatures ? Le débat continue...

Du côté des réticents, puisque nous voilà contraints à donner dans le binaire, on trouve Dominique Quinio dans La Croix .

« Souffler sur les braises pour afficher sa noble résistance aux extrémismes conduit à blesser de simples croyants et ruiner les efforts de ceux qui tentent de faire vivre dans notre pays un Islam respectueux des lois de la République. »

Du côté des partisans, Nicolas Demorand, Libération .

« En appeler au sens des responsabilités des dessinateurs, c'est mettre le doigt dans un engrenage dont le premier cran est l'autocensure et le dernier la capitulation. De l'un à l'autre, le chemin se révèle étonnamment court, il est sans retour. »

Et dans ce débat, questions à des spécialistes des religions et de la caricature

Odon Vallet, spécialiste des religions dans le Parisien. « Toute liberté a des limites (…)

Pourrait-on par exemple publier la photo d'une mère faisant l'amour avec son fils ? Non, ce serait une apologie de l'inceste.

Quant à Charlie , d'accord pour respecter la liberté d'expression, mais il faut faire preuve de responsabilité. Pensez aux otages français au Mali, aux lycées et instituts français de l'étranger. La vidéo américaine a entrainé la mort de 4 de leurs ressortissants. Espérons que ce ne sera pas le cas des otages français. »

Guillaume Doizy est spécialiste des caricatures, il répond à Rue 89 . « Moi je suis du côté de Charlie Hebdo. L'actualité est énorme, ce serait un scandale que Charlie ne publie rien sur le sujet.

A la fin du XIXème siècle, on reprochait aux journaux publiant les caricatures visant les catholiques de ne pas se soucier des conséquences : les pires désordres dans la société… »

Vous voulez l'avis de Charb ? Le voilà dans son journal Charlie Hebdo :

« Dessine un Mahomet rigolo tu meurs.

Gribouille un Mahomet ignoble, tu meurs.

Prends un obscurantiste pour un abruti tu meurs.

Essaie de débattre avec un obscurantiste, tu meurs.

Il n'y a rien à négocier avec les fascistes.

Merci bande de cons. »

Au fait, liberté pour liberté, Libération parle d'un grand écart du gouvernement qui met en avant la liberté d'expression à propos des caricatures mais interdit les manifestations du type de celle de samedi dernier à Paris et peut être samedi prochain.

Justement, ces manifestants, qui sont-ils ?

Première réponse dans Libération . Ce sont des jeunes blessés dans leur Islam. Seule une petite vingtaine sont des activistes présumés. Ils ont entre 20 et 30 ans, viennent majoritairement de la banlieue parisienne et pratiquent un Islam assez rigoureux.

Mounir, 33 ans, chauffeur livreur à Gennevilliers : « Je compte bien montrer à ceux qui me dénigrent que je les dénigre encore plus et qu'Allah les punira. Mais on ne cassera rien ça ferait trop plaisir aux mécréants. »

Quand on lui fait remarquer que son vocabulaire est assez belliqueux, il répond : "Comment voulez-vous qualifier des gens qui passent leur temps à nous chier dessus ?"

On parle beaucoup des caricatures, mais c'est avant tout la vidéo américaine qui est mentionnée dans ces articles. Au delà des manifestants, le résultat est dans Le Figaro : "Dans les quartiers, la colère gronde ». « La cocotte minute est en train de siffler », dit la secrétaire nationale d'AC LE FEU.

Toute cette génération est en colère. Pour les 3/4, ils ne sont pas pratiquants mais ils se sentent insultés".

Et le débat continue, et il se déporte. Des activistes aux manifestants, des manifestants aux cours de récré. Le Point consacre deux pages à ces élèves qui défient l'école au nom de l'Islam. Et les familles qui les soutiennent. Ils ne veulent pas chanter dans une chorale, désertent les cours de piscine, perturbent les leçons consacrées à la reproduction, la contraception ou l'histoire de la shoah. Léon Blum ? « Il est juif, qu'il crève. »

Quoi d'autre dans la presse ?

Réponse en dessins, pour changer...

Les OGM sont-ils dangereux pour la santé ? Dans Le Parisien-Aujourd’hui en France , Ramson dessine un rat transformé en boule grumeleuse. "Je travaille dans un labo sur un maïs OGM plus facile à transformer en pop-corn"

La gauche tient-elle ses promesses ? Réponse de Luz, dans L'Humanité . Il dessine François Hollande "Il ne faut pas désespérer Bettencourt". Un conseiller lui glisse "Billancourt, Monsieur le Président, Billancourt"

L'Eglise contre le mariage homo. Dessin d'Aurel dans Politis . Le Cardinal Barbarin est tout rouge "On commence par autoriser le mariage homosexuel et on finit…

Un prêtre amoureux complète : …par autoriser le mariage des prêtres. »

Et Salman Rushdie pour finir

Voilà un barbu qui a de l'humour, entre autres...

Rushdie sort un livre dans lequel il raconte ses années Fatwa, "Joseph Anton", c'est le pseudo qu'il avait pris alors, hommage à Joseph Conrad et Anton Tchekov. Il accorde une interview au Point .

Récit de ces moments où il vivait caché alors que son nom était à la Une de tous les journaux :

"Salman Rushdie était devenu un espace vide avec mon nom au-dessus. On parlait de moi, on racontait n’importe quoi. Et le vrai Salman Rushdie n'avait pas le droit de se lever et dire 'Excusez moi, c'est moi le type dont vous parlez."

Sa vie en devenait presque drôle : « Le premier voyage que j'ai dû faire à New York, ils m'avaient mis une limousine blindée. Au type de la sécurité, j'ai demandé : ‘excusez moi, ça me semble un peu exagéré. Pour qui d'autre feriez-vous ça ?’ Et il me répond : ‘Yasser Arafat’ (…)

On a aussi accusé ma femme d'être un assassin potentiel, en me disant ‘Si je voulais vous assassiner, c'est exactement elle que j'enverrais’ (…)

Pour moi, rien n'est hors limite, il doit être possible de discuter et d'écrire sur tout. Ce que la religion a toujours voulu faire, c'est limiter la discussion. »

Cela dit, manifestement, sa vie d'icône de la liberté de penser avait du bon. "Même dans les événements littéraires les plus réussis, les filles ne montent pas sur les épaules de leur petit ami pour hurler votre nom.

(…) - Comment pensez-vous que l'Iran puisse évoluer ?

(…) Le grand problème, c'est que vous avez une population qui veut quelque chose, et un régime qui veut son contraire. Pour faire ces changements, beaucoup de gens devront mourir. C'est donc une question de sang : combien de sang devra couler ? »

A demain

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.