(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : des mains et des mots

(Bruno Duvic) Il n'a échappé à personne qu'il était compliqué de se prononcer sur la guerre en Syrie. Hier je commençais cette revue de presse avec le rapport de l'ONU sur la poussée djihadiste parmi les rebelles. Ils en représentent désormais plus de la moitié. La question qui vient à la lecture de cette étude, c'est : à quoi bon aider la rébellion ?

Ce matin, les mots d'un grand reporter de guerre, Pascal Manoukian. Il a couvert la plupart des conflits marquants des années 70-80-90. Il est aujourd'hui directeur éditorial de l'agence Capa. Et sur le Huffington Post , il publie ce texte intitulé "Si j'étais Syrien"

"Je ne reconnais rien de la Syrie dans les images et les discours qui me viennent du front. Je cherche désespérément ces hommes et ces femmes, aux conversations raffinées, croisés aux terrasses des cafés d'Alep, de Homs ou de Hama. Ils étaient Sunnites, Alaouite, Kurdes, Assyriens ou Arméniens, ils mélangeaient leurs langues et leurs cuisines (...)

Ces démocrates qui nous suppliaient de leur venir en aide, quand tout était encore possible. Leur rêve ressemblait à celui des grévistes polonais de Gdansk en 1981, simple et universel : rejoindre le camp de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.

Nous en avions fait notre devise et ils comptaient sur nous pour les y aider. Par deux fois déjà, nous sommes coupables d'avoir abandonné ces Syriens-là (...)

Alors si j'étais de ces Syriens-là (...) si chaque nuit, je devais enjamber les corps de mes voisins pour rejoindre dans la crasse d'un sous-sol en ruine mes enfants terrorisés et affamés (...)

Sans hésitation, je prierais de toutes mes forces pour que l'on bombarde mes bourreaux. Pour que l'on s'acharne sur leurs palais et leurs salons (...) Pour que le métal des bombes éventre leurs coffres et leurs bunkers (...)

À Sarajevo aussi, pendant plus de quatre ans, nous avons autorisé les Serbes à saigner la ville de ses musulmans sous prétexte qu'agir c'était prendre le risque d'embraser la région (...)

C'est la même chose, depuis longtemps, de Beyrouth à Kigali, de Grozny à Damas, les morts ne sont pas les nôtres, alors on attend, on négocie, on calcule, on tergiverse en les laissant s'empiler dans les ruines."

C'est à lire sur le Huffington Post ce matin.

A la Une de beaucoup de quotidiens : modèle ou contre-modèle ?

Les mains sont devant le ventre, presque à plat. Les pouces et les index se rejoignent. Cela forme un losange. En l'occurrence, ce n'est pas une position de yoga. C'est la position Merkel. Equilibre, calme, détermination. Cela donne aussi un petit côté matrone de province. Merkel en position du losange, photo, page 2, elle a "La mainmise sur l'Allemagne".

Portrait de la chancelière qui va probablement le rester dimanche, par l'un des politiques les plus germanophiles, Bruno Lemaire, c'est dans Paris Match .

"A Bruxelles, pendant les conseils européens, à l'hôtel où elle descend, on peut la croiser le matin, au milieu des autres clients, un bol de muësli à la main (...) On la croyait modeste, elle a su se montrer féroce. On la jugeait insignifiante avec sa coupe au bol et ses sandales en cuir, elle a su incarner la nouvelle Allemagne."

L'Allemagne d'Angela Merkel, vrai sujet de clivage politique dans la presse. Le Figaro nous assure, sondage à l'appui, que "Les Français votent Merkel".

Le Monde diplomatique constate l'agonie du modèle social de cogestion à l'allemande. De moins en moins de conventions collectives, des syndicats qui pèsent de moins en moins eux aussi face à des patrons de moins en moins dans la retenue protestante.

7 millions de mini jobs en Allemagne, rappelle Le Parisien-Aujourd'hui en France . Pour 5 millions de personnes, c'est leur unique salaire.

Mais un taux de chômage à 6.8%, un déficit inexistant, un pays devenu quasiment le seul interlocuteur sérieux de la Chine quand on parle business en Europe.

Modèle économique ou pas ? Dans l'éditorial de Libération , François Sergent essaie d'échapper à la question. "Si modèle il y a, il est à chercher dans la faculté contrainte d'intégration de ce pays. L'Allemagne aux berceaux vides, attire des milliers de jeunes travailleurs. Les Turcs, après des décennies d'exclusion investissent la politique le foot et la culture. Tout comme des milliers d'artistes venus de toute l'Europe à Berlin. De quoi donner un sang nouveau à un vieux pays qui pourrait devenir le creuset d'une Europe ouverte. Ce modèle là est impensé."

Quoi d'autre dans la presse ?

Le Pape, grande interview aux revues jésuites. De large extraits dans La Croix et Le Figaro . L'Eglise comme un hôpital de campagne, il faut d'abord soigner les blessures, le reste vient après. L'Eglise ne doit pas être obsédée par la transmission désarticulée d'une multitude de doctrines à imposer avec insistance. La personne d'abord. Ce pape qui ne croit pas aux fidèles qui n'ont aucune incertitude, qui se décrit comme manœuvrier et avoue qu'il somnole parfois en priant. Ce pape encore qui dit curieusement "Je n'ai jamais été de droite". Il faut sans doute le comprendre dans le contexte latino-américain.

La police se saisit de l'affaire Dassault. Les policiers de Nanterre ont récupéré des copies de l'enregistrement sonore et clandestin du milliardaire diffusé par Mediapart et dans lequel il admet avoir acheté des voix à Corbeil-Essonnes.

Bientôt une autobiographie de Cécilia ex-Sarkozy. Elle sortira dans les prochains jours chez Flammarion, selon les informations de L'Opinion .

Et une petite leçon de vocabulaire

Dans Libération , la liste des mots et expressions du moment. Ils ne passeront peut-être pas l'année mais ils permettent en ce moment de ne pas avoir l'air d'une truffe en discutant avec votre petit neveu...

Le petit neveu en question est peut-être adepte de la "banghorrée", cette sale manie qui consiste à mettre dix points d'exclamations dans le moindre SMS.

Il pratique peut-être le "binge watching", se gaver de séries télé.

Toujours à la lettre B, nous avons "bitcher": dire des saloperies sur vos petits camarades quand ils ont le dos tourné.

Un mot qui plaira au président de la République : "enverdeur", pour désigner les écolos un peu monomaniaques. Ils pourront lui répondre que sa politique est "confusante".

Dans les mots du téléphone portables, il y a aussi "snubbing", qui consiste à se la raconter en tripatouillant son smartphone devant de pauvres gens qui préfèreraient discuter le bout de gras.

Le ou la "selfie" : autoportrait en photo immédiatement mis en ligne sur les réseaux sociaux.

En cette période de crise du logement, le "souplex", c'est le duplex du pauvre. Le salon est au rez-de -chaussée et la chambre est en dessous, c'est à dire au sous-sol.

Quand à Raymond Souplex rappelle Libération, il nous a quittés en 1972 en tournant un épisode des 5 dernières minutes qui s'appelait "Un gros pépin dans le chasselas".

Bon week-end

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