Il faut avoir, parfois, le cœur bien accroché ce matin pour parcourir la presse… … Prenez la « Une » du « Parisien/Aujourd’hui en France » où s’étale le portrait du délinquant sexuel Francis EVRARD, pédocriminel multirécidiviste, « sérial » violeur d’enfants. Le titre du « Parisien » est éloquent et certainement très vendeur : « L’incroyable confession du pédophile de Roubaix : Evrard revendique 40 agressions sexuelles ». Sous les photos –ancienne et actuelle- de cet homme de 61 ans, on découvre que Francis Evrard a déclaré aux enquêteurs : « Dans ma vie, j’ai connu une quarantaine d’enfants mais je n’ai été condamné que pour trois d’entre eux ». Les policiers devront tenter de retrouver d’autres victimes. Dans « Le Figaro », mais cette fois en page intérieure, cette autre confidence du ravisseur du très jeune « Enis » : « Je flashe sur les gamins, et alors ! Ce n’est pas pour ça que je vais m’en taper un quand je serai dehors »… Evoquant sa « pulsion » sexuelle, il assure : « Je vais tout faire pour la bloquer. Si je pense qu’il va se passer quelque chose avec un enfant, je prendrai des cachets pour m’empêcher d’agir »… Ces propos seraient extraits d’un enregistrement effectué, en prison, peu avant la libération de Francis Evrard (Le Figaro s’est donc procuré ce document sonore)… … Un cachet pour l’ « empêcher d’agir »… Les auteurs de l’article croient bon d’ajouter : « C’est du Viagra qui lui a été prescrit ». « VIOL SUR ORDONNANCE » : C’est le titre de « France-Soir ». Plus sobre, « La Dépêche du Midi » évoque « L’ordonnance qui révolte ». Timothée BOUTRY, du « Parisien », publie l’entretien que lui a accordé le médecin prescripteur de Viagra. Il ne s’agit pas de celui qui s’est signalé dimanche aux enquêteurs… C’est un autre praticien du centre de détention de Caen ; c’est son nom que Francis EVRARD a indiqué aux policiers. Il confie ses « regrets ». Il déclare : « Les psychiatres connaissent le motif de l’incarcération, pas nous (…) Nous sommes deux médecins, chacun à mi-temps, pour 820 prisonniers (…) Je ne savais pas du tout à qui j’avais affaire. Si j’avais su, j’aurais sans doute agi différemment ». Il sera entendu dans la journée par les fonctionnaires chargés de l’enquête… … Peut-être remarquerez-vous en lisant vos journaux qu’il ne s’en trouve pas un –je n’en ai pas trouvé- pour dire qu’une fois sorti de prison, tout pédocriminel peut se faire délivrer une ordonnance de Viagra chez n’importe quel médecin généraliste de son choix… Je ne crois pas que les antécédents judiciaires des patients soient spécifiés sur la carte « Vitale ». Cela étant, vos quotidiens reviennent sur les initiatives du président de la République… … « Pédophiles : plus de sévérité » (ça, c’est dans « La Voix du Nord »)… … Pour « La Charente libre », plus précise : « Sarkozy prône la castration chimique »… … De son côté, « Le Figaro » attire l’attention de ses lecteurs sur le « Plan d’urgence contre les pédophiles »… … Quoi qu’il en soit, tous vos journaux déclinent le contenu de ce « plan » révélé par un Nicolas Sarkozy « en colère » (création d’hôpitaux fermés pour soigner les délinquants sexuels, traitement hormonal des pédophiles, accès des médecins des centres de détention au dossier pénitentiaire… Tout ça, vous l’avez entendu, depuis hier, sur l’antenne de France Inter). Mes confrères s’en tiennent-ils, en la matière, aux propos du chef de l’Etat et de sa Garde des Sceaux ?... … Eh bien non ! Ils ne se privent pas de commentaires, les éditorialistes, ce matin ; surtout ceux de la presse régionale… sévères à l’encontre de nos dirigeants. Quelques exemples : - De Jean Guisnel, dans « La République des Pyrénées » : « En se posant en défenseur des victimes, à chaud, le président est-il dans son rôle ? Il sait que l’opinion publique répondra favorablement et ne se soucie pas de savoir ce qu’en penseront les juristes ou les médecins… Gare à la démagogie ! » - De Jacques Camus, dans « La République du Centre » : « Par respect pour le petit Enis (…) on n’osera pas dire que Nicolas Sarkozy a profité de la situation. Quand prévaut aussi résolument l’émotion, on est condamné à ne rien dire (…) Impossible d’insinuer que les lois actuelles auraient suffi, pour peu que les moyens suivent ». - De Bernard Revel, dans « L’Indépendant du Midi » : « Nicolas Sarkozy se fond avec le talent et le succès que l’on sait dans la ’vox populi’. L’indignation de l’opinion publique, c’est aussi la sienne (…) En faisant siennes la colère et l’émotion de l’homme de la rue, sa côte grimpera plus encore sans doute et les mesures qu’il propose auront plus de poids. Répondent-elles pour autant de manière efficace au problème posé par les délinquants sexuels ? »… Etc, etc… … Je pourrais encore citer, dans la même veine, « La Presse de la Manche », « L’Est Républicain », « La Liberté de l’Est », « L’Union de Reims », « La Voix du Nord », « Le Républicain Lorrain », « La Provence ». Pour refermer ce sinistre chapitre, voici encore quelques lignes de l’article que Renaud LECADRE, dans « Libération », consacre à cette affaire (les voici) : « Ironie de l’histoire, la loi anti—pédophile va se greffer sur la loi pénitentiaire, elle-même prévue pour la fin de l’année, en vue de pallier les insuffisances matérielles de la loi anti-récidive votée cet été par le Parlement ». Loi sur loi : on verra ! Lutte contre la délinquance sexuelle, contre l’immigration clandestine… … « L’hyper-président » Sarkozy a du pain sur la planche. Il lui faut maintenant nous dire comment il compte s’y prendre pour renforcer le pouvoir d’achat des Français… Jean-Claude Kiefer, dans « Les Dernières Nouvelles d'Alsace », nous rappelle que "l'économie patine" ... Pour François-Xavier Pietri, de « La Tribune », "Quoi qu'en dise Christine Lagarde, les chiffres de l'économie française (qui n'a guère flamboyé au deuxième trimestre) n'augurent rien de bon pour l'année toute entière". Le pari de la croissance sera difficile à tenir, c'est ce que semblent penser les éditorialistes de vos quotidiens. Dans « L'Humanité », le directeur du département "Analyse et prévisions" à l'Office Français des Conjonctures Economiques (l'OFCE), n'est pas très rassurant. Pour Xavier Timbeau : "Le paquet fiscal voté par le Parlement sera difficile à financer (...) Le gouvernement a déjà dépensé beaucoup de marge (...) Il a agi dans la précipitation, c'est le corollaire de sa façon d'aller vite". L'expert précise encore que "la baisse des droits de succession et de l'impôt sur la fortune représentent la moitié du paquet fiscal, sans qu'elles aient un impact direct sur la consommation et l'investissement, parce qu'elles n'ont pas d'effet incitatif et concernent les plus riches". Dans « Le Figaro », vous verrez que s'il est un impôt qui se porte bien cette année, c'est justement l'ISF (l'impôt sur la Fortune). La collecte a déjà atteint 4 milliards 100 millions d'euros fin juin. Anne Rovan nous rappelle cependant que "compte tenu des mesures fiscales votées cet été, l'année 2008 risque d'être bien différente (...) Il faut s'attendre à voir dégringoler le rendement de l'ISF". Dans le domaine économique, vous lirez aussi dans « La Tribune », que selon l'Agence Centrale des Organismes de Sécurité Sociale (l'ACOSS), le contrôle des cotisants en 2006 a généré au total, plus d'un milliard d'euros de redressement. C'est une bonne nouvelle... et pour accentuer et améliorer sa lutte contre la fraude, l'ACOSS va augmenter de 20% ses effectifs en charge du contrôle des fraudes et erreurs d'ici à la fin 2009. Autre info, cette fois dans « Les Echos » : l'assurance maladie a obtenu le feu vert de la Commission Nationale Informatique et Libertés, pour généraliser rapidement un logiciel qui permet déjà à 3.000 médecins de prendre connaissance des soins prescrits et remboursés depuis un an à leurs patients. Ce système poursuit un double objectif : - Eviter les interactions médicamenteuses, - Repérer les gros consommateurs de soins, ces hypocondriaques qui multiplient consultations et examens. Il y a un médecin qui n’a plus ce genre de problème : c’est Bernard Kouchner… Sa visite inattendue en Irak inspire vos journaux. Elle les inspire assez diversement, c'est le moins que l'on puisse dire. Quelques titres, comme ça : - A la "Une" de "La Croix" : "Kouchner tourne la page" - Pour "Le Monde" : "La France tente un retour sur la scène irakienne" - Dans "L'Humanité", c'est "Kouchner au secours de Bush (...) Le voyage qui ramène la France dans le marigot atlantiste". Quand Alexandre Morel, pour "La Montagne", nous rappelle que le ministre des Affaires étrangères "fut l'un des rares responsables politiques français à refuser de condamner Washington, et donc à critiquer l'attitude de Jacques Chirac", François Tartarin, dans "La Nouvelle République du Centre Ouest", voit un "changement d'approche qui relègue aux oubliettes quatre ans de diplomatie chiraquienne" et qui "recèle un danger : celui d'être interprété par certains partenaires de la France, comme un alignement pur et simple sur Washington". Là encore, vous noterez un changement de ton et de fond entre les éditorialistes de la presse régionale et ceux de la presse nationale... ... Rappelant les bienfaits d'une "méthode Kouchner" fondée sur l'écoute, Pierre Rousselin, dans "Le Figaro", considère que "l'essentiel est de prendre date et de se préparer pour le jour où l'inéluctable désengagement américain ouvrira le jeu diplomatique". Dans "La Croix", Dominique Quinio (pour qui le chef de la diplomatie française se pose en "médiateur"), le voyage de Bernard Kouchner en Irak sonne (tant aux yeux des responsables irakiens que de leurs homologues américains et britanniques) "comme une offre de service, un signal de disponibilité"... "A saisir !" estime Dominique Quinio. Il ajoute : "Face au drame irakien et à ses conséquences pour l'ensemble de la région, toutes les compétences sont requises". Même tonalité dans l'éditorial du "Monde", au terme duquel vous lirez : "Le retour de la France en Irak est (...) une nouvelle manifestation du volontarisme dont Monsieur Sarkozy a fait la clé de son action. Le pari (...) est encore plus audacieux qu'ailleurs. Mais il vaut d'être tenté". Pour finir agréablement cette revue de presse, je vous propose cette "brève de comptoir" puisée dans les "Petits Mots, Petites Choses" de Pierre Marcel (à lire en page "Rebonds" du quotidien « Libération ». Pierre Marcel rapporte ce bref dialogue saisi sur le zinc : -"T'as vu à la télé ? Ils ont inventé la journée mondiale des gauchers !"... -... "Sûr que cette année, ils allaient pas inventer la journée mondiale des gauchistes !". On dirait que l'esprit de 68 n'est pas mort.

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