"Il y a le réel qui résiste... le réel dur... Et il y a le réel que l'on voit... qui est plus le produit du regard que de l'objet que l'on contemple"... Ce n'est pas la parole d'un philosophe... C'est la réflexion de Rony Brauman... ancien président de Médecins sans Frontières... dans un entretien accordé au trimestriel rhône-alpin... 4810... quand on l'interroge sur son engagement dans l'humanitaire... "J'avais envie, dit-il... de comprendre autrement qu'en contemplant"... "Etre confronté au réel ?", lui demande le journaliste... "Oui", répond Brauman... "A condition de préciser ce qu'on entend par 'réel'... Il y a le réel qui résiste... le réel dur... Et il y a le réel que l'on voit... qui est plus le produit du regard que de l'objet que l'on contemple"... Alors "le réel qui existe"... "le dur"... c'est quoi aujourd'hui ?... C'est sans aucun doute l'émotion suscitée par la mort des 10 soldats français en Afghanistan... Hier... ils étaient un bilan... Aujourd'hui... ils ont des noms et des visages... Ils s'appellent Rodolphe pour L'Indépendant... Damien et Kévin pour Sud-Ouest... Irina de Chikoff et Angélique Négroni dressent, à la dernière page du Figaro, le portrait de ces gamins "morts au champ d'honneur"... "Tous les garçons, sous leur béret rouge... ont un air de famille... Un air d'ailleurs aussi... Parce que la guerre vous rend toujours un peu étranger... La vie d'un soldat en Afghanistan... c'est une vie où l'on alterne les tours de garde et les patrouilles... Le matin... on prend une douche de fortune derrière une bâche en plastique... Et le soir... on joue aux cartes... ou aux consoles de jeu... Tous s'endorment assez vite... Les rangers toujours prêtes au pied du lit"... "Pour le plus grand nombre d'entre nous... l'engagement de soldats français en Afghanistan était une affaire lointaine... presque abstraite"... écrit Patrick Berthomeau dans Sud-Ouest... "A part les familles et les proches des soldats... qui s'interrogeait vraiment sur les dangers encourus ?"... "Fallait-il envoyer des gamins dans ces missions ?"... C'est la question posée par le père d'Alexis dans La Provence... La polémique lancée par le journal Le Monde... sur l'impréparation des unités... n'a pas fini de faire couler l'encre... A ceux qui dénoncent le manque de formation, des militaires répondent ce matin... Tout d'abord dans Libération... Le général François Cann, ancien patron du 8ème RPIMa de Castres... "Un gamin de 18 ans entraîné... et mis sous pression pendant deux ans... fait un bon guerrier... Même s'il n'a pas eu de baptême du feu"... Le général Cann se souvient de la cérémonie de leur départ... "Le colonel m'a demandé de prendre la parole devant le régiment... Dans ma tête... j'ai pensé qu'ils ne reviendraient pas tous en vie... J'ai insisté sur la méfiance et la vigilance". "Les insurgés peuvent nous attaquer partout... depuis les haies... les maisons... Puis ils cachent leur arme et partent tranquillement vers la montagne... comme de simples paysans"... Thierry Noir, dans La Provence... relate sa rencontre avec les hommes du 8ème RPIMa en Afghanistan... Il décrit aussi leur colère sur le manque de formation présumé... "C'est des conneries... On a eu la formation qui va bien pour ce genre de mission"... Le jeune âge des soldats ?... Un bidasse crache par terre... Ce sera sa réponse... "Jeunesse ne signifie pas inexpérience", explique Pierre Servent... colonel de réserve interrogé par La Croix... "En plus de la formation initiale... ils bénéficient d'une mission de préparation spécifique de 4 à 5 mois... L'aguerrissement vient du terrain... Il faut bien commencer un jour"... Oui... Mais c'est l'Afghanistan... Et Dominique Bari, dans L'Humanité... de rappeler les propos tenus par le chef d'état-major des Armées, Jean-Louis Georgelin, en avril dernier... "L'Afghanistan devient un merdier ingérable... Nous avons intérêt à ne pas nous y impliquer davantage"... Dans Le Parisien-Aujourd'hui en France... Pierre Lellouche... le député UMP qui mènera une mission d'évaluation sur la situation militaire en Afghanistan... n'hésite pas à dire que la stratégie de l'OTAN a échoué// "Echec civil// La force internationale a tenu les grandes villes... mais n'a pas permis la reconstruction du pays... Echec Militaire... Les bombardements à l'aveugle ont fait se retourner les villages contre la force internationale"// L'Afghanistan ne devient pas un bourbier... "C'est déjà un bourbier", pour Pierre Lellouche... De toute façon... "la guerre sans victimes est une lubie moderne née d'une illusion", souligne Etienne de Montety dans les pages Opinions du Figaro... "Celle de la toute-puissance technologique"... "Le soldat peut mourir", poursuit François Sureau, toujours dans Le Figaro... "Mais pas en victime de la figuration internationale... Il y a une guerre en Afghanistan... Et cette guerre tue"... "Aussi peu fréquentables soient-ils... explique Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain... les talibans ne sont pas des mangeurs de petits enfants avec le couteau entre les dents... Ils sont de redoutables tacticiens... Avec des idées d'autrefois... ils savent très bien s'adapter aux modes de communication d'aujourd'hui"... Le mot de la fin pour Laurent Joffrin, dans Libération... "Plutôt que parler de retrait aujourd'hui... Il faut surtout élargir autant que possible le soutien international à cette présence humaine sur le terrain... L'élargir par exemple... aux gouvernements de ces pays musulmans, qui n'ont aucune envie de voir Al Qaïda se renforcer... A cette condition seulement... les dangers courus par les soldats français seront légitimes"... La convention démocrate s'ouvre lundi... à Denver, aux Etats-Unis... Après sa semaine de vacances à Hawaï... dont les photos sont à découvrir dans Paris-Match... Barack Obama a du pain sur la planche pour convaincre les électeurs américains... "Rien n'est joué", selon Courrier International... qui tente de décrypter le personnage... "Il est trop cool pour un pays nerveux", écrit Michelle Cottle, du New Republic de Washington... "Son surnom : 'No Drama Obama'... 'Obama, celui qui ne fait pas de drame'... lui va comme un gant... Qu'il parle de santé... d'énergie ou de menaces extérieures... Obama échoue presque toujours à transmettre un sentiment d'urgence... Dans le camp opposé, John McCain, lui... vibre littéralement chaque fois qu'il prend la parole... D'ailleurs... il a la réputation d'un homme qui agit plus avec ses tripes qu'avec sa tête... Obama devrait prendre conscience que le sang-froid n'est pas ce dont les électeurs ont envie... Son récit est trop équilibré pour un pays nerveux comme les Etats-Unis, poursuit Michelle Cottle... Bill Clinton a bâti sa carrière sur sa capacité à sentir les préoccupations... mais aussi sur son aptitude à montrer qu'il les ressentait"... L'hebdomadaire La Vie s'intéresse, lui, plus à ce que ressent, d'un point de vue religieux, Obama... "Contrairement à Bush, il a rencontré Dieu hors de toute illumination et de toute conversion brutale... Dans la banalité du quotidien", écrit Jean Mercier... "Et la force d'Obama, c'est de réussir à attirer des super-croyants... piliers historiques du Parti Républicain... Sur une vidéo destinée aux milieux religieux... Obama est catégorique : 'Nous allons faire, ici sur Terre... le boulot de Dieu'"... Mais Dieu aujourd'hui... est un homme... J'ai nommé Monsieur Usain Bolt... "Golden Bolt" même, pour Libération... "Enfin, il a couru !", écrit Stéphane Guérard dans L'Humanité... "Il est allé jusqu'au bout de son talent, en décrochant la médaille et le record du monde sur 200 mètres"... "On a vu l'effort intense et violent sur son visage", poursuit Jean-Denis Coquard dans L'Equipe... "On a vu son visage chercher sa respiration... son âme puiser dans le fond de ses tripes... Pourtant son échauffement avant la course a laissé franchement à désirer... D'après Jacques Piasenta, l'entraîneur de Muriel Hurtis... 'il a fait tout ce qu'il ne fallait pas faire... Peu d'étirements... peu de courses... Il courait même en baskets... Je n'ai jamais vu ça de toute ma vie... Cet échauffement est la négation de tout notre travail d'entraîneur'"... Pourtant... pour Patrick Fancello, de La Provence... "l'homme le plus rapide du monde semblait voler hier... Bolt n'a plus de rivaux, ni sur la piste... ni dans les archives"... "Monsieur 100.000 Bolt" est-il déjà le plus grand ?", se demande L'Equipe... "Assurément", répond Le Point... D'après François-Guillaume Lorrain, "l'ère des records touche à sa fin... En 2008... nous sommes déjà parvenus à 99% de nos capacités athlétiques... Dans la plupart des épreuves, les records sont bloqués depuis plus de dix ans... Quand Asafa Powell a battu le record du monde du 100 mètres, il a eu cet aveu... 'Mon corps est devenu bizarre... J'avais l'impression que quelqu'un me plantait des coups de couteau partout'... Powell était au point de rupture physiologique, près de la rupture musculaire"... Oui, mais il y a Bolt maintenant... Ne disait-on pas tout à l'heure : "Il y a le réel qui résiste... le réel dur... Et il y a le réel que l'on voit... qui est plus le produit du regard que de l'objet que l'on contemple"...

Laëtitia GAYET

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