Patrick Cohen : Dans la presse, ce matin, l'information la plus importante : c'est la date ! Bruno Duvic : En neuf ans, il a dû se passer beaucoup de chose dans votre vie. Des amis, des amours, des emmerdes. Neuf ans c'est long ! Eh bien, dans la politique française, on a le sentiment en lisant la presse ce matin, que rien n'a changé. 21 avril 2002… même jour en 2011, l'actualité politique tourne encore autour d'un nom de famille : le Pen… 21 avril, « une journée particulière », comme l'écrit Anne Fulda dans Le Figaro. Voici donc le énième sondage sur le thème « ça va recommencer ». Harris Interactive pour Le Parisien-Aujourd'hui-en-France, enquête réalisée sur Internet. La photographie d'Harris, si l'élection avait lieu dimanche prochain, c'est donc Marine le Pen en tête au premier tour de la présidentielle, sauf si Strauss-Kahn est candidat. Dans tous les cas, elle est au second tour. Et c'est Nicolas Sarkozy dans la posture de Lionel Jospin. Eliminé dès le début, sauf si Ségolène Royal est candidate. Les écarts sont serrés, précise Le Parisien. Le Pen au second tour : « Cette fois il n'y aurait pas de surprise ! » s'exclame le politologue Roland Cayrol. Il y a neuf ans, on avait parlé de séisme. C'est comme au Japon : qui dit « séisme », dit « menace nucléaire »… « atomisation ». Voilà l'un des mots clés ce matin. De Borloo à Mélenchon, en passant par Besancenot, Villepin et Hulot, à droite comme à gauche, raz-de-marée de candidats. Et qui surfe sur cette énorme vague : la Marine ! Patrick Cohen : Comment éviter un nouveau 21 avril ? Question à la Une de Libération. La réponse de Francis Laffon dans l'Alsace est à la fois très simple et fort compliquée : « Il faut s'attaquer aux causes profondes d'un mal être social. C'est lui qui constitue le fonds de commerce des extrémismes. Crise économique qu'on ne digère pas, mondialisation qu'on ne capte pas. Et au milieu, une Europe qu'on ne calcule pas ». « 21 avril, quelles leçons la gauche a-t-elle tiré ? » Question à la Une de l'Humanité. Ce qui est en jeu, selon Maurice Ulrich, c'est la possibilité ou non de construire une Europe des peuples et du progrès social, de construire une alternative politique, véritablement de gauche, à l'Europe du capital, du dumping, de la concurrence entre les salariés, les pays et les régions. Voilà pour la gauche, mais la menace la plus grande si on en croit le sondage de ce matin, elle est pour la droite. Un 21 avril à l'envers, pas de candidat de droite au second tour. Alors dans Le Monde, le député européen et ancien ministre Alain Lamassoure propose des primaires à l'UMP pour éviter l'atomisation des voix. Pour l'instant, les militants de la majorité ont l'impression d'être sur un toboggan. Patrick Cohen : Et des solutions plus radicales sont également proposées... « A bas la présidentielle ! »… Edito de Serge Kagansky dans les Inrockuptibles. La présidentielle mobilise et fait tourner le moulin médiatique pendant quasiment deux ans, alors que les problèmes de la société française sont considérables. Pourquoi une majorité de Français aurait-elle encore besoin de ce doudou politique usé, résidu dégénéré de nos rois ? La présidentielle, élection reine… Tout le monde veut y participer pour exister, d'où la multiplication de candidats. Il faut redonner de la valeur aux élections législatives. C'est la proposition du constitutionaliste Dominique Rousseau dans Libération. De la proportionnelle aux législatives, de vrais lieux de débat entre deux moments électoraux. Si les écologistes, par exemple, avaient la certitude d'avoir des députés et un égal accès aux médias, ils auraient moins besoin de se servir de la présidentielle. Dis, grand père, depuis les dinosaures, il y a eu un moment où la gauche remportait la présidentielle et où il n'y avait pas de 21 avril ? A la Une du Nouvel observateur cette semaine, pas de FN. Retour à l'époque FM, sur les ondes. Et en politique. François Mitterrand à l'Elysée. « C'était il y a trente ans, le 10 mai, le temps où la gauche gagnait », titre le Nouvel Obs. Mitterrand : la photo semble tellement vieille qu'on dirait un tricératops qui vient de cueillir une rose. Ensuite, l'espèce s'est un peu perdue. Patrick Cohen : Et le climat de crispation, il existe dans toute l'Europe… Bruno Duvic : Quelques mots d'un reportage tiré de Courrier International cette semaine. Ca se passe à 15 Km de la place du Dôme, à Milan, Italie, mais c'est une autre planète. Bienvenue à Basiglio. 146 maisons et appartements de luxe, une église, un jardin du 18ème bientôt restauré. Le lieu était habité autrefois par des moines cisterciens. A leur place, aujourd'hui, des médecins, des avocats, des entrepreneurs, familles avec enfants, papa de 30 à 50 ans. C'est la ferme Vione. Elle sera inaugurée le premier mai. Le paradis non ? Peut-être, mais derrière une clôture. Basiglio sera entourée d'un grand mur d'enceinte, avec vigiles armés, caméras de surveillance et détecteurs anti intrusion. A la ferme Vione, explique la publicité, les résidents seront issus des mêmes milieux sociaux et professionnels. On y retrouvera le bon voisinage tel qu'il existait jadis en ville. Car en ville aujourd'hui, poursuit la pub, il faut supporter la circulation, la pollution, la violence, sans compter les personnes d'origine et de mœurs différentes. Patrick Cohen : Et qu'y a-t-il à la Une de la presse locale ? Bruno Duvic : Ce sont les kiosquiers de Toulon qui en parlent le mieux. Alors que le soleil se levait sur le cours La Fayette, Joy Raffin, est allée voir Franck qui déballait ses journaux. Alors Franck quoi de neuf ce matin ? *** Interview Franck, kiosquier à Toulon Bruno Duvic : Et terminons avec une histoire qui se déroule dans cette région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Histoire de la cavale de trois bonnes sœurs. Certains Toulonnais, ici à l’Opéra, la connaissent peut-être car elle a fait les délices de la presse. Elle est racontée dans la dernière livraison de la « Revue 21 ». Ca se passe au couvent de Roquebrune Cap Martin, l’eau vive. Les trois fugueuses s’appellent Sœur Saint-Denis, 82 ans au moment des faits, Sœur Marie-Daniel, 86 ans et un petit faible pour les apéros au Limoncello. Et puis, la supérieure Sœur Maurice-Marie, insomniaque et férue d’informatique. - « Quand vous ne dormez pas, que faites vous ma sœur, vous priez ? » - « Non, je prends mon Macintoch ». Pas banales les sœurs, mais dans tous les sens du terme ! Un charisme, une générosité et une énergie hors du commun. Quand elles sont arrivées, dans les années 60, l’école de leur quartier populaire était complètement déglinguée. En quelques décennies, Sœur Marie-Maurice en a fait l’un des établissements les plus importants. L’eau vive, c’était la maison du Bon Dieu. Tout le monde y passait et quand un habitant du quartier disait : « Je suis malheureux » à la supérieure, elle lui signait un chèque. A force, les chèques sont devenus de bois. Et la hiérarchie des sœurs a décrété qu’il était temps de les mettre à la retraite. Mais elle voulait les envoyer à 400 Km de là. Défendues par la population locale, les trois sœurs ont refusé de s’exiler à perpette. Un beau jour, deux d’entre elles sont montées dans une voiture et elles ont pris le maquis. Je vous laisse découvrir comment s’est terminée l’histoire. Pas très bien : un indice. Au paradis, désormais, on prend l’apéro au Limoncello.

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