Le Monde voyage dans la culture et le spectacle empêchés. La Montagne, journal almanach, me régale de Vialatte et de Harry Baur, le Nouveau magazine littéraire ressuscite les années 1920. Une fillette de 7 ans est aux portes de la mort en Syrie, où sa mère adepte de Daesh l'avait emmenée, la Dépêche, Actu.fr.

Ici la collecte de déchets infectieux dits DASRI en avril 2020
Ici la collecte de déchets infectieux dits DASRI en avril 2020 © Maxppp / gaujard christelle

On parle de déchets…

Et d’un homme qui a peur et qui pourtant travaille, Sylvain Kamesa, chauffeur-collecteur de déchets qui le soir, me raconte le journal en ligne Reporterre, n’ose pas s’approcher de sa famille et qui dans la journée doit ramasser des sacs jaunes qui s’entassent au dessus des bennes pleines ou bien à même le sol dans les locaux à poubelles saturés des hôpitaux… Il montre les photos et rage, « voilà à quoi nous faisons face »…

Il y a dans ces sacs des bombes à retardement bactériologiques, des aiguilles, des poches à perfusions, des compresses souillées mais aussi des masques et des blouses que les soignants jettent après avoir soigné les malades du COVID 19...

Ce sont les DASRI, déchets d’activités de soins à risques infectieux, leur collecte sature sous le coronavirus… Les masques et les blouses ne pèsent pas lourd mais ils s’accumulent et remplissent trop vite les bacs dit l’Express dans un article également en ligne…

Et l’Express, journal de raison économique, et Reporterre, journal écolo qui traque les dysfonctionnements du système productif, racontent une même tension, quand les géants Suez ou Veolia, font appel à des intérimaires, quand les protections des salariés semblent insuffisantes -l’Express me dit que les autorités ont refusé que la filière des déchets soit fournie en masques FFP2 ou chirurgicaux et le camion de Sylvain interrogé par Reporterre n’est pas désinfecté quotidiennement.

Reporterre décrit aussi un centre d’incinération où les machines mal maitrisées forcent les employés à décharger à la main les bennes des camions, ce sont les intérimaires qui portent les sacs, les salariés en place ont fait jouer leur droit de retrait…

L’Express ajoute une menace, celle de la prolifération de masques des particuliers, car les masques nous arrivent titrent l’Est Eclair, Libération, Champagne, Presse-Océan, le Télégramme, l’Indépendant, oui mais les gens jettent leurs masques parfois dans les rues, il faudrait les enfermer chez nous dans des sacs poubelles doublés et garder le tout 24 heures avant de les faire partir avec le tout-venant des ordures ménagères, y penserez-vous?

Et on parle donc de la vie quotidienne…

Que le virus malaxe... La Charente Libre et l’Echo républicain racontent les couples séparés, qui organisent sous le confinement la garde alternée des enfants, parfois un parent en profite pour la casser… Les DNA regardent avec envie de l’autre côté du Rhin la ville de Kehl qui se déconfine, la queue devant Pierod, le glacier italien, et le magasin de chaussure Wickers qui chausse les hommes jusqu’à la pointure 50, la clientèle alsacienne manque, dis quand reviendrons-nous… 

Les DNA encore racontent comment l‘enterrement de Paul mort en mars à 93 ans dans l’Eure-et-Loir a été suivi par toute sa famille à Guebwiller et dans le monde entier, qui suivait la cérémonie sur internet… La mort aussi est au virus, qui ne nous ne permet pas de toucher nos disparus, Paris Normandie, et la Croix en portent témoignage…

Et même nos sommeils sont transformés de la crise ! Le site de Marianne rencontre un historien, Hervé Mazurel, qui avec une amie psy veut rassembler nos rêves pendant le confinement, il nous invite à les lui envoyer, (revesdeconfins@gmail.com), il se veut l’héritier d’un ouvrage fameux, Rêver sous le IIIe Reich, conçu entre 1933 et 1939 à Berlin par une militante Charlotte Beradt, qui y voyait un acte de résistance, il nous dit Hervé Mazurel que même endormis confinés, nous sommes dans l’Histoire.…

Et on rêve de culture…

Et même on en pleure, comme Richard Patry propriétaire de cinémas en Normandie qui s’assoit seul en larmes dans la salle vide de son Grand Mercure à Elbeuf, on en pleure comme Jean-Marc Pailhole qui lui se recueille dans sa salle de concert le Cargo de nuit à Arles, ils sont dans un beau et triste voyage qu’entreprend le Monde dans la culture et les arts empêchés, combien de temps encore, retrouverons-nous le chemin des spectacles…

Est ce fini, ce que nous avons connu ? Ce sentiment de fragilité me prend en lisant les cadeaux que me fait la Montagne, journal almanach ce printemps qui se souvient d'un tournage de film, Poil de Carotte en Corrèze à Collonges-la-Rouge, l’été 1932, l’acteur Harry Baur raclait la sueur de son crâne au couteau, se souvient-on de Harry Baur… Et se souvient-on d’Alexandre Vialatte  à la plume sans égale qui tenait chronique dans la même Montagne le journal ressort aujourd’hui son premier texte de Vialatte, qui le 9 décembre 1952 applaudissait le roman de Jean Dutourd « au Bon beurre »: « Vous y trouverez naïvement peinte une histoire de la nature humaine de 1940 à 1950, juste ce qu’il faut de temps à un crémier sérieux pour gagner 47 millions », mais se souvient-on de Jean Dutourd, que reste-t-il de nous?

Le Nouveau Magazine littéraire, journal beau et menacé, me raconte la frénésie créatrice des années 1920 et ses transgressions qui semblent si loin et si vivantes. Je vois Mireille Havet qui était écrivaine, opiomane, homosexuelle, amie de Cocteau, morte en 1932 à 34, nous connaissons son journal, joyeux, désespéré, mais nous avons perdu trace de ses nouvelles, "Rencontres d’après-midi", et de son roman "Jeunesse perdue", ont-ils été écrit.

Au moins a-t-elle vécu. Je lis dans la Dépêche et dans actu.fr l’histoire d’une fillette de 7 ans, qui comme beaucoup d’adultes ici respire mal, et manque d’oxygène dans le sang. Mais le Covid-19 n’y est pour rien, Taymia est née avec une double malformation cardiaque, sa mère quand elle avait un an l’a emmené avec elle au califat de Daesh, elle est encore en Syrie, sans souffle désormais, les lèvres bleues cyanosées, aux portes de la mort. L’ordre des avocats à Toulouse réclame son rapatriement, qui ne s’en fout pas, elle manque de temps.

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