C'est mercredi... Jour de cinéma, jour des enfants, jour de Conseil des ministres... On peut aller loin comme ça... Non... Mercredi, c'est aussi un jour béni, pour ceux qui lisent les journaux... Parce que c'est le jour de sortie des satiriques... "Le Canard Enchaîné", "Charlie Hebdo"... Où le bon mot est roi... Mais s'il est quelquefois injuste, il est souvent très bon. Des satiriques, il en reste deux en France... Après tout, sur une dizaine de titres dans la presse quotidienne nationale, ce n'est pas si mal... Et il se trouve que, dans le magazine trimestriel "Médias", les dirigeants de ces deux journaux débattent... Autrement dit : Claude Angeli pour "Le Canard", et Philipe Val pour "Charlie Hebdo". Alors confrères, concurrents... Les deux...Mais peut-être plus l'un que l'autre... Plus concurrents qu'amis, si l'on en juge par les propos de Claude Angeli. De "Charlie Hebdo", il dit en effet : "Ce journal publie peu d'infos. Polémique, sa démarche consiste à cultiver le côté vengeur... Sa vocation n'est pas de sortir des affaires, mais d'ironiser sur les infos des autres" En revanche, sur "Le Canard", Philippe Val, magnanime, déclare : "Je n'aimerais pas vivre dans un pays où 'Le Canard Enchaîné' n'existe pas"... Mais nous, nous ne pratiquons pas le jeu de mots... L'humour chez nous, ça passe par autre chose... Dans certains cas, nous sommes plus engagés, moins consensuels... La preuve : la droite éprouve contre nous un vrai ressentiment, qu'elle exprime rarement, contre "Le Canard", lu dans tout l'Hémicycle chaque mercredi. Voilà... Faites votre choix. Et puis, concernant la façon dont "Le Canard" recueille ses informations...Celles qu'on lui apporterait sur un plateau... Claude Angeli en profite pour mettre les points sur les "i" : "On ne peut pas publier la plus belle des infos sur un simple coup de téléphone... Si un quelqu'un nous prévient, nous enquêtons... Oui, nous effectuons un travail d'investigation". Alors qui a donné au "Canard" cette information, publiée aujourd'hui ?... Peu importe... Seule compte l'info... Sous le titre : "Paris Match caviarde une interview anti-Sarko de Noah"... "Le Canard" affirme que, pour ne pas risquer un nouveau clash avec le ministre de l'Intérieur, le directeur général de la rédaction de "Match", Alain Genestar, aurait fait couper de l'interview la phrase suivante, prononcée par Noah : "Si jamais Sarkozy passe, je me casse". "Vous réalisez ce que vous venez de dire ?", lui aurait rétorqué l'intervieweur de "Match", Danny Jucaud... "Vous êtes l'homme le plus populaire des Français... Les politiques risquent de vous récupérer"... "Et alors ?", répond Noah... "Personne ne peut me récupérer". Eh bien, cet échange, effectivement, il n'est pas paru dans l'interview publiée le 15 décembre par "Paris Match"... Comme le dit "Le Canard" : le poids des mots était trop lourd. Détail piquant : à la Une, on pouvait lire : "Noah : mes quatre vérités à la France"... Eh bien, il en manquait une. Alors, il faut rappeler, pour tout comprendre, qu'au mois d'août dernier, Alain Genestar avait fait mettre à la Une une photo exclusive de Cécilia Sarkozy au bras du publicitaire Richard Attias... Ce qui n'avait pas plu à Lagardère, propriétaire de l'hebdomadaire... Parce qu'il s'était fait engueuler par le ministre de l'Intérieur... Il avait donc engueulé Genestar. C'est donc pour cette raison, nous explique "Le Canard", que le directeur de la rédaction avait préféré être prudent sur l'interview de Noah... Ce même directeur qui laisse entendre que l'ancien tennisman était d'accord pour retirer la phrase qui tue. Oui, et en particulier dans "L'Humanité", qui en fait sa Une... Et qui, à son tour, publie une interview de Lilian Thuram... En revanche, si ce journal soutient l'appel aux jeunes de banlieue à s'inscrire sur les listes électorales, il épingle le show-biz venu donner une leçon de civisme hier, à Clichy-sous-Bois... Tout comme l'a fait, par exemple, le maire UMP du Raincy, Eric Raoult... Ce qui fait dire à Francis Brochet, dans "Le Progrès" : "Eric Raoult a le droit de préférer Line Renaud à Joey Starr"... Mais pourquoi dénoncer une dérive du show-biz ?... Ils n'étaient pas vraiment paillettes, les évangélistes du code électoral... Plutôt à gauche, sans doute... Mais l'essentiel est de multiplier les conversions... La démocratie reconnaîtra les siens. Et la morale de l'histoire, elle appartient peut-être à ce jeune Clichois, prénommé Boris... Présent à la réunion d'hier... Il interpelle Joey Starr, et lui dit : "Dis donc, qui nous représente ?... Je n'ai pas vu un seul d'entre vous pendant les émeutes"... Applaudissements de la salle. Et puis il y a ce comique de proximité, qu'on doit à "France Soir", aujourd'hui... C'est en page 8, en bas à gauche : une photo d'Alain Juppé... "Juppé et Joey, même combat"... Hier, l'ancien Premier ministre est venu s'inscrire sur les listes électorales... A Bordeaux. Alors évidemment, cette présence occupe pas mal de colonnes dans la presse... Alain Juppé a fait savoir aux Bordelais qu'il était disponible... Tout le problème, pour lui, est de savoir s'il est désormais souhaité, écrit Jean-Marie Gauthier dans "Le Havre Presse". Candidat à rien, mais disponible pour tout... Ca s'appelle un "teasing"... Alors, pour la Présidentielle, sera-t-il l'arbitre des élégances ?, pour reprendre la formule de Pierre Taribo dans "L'Est Républicain"... Disons qu'il y avait Sarkozy, Villepin et Bayrou... Il faut maintenant ajouter Alain Juppé, répond Bruno Loustalan dans "L'Eclair des Pyrénées"... Etant donné l'envergure de cet ancien Premier ministre, on voit mal comment il n'entrerait pas dans la course au plus haut poste de l'Etat... Ce qui, du reste, n'est pas l'opinion la plus répandue dans les éditos ce matin, au contraire... Nos confrères estiment qu'Alain Juppé aurait effectivement un rôle à jouer, mais pas celui de candidat. Et pendant ce temps, Jacques Chirac vit une fin de règne toujours aussi difficile... Une véritable agonie, en termes d'opinions... Le sondage BVA, que publie "L'Express" cette semaine, a quelque chose d'une estocade... 1 Français sur 3 déclare maintenant qu'il souhaite la démission de Jacques Chirac, pour provoquer une Présidentielle anticipée... A ce rythme-là, Jacques Chirac va finir avec le goudron et les plumes, ironisent les proches de Sarkozy... Propos cités par "Le Parisien". On parlait tout à l'heure des jeunes et de la banlieue... Il se peut que les choses soient difficiles également à Paris, côté Bastille, côté bobos... Voici l'histoire édifiante des rapports ordinaires entre la police et les adolescents, dans ce pays. Et c'est "Libération" qui nous la raconte... Ce sont deux lecteurs, dans la page "Courrier". Tout commence en juin dernier : 5 collégiens, âgés de 14 à 16 ans, écoutent de la musique dans un appartement... Les fenêtres sont ouvertes... Le son est fort, mais nous sommes en pleine journée... Il est 16 heures... Aucun voisin ne se plaint. Manque de chance : l'appartement donne juste en face du commissariat du 4ème arrondissement. Alors, immédiatement, 5 agents montent au troisième, sonnent à la porte, entrent... Puisqu'on leur ouvre... Et déplacent livres et bibelots, éventrent les cigarettes... Tout cela sans mandat de perquisition... Ils ne trouvent rien. Mais bien sûr, ils relèvent l'adresse et l'identité des ados qui, un mois plus tard, reçoivent deux convocations pour le tribunal. 14 décembre : audience devant le juge de proximité... Malgré le néant absolu du dossier... Pas de plainte du voisinage, répétons-le... 2 des 5 adolescents sont fichés comme "délinquants"... La menace d'une récidive pèsera donc sur eux pendant 4 ans. Pour avoir écouté du rap à 16 heures, ils sont donc "connus des services de police", et ont été jugés et condamnés. Alors, comme le dit la mère de Tibère, âgé de 14 ans... "Vu que mon fils ne s'est pas toujours pas mis à Lorie ni aux Choristes... On peut craindre qu'un incident ne se reproduise... Il sera alors directement déféré devant le juge des mineurs". Voilà... A part ça, et quelques choix éditoriaux comme l'élection du Bolivien Morales, dans "Libération"... La Chine qui dépasse la France, et qui devient la 4ème puissance mondiale, à laquelle s'intéresse "Le Figaro"... Ou le Liban, qui est en Une de "La Croix"... Je ne voudrais pas donner dans la formule toute faite, mais ça sent un peu la trève des confiseurs dans la presse... Pour preuve : cette Une sur le champagne, dans "Le Parisien"... Ou ce dossier, dans "Le Figaro", intitulé "Comment les mouches font-elles pour marcher au plafond ?"... Réponse : grâce à des coussinets couverts de minuscules soies flexibles, qui secrètent un adhésif... Passionnant. Ca sent les fêtes... Et ça permet de flâner au fil des pages, et de s'arrêter par exemple, toujours dans "Le Figaro", sur un dessin de Jacques Faizant, qui remonte au 18 mai 76... Première visite, en Concorde, de Valéry Giscard d'Estaing... A l'époque, les Américains sont fous de jalousie de cet avion au nez pointu... Alors on voit Giscard sur le tarmac, qui vient serrer la main de Gerald Ford... Le Président qui n'aimait pas les avions, parce que la seule chose qu'on retient de lui, c'est qu'il s'est cassé la figure d'une passerelle... Déjà, en mai 76, ça sent la sortie, pour ce bon Gerald Ford... Alors Giscard lui dira : "How do you feel ?"... Et Ford répond : "I feel un mauvais coton"... C'est mignon comme tout... On parlait des journaux satiriques tout à l'heure... Ce qui est bien, avec les dessins de presse, c'est qu'il y a satire tous les jours... Et que ça tire de tous les côtés. Bonne journée... A demain...

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