Bonjour... Une fois n'est pas coutume, ouvrons cette revue de presse sur les informations les moins partagées du jour, celles qui trouvent leur place dans un journal au gré des choix éditoriaux, ces informations que la presse dans sa majorité néglige ou ignore. Le trésor de Saddam Hussein. C'est dans "Le Figaro". ..."Paris tarde à rendre à l'Irak l'argent de Saddam". En dépit d'une résolution des Nations Unies, la France bloque toujours plus de 20 millions d'euros d'avoirs irakiens qui dorment dans les coffres de la Banque de France. Précision du journal : "Même la Suisse, où le dictateur dissimula une partie de sa fortune, a fini par jouer le jeu"... Un diplomate irakien dénonce, sur ce dossier, "la mauvaise volonté" affichée sous la Présidence de Jacques Chirac. L'Afghanistan. C'est à présent dans "Le Monde". ...Déclaration du ministre français de la Défense : "La situation se dégrade". Hervé Morin y rappelle la "très importante implication française" : 2.000 personnes. "La question du renforcement de nos forces en Afghanistan ne pourrait se poser que dans le cadre d'une réflexion globale sur l'action de l'OTAN dans ce pays". Interrogé, quelques pages plus loin, toujours dans "Le Monde", sous le titre "Afghanistan : l'OTAN enlisé", un conseiller politique de l'Organisation du Traité de l'Atlantique-Nord se laisse aller à ce commentaire : "Les insurgés n'ont pas besoin de vaincre, il leur suffit de ne pas perdre". En 5 ans, 14 soldats français ont perdu la vie sur le sol afghan. L'économie, le pouvoir d'achat. De nouveau, on est dans "Le Figaro", mais cette fois dans les pages saumon, où l'on découvre que l'an prochain, les assurances (habitation, santé) coûteront plus cher. Les baisses sur les contrats auto se feront "plus rares". Le journal conseille à ses lecteurs de "faire jouer la concurrence", pour réaliser "jusqu'à 40% d'économies". Le Traité européen. C'est la Une de "L'Humanité". Le quotidien souligne qu'en France, en Irlande, en Suède, en Allemagne, "l'exigence de référendum grandit". A N'Djamena, ce matin, les 6 inculpés français de l'association "L'Arche de Zoé" se présenteront devant les juges de la Cour criminelle du Tchad : on les accuse d'avoir tenté d'ex-filtrer 103 enfants tchadiens. Dans "Le Parisien-Aujourd'hui en France", vous lirez qu'ils encourent des peines allant de 5 à 20 ans de travaux forcés. Réflexion de Marc Chevanche dans "Nice Matin" : "Les avocats des aventuriers de 'L'Arche de Zoé' pourraient certes invoquer les circonstances atténuantes, mais il faudrait alors qu'ils fassent le procès des déraisons droitdel'hommistes et leurs effets sur les esprits faibles". "La bonne conscience et les bonnes intentions (...) de ces égarés de l'humanitaire ne justifient pas ces conduites d'un autre âge", reprend François Sergent pour "Libération". Titre de "La Croix" : "Les 6 inculpés français entre naïveté et arrogance". Le Figaro s'y met aussi : "La détermination du créateur de 'L'Arche de Zoé' inquiète". Il est question là d'Eric Breteau. L'envoyé spécial du quotidien dans la capitale tchadienne écrit, en citant l'un des avocats du président de "L'Arche" : "On a beau lui dire que les inculpés ont intérêt à jouer profil bas, lui ne parle que de donner un bon coup de pied dans la fourmilière". Eric Breteau persiste à penser qu'il est "le seul à avoir essayer de faire quelque chose pour le Darfour". Pour Hervé Chabaud, dans "L'Union" : "Il est évident que le dénouement de la crise sera politique". "Le 'deal' derrière le procès", titre, pleine page Une, "Libération", pour qui tout semble avoir été fait pour que les audiences ouvertes aujourd'hui à N'Djamena "s'achèvent par une condamnation puis par un renvoi à Paris des 'humanitaires'"... Confirmation, dans "Le Figaro" qui cite des sources judiciaires tchadiennes avant de s'interroger sur la réaction de l'opinion locale. Les 1.500 Français de N'Djamena sont d'ores et déjà invités à la "prudence". Quant aux ONG qui oeuvrent en Afrique, nous dit "La Croix", elles choisissent le silence, "de peur de voir leur image associée à ce que certains ont surnommés 'L'Arche des Zozos'". C'est le dessin de Willem, dans "Libération"... Nicolas Sarkozy, lunettes noires sur le nez, un Mickey qui lui ressemble autour du cou, fait face à Benoît XVI, sous le regard d'une grande femme brune. L'air très assuré, le Président français dit au Pape : "Le Vatican aura besoin d'une centrale nucléaire pour dessaliniser son eau bénite !". Autre croquis, cette fois dans "L'Huma" (il est signé Adèle)... Il représente les deux mêmes (Sarkozy/Benoît XVI)... Sous le titre "Sarko, le pote des chefs d'Etat", le premier dit au second : "Salut Benoît, comment va ta femme ?". "Une journée de Nicolas Sarkozy au coeur du catholicisme" : l'événement, on s'en serait douté, retient l'attention de "La Croix". Vos autres journaux s'en donnent à coeur-joie dans leurs titres... Distribuons les "indulgences". A commencer par "L'Est Républicain", qui se fend d'un très joli : "Après l'action, l'onction". Poursuivons par "L'Humanité", pour qui "Nicolas Sarkozy délaisse Marianne pour Marie". "Sarkozy défend les racines chrétiennes de la France" ("Le Figaro")... "Sarkozy vante les racines chrétiennes" ("Le Parisien")... "Sarkozy plane dans sa bulle papale" ("Libération"). Le nouveau "chanoine d'honneur de Saint-Jean de Latran" inspire des réactions, mais sans plus, quand il rappelle implicitement que la France reste la fille aînée de l'Eglise, ou qu'il se gargarise du nouveau concept de "laïcité positive". Seul Didier Pobel, dans "Le Dauphiné Libéré", s'intéresse à ceux qui ont accompagné le Président français au Vatican... Sous le titre "Vous avez dit Bigard ?", l'éditorialiste semble s'étonner de voir ainsi faire face au chef de l'Eglise catholique le numéro 1 français accompagné -je cite- de "l'humoriste graveleux qui bourre Bercy". Sur ce sujet, quelques lignes, encore, d'un éditorial, celui de Joseph Limagne pour "Ouest-France" : "A Rome comme ailleurs, Nicolas Sarkozy a fait de la politique. Pour un Président soucieux de jouer un rôle international de premier plan, Rome est une étape obligée (...) S'il manque de moyens d'action, le Saint-Siège dispose de l'un des meilleurs réseaux d'information sur l'état du monde, et son influence est réelle". ...A ce propos, si vous n'avez pas écouté, il y a deux jours sur France Inter, le "Et pourtant elle tourne" de l'ami Jean-Marc Four, reportez-vous donc au dernier numéro des "Cahiers de Science & Vie", dont le dossier principal a pour titre : "Le Vatican, un pouvoir à l'épreuve du temps". "L'opinion satisfaite des sept premiers mois de Sarkozy" : 56% des 1.069 Français en âge de voter interrogés par OpinionWay pour "Le Figaro" et LCI les 19 et 20 décembre (56%) approuvent l'action du chef de l'Etat, surtout "la réforme des régimes spéciaux de retraite". Autre enquête, mais dans "Le Parisien". Elle a été réalisée par l'institut CSA, toujours les 19 et 20 décembre, auprès de 852 personnes âgées de 18 ans et plus. Elle donne lieu à ce titre : "Les Français lassés par le show présidentiel"... 45% des personnes consultées par le sondeur estiment, d'une manière générale, que le Président de la République expose trop sa vie privée. Je reviens à Didier Pobel, dans "Le Dauphiné Libéré". Il remarque "l'extraordinaire aptitude de Nicolas Sarkozy à passer d'un sujet à l'autre, à mêler la fonction officielle et le divertissement, à faire cohabiter le bon sens et l'équivoque". Dans "Politis", Denis Sieffert titre son édito "Foire du trône". A l'adresse de ses lecteurs qui pourraient être désorientés, il pose la question : "De quoi nous parle 'Politis' cette semaine ?", pour répondre aussitôt : "Eh bien nous parlons de politique, et nous ne parlons que de ça". Evoquant le tournis que semble lui coller le chef de l'Etat, il écrit : "C'est un autre rapport à la politique qui est recherché. Celui par lequel le chaland, qui est un citoyen déchu, est invité à s'identifier à un héros facile, semblable à tout le monde, mais à qui aucune réussite ne résiste, et à regarder la comédie humaine du pouvoir comme un simple roman-photo. Son vote ne dépendrait ensuite que de la force d'identification". L'idée est partagée, semble-t-il, par Gérard Courtois dans "Le Monde" quand il conclut son papier par ces lignes : "Transformer les citoyens en spectateurs du Sarko-show les dispense d'autant mieux d'être acteurs de la vie publique"... Et, un peu plus loin et pour finir son texte : "Bref, remplacer la démocratie par la télécratie n'est pas sans risque. Pour le Président lui-même, condamné à en faire toujours plus. Pour le pays, transformé en jouet magique d'un enfant-roi". Et puis il y a "Libé", et cette adresse à Carla signée Luc Le Vaillant, en page "Rebonds". Sous le titre : "Carla, on compte sur toi", il dit à l'ex-mannequin devenue chanteuse : "Vous êtes notre seul espoir. Faites comme il vous chante. Vous pouvez ruiner cet avide, telle une demi-mondaine. Ou encore le harponner sévère, le harasser sexuellement pour décharger enfin ses piles Duracell (...) Ensuite, il vous suffira de lui faire signer sa lettre de démission en échange d'une dernière faveur, d'une dernière douceur. Et cela fait, de vous présenter à l'élection présidentielle en candidate polyandre revendiquée. Ce qui nous changerait des faux-culs de la Vème République". Je ne reviendrai pas sur la démission du directeur de cabinet de Christine Boutin. Juste un titre ou deux... celui de "L'Est Républicain" : "Délogé !" (avec un point d'exclamation)... et cet autre de "France Soir" : "Un loyer modéré qui lui coûte cher". Vous le lirez dans vos journaux, de nombreux éditorialistes veulent maintenant faire la chasse aux passe-droit. Je finirai sur cet extrait de l'éditorial de Francis Brochet dans "Le Progrès" : "Qui ne connaît la place de la Concorde ? Son nom de baptême fut place Louis-XV. Puis elle devint place de la Révolution, de la Concorde, Louis XVI, à nouveau et enfin de la Concorde en 1830. La guillotine y fut dressée, coupant le cou de Louis XVI, Danton, Robespierre - ainsi roulent le pouvoir et ses têtes au fond du panier. Elle a accueilli les ligues du 6 février 1934, plus récemment un préservatif géant d'Act-Up sur l'obélisque de Louxor, la fête pour l'élection de Jacques Chirac, le concert pour celle de Nicolas Sarkozy. C'est là, à l'ouverture de la plus belle avenue du monde, face à l'assemblée nationale, qu'est mort de froid hier un SDF. Il était couché sur une palette en bois, sans couverture."

Alain LE GOUGUEC

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