(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : quelques nuances de gris

(Bruno Duvic) « Tu étais vieux, tu étais gros, tu étais petit et tu étais moche. Tu étais machiste, tu étais vulgaire, tu étais insensible et tu étais mesquin (...) Et j'ai été folle de toi. »

Ce sont les premières lignes des bonnes feuilles d'un livre publié cette semaine dans Le Nouvel Observateur . Ce livre, "Belle et bête", aux éditions Stock, est signée d'une femme qui a eu pendant sept mois, l'année dernière, une liaison avec Dominique Strauss-Kahn. C'est la juriste Marcela Iacub, spécialiste de la philosophie du droit et des questions de mœurs.

Personne n'échappe à la curiosité voyeuse que suscite ces lignes. Mais avant le flot de commentaires qui ne va pas manquer de déferler, on peut aussi essayer de comprendre pourquoi Marcela Iacub publie ce récit (en librairie mercredi prochain) et pourquoi Le Nouvel Observateur en livre les bonnes feuilles, au delà des considérations mercantiles.

« C'est parce que tu étais un porc que je suis tombée amoureuse de toi, écrit Marcela Iacub. Le porc a un rapport au présent que les humains n'ont guère (…) Tu aurais transformé l'Elysée en une géante boite échangiste (…)

Très peu de gens savaient que ta femme avait fait de toi son caniche. Tu ne pouvais pas envisager de la quitter parce que cette vie de luxe là, c'était impossible d'y renoncer. Elle avait ce rêve d'être l'épouse d'un président. Tu as fait ce qu'elle voulait de toi. Ta vie à toi tu l'avais échangée contre de l'argent, des palais, des voitures (…)

Il faudrait que le cochon, au lieu d'être ton inférieur, devienne ton maître. Ce jour là tu abandonneras tes prêches auprès des banquiers. Tu t'enfermeras pour écrire. Tu pourras enfin te débarrasser de toutes les entraves qui s'interposent entre ton désir et ton plaisir. »

Ces extraits, publiés dans les pages littéraires du Nouvel Observateur , sont accompagnés d'une interview de Marcela Iacub.

Elle précise à Eric Aeschimann que ce sera sa seule interview.

Elle y dit ceci : « Je me sens obligée de sauver ceux qui sont honnis et méprisés. Le cochon, c'est la vie qui veut s'imposer sans aucune morale, le présent, le plaisir, la plus belle part de l'homme. Et en même temps, le cochon est un être dégueulasse. On ne peut pas faire une société avec lui.

Je voulais tirer quelque chose d'universel de cette histoire, à propos du dédoublement de chacun d'entre nous.

Cet homme n'est pas un violeur, il n'est même pas méchant. Son problème est que son absence de sensibilité au regard des autres et de lui même le rendent très bête. Il est condamné à tout rater à cause de ce mépris envers autrui. Il est plus à plaindre qu'à haïr. »

Pour Le Nouvel Observateur , avec ce récit, Marcela Iacub fait œuvre d'écrivain, elle livre « un éclat de réel ». « Le drame de Dominique Strauss-Kahn, conclut Eric Aeschimann, n'aura pas été d'être trop cochon, mais de ne pas l'avoir été assez. D'avoir détesté la seule part de lui qui était vraie. »

Des commentaires déjà à propos d'un homme sans entrave...

Maurice Taylor, le patron américain et sa lettre à Arnaud Montebourg sur les soi-disant ouvriers français de Goodyear qui se la coulent douce et vont se faire bouffer par les Chinois.

« Non, les Français ne sont pas fainéants ! » titre Le Parisien- Aujourd'hui en France . Leur temps de travail est très proche de la moyenne de la zone Euro. Sont-ils mieux payés que les autres ? Non. A l'exception de la Finlande, les pays du nord et de l'ouest de l'Europe affichent des salaires mensuels supérieurs. Sont-ils chers ? Oui, si l'on ajoute au salaire les cotisations sociales et les impôts par salarié.

« Affirmer sans vergogne préférer le modèle chinois au nôtre résonne comme un formidable mépris », écrit Eric Decouty dans Libération à propos de la lettre de l'Américain. « M. Taylor est dans une sorte de moyen âge social et politique poursuit Eric Dussart dans La Voix du Nord , mais il assume ». Pour Rémi Godeau dans L’Est Républicain , « ce condensé de cliché est trop excessif pour être pris au sérieux, mais il en dit long sur notre déficit de réputation. »

Dans la grisaille, le sociologue Louis Maurin sur rue89 , met un peu de nuance. Il a étudié de près toute une série de statistiques et il en tire cette conclusion : « la crise épargne la plus grande partie des Français ». Si certaines populations qui n'étaient pas touchées - comme les cadres - le sont aujourd'hui, cela reste très marginal. En première ligne, demeurent les plus pauvres, massivement.

La crise, illustration en Bretagne dans Les Echos . Deux des secteurs qui souffrent en ce moment, l'agroalimentaire et l'automobile, sont les deux piliers de l'économie Bretonne. PSA et ses sous-traitants, le volailler Doux, Gad, l'abatteur de porcs... les suppressions d'emplois se succèdent. En cinq ans, le taux de chômage a doublé.

Quoi d'autre dans la presse ?

Gardons Les Echos en main : le cadeau de François Hollande aux fonctionnaires. Il n'y aura plus de jour de carence sur les arrêts maladie.

A la Une du Figaro : « La nouvelle banque publique sous surveillance politique ». Au conseil d'administration de la B.P.I., censée aider les petites et les moyennes entreprises à se développer, Ségolène Royal et Jean-Paul Huchon, président de la région Ile de France. « Gare au mélange des genres ! », c’est le titre de l'éditorial du Figaro .

La neutralité de l'Etat en question. Un rapport sur la carte judiciaire vient d'être remis au gouvernement. Le rapport suggère de ne rétablir de tribunaux de grande instance nulle part, sauf à Tulle, Corrèze, ville chère au président. « Un rapport sur mesure pour le tribunal de Tulle », dixit L'Humanité .

Secret d'alcôve, suite. Dans VSD , un des bleus de l'équipe de foot championne du monde en 98 lâche le morceau. Oui, ils étaient clients réguliers des dames. Secret de polichinelle. Plus embarrassant : le staff de l'équipe et même la fédération, facilitait les rencontres, selon lui.

Les coulisses de l'exploit : « Au Bolchoï, l'odeur têtue du Vitriol ». Le Monde consacre une page à cet opéra toujours hanté par les fantômes de l'URSS. Le climat de règlement de comptes entre artistes, et entre artistes et administration a traversé les murs en janvier. Le directeur artistique est alors attaqué à l'acide devant chez lui. L'article de Marie Jego est un roman de guerre froide. Il est question de dénonciations collectives, d'agressions qui vont au delà du sabotage des élastiques des chaussons, de dépenses somptuaires, de l'influence trouble de riches oligarques... « Le Bolchoï est le reflet en tout petit de ce qui se passe dans le pays », dit une ancienne danseuse. Un compositeur ajoute : cela ira mieux « le jour où la génération de l'homo sovieticus aura débarrassé le plancher ».

Dans cet article, on apprend que le lustre de la salle historique du Bolchoï pèse 2,5 tonnes pour 15.000 breloques de cristal. L'histoire pèse parfois très lourd et le cristal a des nuances de gris.

A demain

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