D’un côté, le monde d’aujourd’hui et, de l’autre, le monde d’hier. D’un côté, l’enthousiasme d’un homme d’aujourd’hui. De l’autre, les rancœurs d’un homme d’hier. Deux doubles pages, ce matin, nous offrent deux visions, deux regards sur la France… C’est à lire dans LE PARISIEN.

Pages 18 et 19 : « Moi, Martin Fourcade… » Autoportrait du désormais quintuple champion olympique. C’est lui, l’homme d’aujourd’hui, et il revient sur son parcours : son image, son rapport à la compétition, à l’argent, sa famille, sa compagne et ses filles… Quant à l’homme d’hier, on le retrouve en pages 6 et 7. « Les derniers secrets de Le Pen. » Où l’on trouve des extraits du premier tome des Mémoires que publie le fondateur du Front National.

« La sortie de ce livre est sans conteste un événement », souligne d’emblée le journal, en avançant plusieurs raisons. La première : Jean-Marie Le Pen a côtoyé toutes les figures de la vie politique des soixante dernières années. Deuxième raison : il a fait l’Indochine et l’Algérie. Troisième raison : Le Pen a contribué à l’ascension de l’extrême-droite en France, et puis il alimente encore la chronique avec ses régulières provocations. Son récit court de sa naissance en 1928 à la Trinité, jusqu’à la création de son parti en 1972. Livre important, donc. Admettons.

Jean-Marie Le Pen raconte ainsi comment il a perdu son œil… Non, ce n’était pas lors d’une bagarre, mais en montant un chapiteau pour un meeting que tenait Jean-Louis Tixier-Vignancourt, le candidat de l’extrême-droite à l’élection présidentielle de 1965. Quant à son dépucelage – oui, il raconte vraiment tout – c’était au mois d’août 44, avec une voisine à Carnac, dont la plage fut l’une des toutes premières déminées. « J’étais, se remémore Le Pen, « le plus bruyant des petits coqs. » Bien plus d’humilité chez l’homme d’aujourd’hui quand il évoque son corps. Martin Fourcade explique qu’il est contraint d’en prendre soin. Il ne boit pas d’alcool, il ne fume pas, surveille ce qu’il mange. Il surveille l’apparence aussi : il aime son côté latin, sa peau mate, ses yeux bruns, mais ne trouve pas qu’il a un très joli sourire… Il préfère les photos où il a l’air sérieux.

Martin Fourcade évoque aussi sa carabine. Il la range dans un coffre pour que ses enfants ne tombent pas dessus, et parfois, il lui parle, mais c’est anecdotique… Simplement pour lui dire : « Bravo, tu as bien tiré aujourd’hui. » 

Le rapport de Le Pen aux armes est évidemment différent. Autre contexte, on quitte le sport, on arrive à la guerre… Jean-Marie Le Pen a-t-il pratiqué la torture quand il était en Algérie ? Des témoignages l’accusent. Il rétorque qu’ils sont bidons. Mais, dans le même temps, il défend ceux qui la pratiquait : les coups, la gégène, la baignoire… A ses yeux, il est « immoral » de jeter l’opprobre sur des hommes qui tentaient ainsi d’obtenir des renseignements. Défense de la torture. Défense du maréchal Pétain qui, dit-il, n’a pas manqué d’honneur en signant l’armistice. Il préfère Pétain à De Gaulle, qui, selon lui, n’avait « pas une tête de héros » et « n’est pas le sauveur de la France dépeint par les livres d’Histoire ».

De son côté, Martin Fourcade ne parle pas de politique. C’est aussi bien comme ça. Mais il parle de ses deux filles. C’est un papa super heureux, et il fait tout pour être avec elles le plus possible… Le Pen parle également des siennes, et surtout de la dernière. Marine, la présidente du FN. Il explique qu’elle lui fait pitié. Et puis il dit aussi qu’il chante, partout, toute la journée, des chants de marin, du Céline Dion, comme des airs de la Wehrmacht… 

Curieuse impression, ce matin, quand on lit ces deux double-pages. D’un côté, le vieillard qui réécrit l’Histoire d’hier… De l’autre, le jeune homme qui écrit l’Histoire d’aujourd’hui. 

Et c’est évidemment celui-là qu’on retrouve à la Une ce matin… Photo en Une de MIDI LIBRE, LA DEPECHE, L’INDEPENDANT ou encore LE COURRIER DE L’OUEST : « Martin Fourcade au firmament »… En décrochant hier sa 5ème médaille d’or grâce au relais mixte avec l’équipe de France, il est cette fois devenu l’athlète tricolore le plus titré des Jeux. L’homme d’aujourd’hui nous met en joie. 

L’autre sujet qui fait la Une, c’est, bien sûr, le projet de loi « asile et immigration » qui sera présentée ce matin en Conseil des Ministres. « Un texte qui, depuis des mois, alimente les débats et suscite de vives inquiétudes au sein de la majorité », relève LE FIGARO, évoquant « une loi qui divise le clan Macron ». Une loi qui prévoit notamment l’allongement des durées de rétention administrative et l’accélération du traitement des demandes d’asile. Titre en Une du MONDE : « Le gouvernement va durcir le droit des étrangers » « Un tour de vis contraire aux propos passés d’Emmanuel Macron », note LIBERATION, qui précise que le texte, tout en apportant certes quelques protections nouvelles pour certaines catégories d’étrangers, renforce surtout l’arsenal pour éloigner les sans-papiers et les déboutés de l’asile… En Une : grande photo du chef de l’Etat serrant la main d’un réfugié. C’était le 16 janvier, lors de la visite d’un centre d’accueil près de la Calais. Il serra la main : humanité… « Et en même temps, j’expulse », titre le journal. Dessin de Lefred-Thouron dans LE CANARD ENCHAINE… C’est un policier qui s’adresse à une famille de réfugiés : « Humanité et fermeté sont dans un bateau… Humanité tombe à l’eau… » Dès lors, qu’est-ce qui reste ? 

Eh bien la fermeté, répond L’HUMANITE, pour qui la loi Collomb serait une « une machine à expulser les immigrés »… D’ailleurs, si l’on en croit le journal, le durcissement de la répression serait déjà à l’œuvre… Récit de l’expulsion vers l’Arménie de deux familles déboutées du droit d’asile. C’était en Haute-Saône et voilà ce qu’on peut lire… « Les deux pères de familles ont été mis à terre devant leurs enfants, puis ligotés avec du ruban adhésif des épaules jusqu’aux chevilles… Puis ils ont ensuite été portés comme des paquets, par six policiers, à l’intérieur de l’avion. » C’est la Ligue des Droits de l’Homme qui rapporte les témoignages… De l’avis de ses détracteurs, cette loi est « le pire texte qu’on ait vu depuis longtemps »… 

Réponse du ministre de l’Intérieur dans les colonnes du PARISIEN : « Il ne faut pas simplement accueillir, il faut accueillir bien » et non, assure-t-il, « il n’y a pas de tout-répressif »… 

Gérard Collomb, qui en profite par ailleurs pour parler de lui-même. Il raconte son parcours… Que faisait-il en 68 ? Il était à la fac. Et juste avant que ne se déclenchent les événements, les deux semaines précédentes, « j’avais lu tout Proust », assure-t-il… Lire tout Proust en deux semaines, on n’a qu’un mot : chapeau !

Pour le reste, on trouve des sujets plus cocasses dans la presse régionale. A la Une du BIEN PUBLIC : « Le don de cheveux, y avez-vous déjà pensé ? » Non ? Moi non plus… A la Une de LA NOUVELLE REPUBLIQUE DES PYRENNES : « Au salon agricole, les fromagers vont en faire des tommes. » C’est joli. Enfin, à la Une de LIBERATION CHAMPAGNE – ça s’est passé lundi, à La Chapelle-Saint-Luc : « 500 kilos de cocaïne saisis rue de la Douane »… Heureusement, parfois, la France d’aujourd’hui nous fait sourire.

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