Dis-moi qui tu admires, je te dirais qui tu es. Ou qui tu voudrais être… Qui admire-t-on aujourd’hui ? Et a-t-on besoin d’admirer ? Les réponses, on les trouve dans le dernier numéro de Philosophie Magazine.

A-t-on besoin d’admirer ? Et faut-il pour devenir adulte, cesser un jour d’admirer ? Ce serait dommage, nous explique le philosophe Michel Eltchaninoff. Dommage, oui, car la faculté d’admiration "nous décentre et nous élève". On admire la beauté de l’une, la bonté de l’un, et en les admirant, ces qualités rejaillissent sur nous. 

Oui, mais qui admire-t-on aujourd’hui ? Souvent, de plus en plus, chez les ados mais pas seulement, il s’agit des vedettes des réseaux sociaux : des Twittos, des Instagrammeurs, des TikTokeurs, des YouTubeurs dont les vidéos cumulent des millions de vues et dont les comptent cumulent des millions d’abonnés. Ces internautes-là, qui passent une bonne partie du temps à se filmer, on a pris l’habitude de les appeler « influenceurs ».

C’est devenu un métier en soi. Très rémunérateur. Des marques les payent pour qu’ils fassent la promotion de leurs produits. Ils vendent des voyages, des paillettes, du rêve… La philosophe Gloria Orrigi nous donne son analyse. 

Les influenceurs jouissent non pas de qualités admirables en soi, mais de ‘qualités empruntées’ qu’ils renforcent par la construction de l’admiration.

Devient-on admirable à force d'être admiré ?

Cela étant, on n’est pas obligé d’admirer ces gens-là. Non, on n’est obligé de rien. D’ailleurs, dans le mensuel, des romanciers, des philosophes racontent des admirations bien différentes. Ici, pour certains, il s’agit de vrais modèles de vie.

On évoque la navigatrice Isabelle Autissier, l’écrivaine Toni Morrison ou encore le chanteur d’Indochine Nicola Sirkis. Là, c’est Chloé Delaume, écrivaine elle aussi, qui lui dit son amour.

En 2021, ça fera 40 ans que j’ai la même idole. Que mon cœur se renverse au son de la même voix. Cette voix, c’est celle du corps de Nicola Sirkis. Un corps qui, depuis 40 ans, se modifie à peine, à croire que Peter Pan a le pouvoir des vampires…

Le magazine a aussi rencontré Sylvain Tesson – je l’admire, Sylvain Tesson – et lui également livre son Panthéon personnel. Il admire des soldats. Il admire Napoléon. Il admire des alpinistes et l’écrivain conservateur allemand Ernst Jünger. Et puis il admire une panthère, sa fameuse panthère des neiges.  

Il est parfaitement possible d’admirer des animaux

La preuve, les visiteurs se déplaceront par milliers dès demain au 57ème salon de l’agriculture

De jeunes Aubois font la Une de L’Est Éclair. Ils tiennent un mouton dans les bras. Ils vont disputer la finale nationale des « Ovinpiades ». Un éleveur de l’Aubrac fait la Une de Centre Presse, le journal de l’Aveyron. Lui aussi a pris le départ pour la capitale. Plusieurs titres régionaux évoquent par ailleurs "un président des champs ", avec, cette fois, le visage du chef de l’Etat. Celui-ci a accordé une interview à six groupes de presse régionale. Il y explique qu’il entend changer les pratiques agricoles en misant sur la transition écologique pour répondre à l’urgence environnementale. 

Un "président des champs" qui, lui, possède un chien.

Les chiens, on en trouve d’ailleurs toute une meute dans la presse. Par exemple, dans le supplément des ECHOS.

Aux USA : vie de chien, vie de pacha

Il s’agit donc d’une enquête aux Etats-Unis, où désormais les toutous sont traités comme des rois, devenant des vrais membres de la famille. Fini, les clébards qui dormaient dehors dans la niche. Dorénavant, il existe des hôtels pour chien. Avec, dans les chambres, des matelas à mémoire de forme, des télés à écran plat, des biscuits à la camomille avant de faire dodo… Les fabricants de nourriture canine se sont mis au bio, et on trouve tout un tas de nouveaux cosmétiques, comme une huile relaxante au cannabis pour les chiens. Dans un pays profondément divisé, nous dit-on, les chiens sont finalement le seul sujet qui rassemble. 

L'explosion du nombre de cabots américains s’expliquerait par deux évolutions démographiques. 

D’un côté de la chaîne : des baby-boomers à l’aise financièrement qui, une fois les enfants partis, vont consacrer toute leur retraite à leur chiwawa ou leur bichon. De l’autre côté : des jeunes qui repoussent le plus tard possible l’âge de faire des bébés. Et ces nourrissons qu’ils n’ont pas, ils les remplacent par des toutous. 

Ici, ce sont donc des chiens pour se sentir moins seul, pour le plaisir de faire plaisir tout en dépensant des fortunes. Dans LE PARISIEN, l’angle est très différent. 

Des chiens pour renifler les tumeurs

A la Une s’affiche la jolie gueule d’Oups, un jeune Malinois. Sur la photo, ce titre : "Ce chien peut vous sauver la vie".  Et là, il est question du cancer du sein. Les chiens peuvent-ils vraiment détecter un cancer du sein à partir d’une odeur de sueur ? Pour en avoir le cœur net, 450 femmes vont participer au tout premier essai clinique mené par l’Institut Curie. Si l’essai s’avère concluant, un autre sera lancé pour le cancer de la prostate. 

Les chiens peuvent être admirables. Et les hommes, qui ne sont pas des chiens, peuvent être admirables également. 

Dans La Nouvelle République, on découvre le triste quotidien de Jacqueline, 97 ans, qui ne peut plus sortir de son appartement du 8ème étage dans la commune de La Riche depuis maintenant 5 mois à cause d’une panne d’ascenseur. Mais heureusement, la solidarité joue, les voisins l’aident et Jacqueline les trouve admirables, comme le sont tous ceux qui consacrent leur temps aux autres… Par exemple les bénévole des Restos du Cœur. Mais comme on le découvre dans Libération Champagne, à Bar-Sur-Seine, le local a été cambriolé, et les voleurs ont emporté toute la nourriture destinée aux bénéficiaires de l’association. 

Le quotidien s'interroge : « Qui a osé voler les Restos ? » On se pose aussi la question. 

Et puis, pour finir, la disparition d'un homme. 

Jean Daniel

Partout, ce matin, on trouve des hommages au grand journaliste, et à l’intellectuel, et à l’homme de lettre mort mercredi à 99 ans. "Jean Daniel, observateur dans l’âme" titre à sa Une Libération, qui évoque un homme passionné, curieux de toutes nouveautés, engagé dans tous les bouleversements de la gauche et du journalisme ayant marqué le siècle. 

Dans son hommage, Laurent Joffrin liste quelques bribes de dialogue qu’on pouvait avoir lui.

-         Jean, nous avons l’interview du Premier ministre ! 

-         Pourquoi pas celle du président ?

-         Jean, nous avons appris que Mitterrand prépare une mesure qui fera parler !

-         Je le sais, il me l’a dit hier… 

-         Jean, la faillite du régime Jaruzelski a créé des pénuries graves pour les Polonais. Nous pouvons lancer un appel.

-         Oui, mais l’urgence, c’est que leurs noms sont imprononçables. Il faudrait d’abord leur envoyer un stock de voyelles ! 

-         Jean, la toute dernière phrase de votre édito est belle, mais nous ne la comprenons pas. 

-         Enlevez-là. 

C'est une chute admirable. 

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