(Nicolas Demorand : "Et dans la presse, ce matin, une question : et si on parlait ?") Et si on parlait de nous, d'abord ? Nous les médias, ce terme très vague qui recouvre beaucoup de choses. Vous avez certainement déjà fait l'expérience, Nicolas : lors d'une soirée, lâchez le mot "Je suis journaliste". S'ensuit généralement une discussion sauvage, avec tout un tas d'expressions : "vendeur de papiers", "vendu aux politiques", mais aussi "contre-pouvoir" ou "fenêtre sur le monde". Il y a un peu de tout ça dans le baromètre annuel sur les Français et les médias, publié dans La Croix. On peut le résumer sous forme de paradoxes. D'un côté, les personnes qui ont répondu à TNS-SOFRES et Logica ne font pas confiance aux journalistes. - Sont-ils indépendants du pouvoir ? Non à 66%. - Résistent-ils à l'argent ? Non à 60%. D'un autre côté, ils croient globalement ce qu'ils entendent à la radio, en particulier : 60%... ce qu'ils lisent dans la presse : 55... un peu moins ce qu'ils voient à la télévision : 48... ou sur Internet : 35. Mais le taux de crédibilité d'Internet monte en flèche. Deuxième paradoxe : on réclame plus de sérieux des journalistes. Les médias ont trop parlé de Michael Jackson, Johnny Hallyday ou Thierry Henry, et pas assez du Sommet sur la faim dans le monde. Mais comme le relève Dominique Quinio dans l'édito de La Croix, "les journaux qui ont traité un tant soit peu de ce Sommet sur la faim dans le monde n'ont pas observé un frémissement significatif de leurs ventes". C'est le paradoxe classique : dans les sondages tout le monde préfère Arte, dans le canapé on regarde TF1. N'empêche... Comme l'écrit encore Dominique Quinio : "Les médias doivent reconquérir la confiance de leur public". Et elle revient aux racines de ce mot, "média", qui dit que ceux qui tendent des micros ou brandissent des caméras sont des "médiateurs". "Notre mission : donner à voir le monde, décrypter ses mystères, se faire le porte-parole de ceux dont la voix porte peu, remettre en perspective l'événement immédiat, choisir entre l'important et le futile". On pourrait ajouter que le lecteur, l'auditeur ou le téléspectateur a toujours la liberté de comparer ce qui lui est offert, et de choisir. Exercice pratique, cette semaine, avec les hebdomadaires, à propos d'Haïti : - en couverture de Paris-Match, le choc des photos : une petite fille sauvée du séisme ; - en couverture de Pèlerin ou de La Vie, solidarité : La Vie s'engage avec les scouts, Pèlerin avec le Secours Catholique ; - dans Politis, regard plus politique, comme son nom l'indique : "Haïti : il n'y a pas que la fatalité" ; - dans Le Point, Le Nouvel Obs et L'Express, les éditorialistes essaient de donner du sens à ce drame, sans y parvenir. "Les tremblements de terre ébranlent les certitudes et les systèmes de valeur", écrit Christophe Barbier dans L'Express. Dans Le Nouvel Observateur, l'écrivain haïtien Dany Laferrière livre un récit sec, comme un coup de poing au foie... "Même à 7,3 sur l'échelle de Richter, ce n'est pas si terrible : on peut encore courir. C'est le béton qui a tué : les gens ont fait une orgie de béton ces cinquante dernières années, de petites forteresses. Les maisons en bois et en tôle, plus souples, ont résisté. Dans les chambres d'hôtel souvent exiguës, l'ennemi, c'était le téléviseur : on se met toujours en face de lui. Il a foncé droit sur nous. Beaucoup de gens l'ont reçu à la tête". (ND : "Après les journalistes, les politiques")... Eh oui : si on parlait de vous, M. Copé : vous, les politiques ? Autre mot très vague, qui regroupe beaucoup de choses. La crédibilité de la parole politique est en cause, ce matin. C'est l'affaire du double salaire d'Henri Proglio, contre la promesse de Christine Lagarde... La séance de questions au gouvernement a été assez houleuse, hier, à l'Assemblée. Il y a malaise, même à droite, comme le titrent Les Echos, qui relèvent les propos de plusieurs députés UMP : Michel Piron, député du Maine-et-Loire : "2 millions d'euros, c'est 148 SMIC : est-ce justifiable ?" ; Valérie Rosso-Debord, Meurthe-et-Moselle : "Quand on vient pour le service public, on a la décence de tenir compte de la crise" ; Philippe Meunier, département du Rhône : "On ne peut pas refuser des hausses de salaire au nom de la compétitivité des entreprises et, de l'autre, se verser des millions d'euros". Pas mal d'éditos dans la presse régionale et sur Internet... Olivier Picard, dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, se demande si ce double salaire relève "d'un zèle cynique ou inconscient". Pascal Riché, sur Rue89, constate que "la parole d'un ministre (en l'occurrence, Christine Lagarde) ne pèse plus très lourd face aux desiderata d'un grand patron". Enfin Gérald Andrieu, Marianne.fr, est perplexe : "Par quelque bout que l'on prenne le problème, les égards dont bénéficie Henri Proglio étonnent". Et la parole publique à gauche est-elle crédible ? Dans Libération, cette semaine, Alain Duhamel bastonne Vincent Peillon, qui a demandé la tête d'Arlette Chabot. "Cela offre sur un plateau des arguments précieux à la droite, écrit Duhamel. Lorsque des nominations contestées ou des évictions contestables auront lieu, le précédent Peillon sera évidemment brandi". Cela dit, cela dit... On peut faire brûler un cierge rue de Solférino : voilà que le Parti Socialiste s'attaque au fond des dossiers... Dans La Tribune, ce matin, deux pages sur "le virage gestionnaire du PS". C'est "le retour de la gauche de gouvernement", un PS qui, selon La Tribune, semble privilégier la recherche de crédibilité. C'est affaire de point de vue. En tout cas, La Tribune fait le bilan des prises de position récentes d'une partie des socialistes : - Martine Aubry, désormais surnommée "la Merkel de gauche", et la retraite à 61 ou 62 ans ; - Laurent Fabius et Michel Rocard, qui s'inquiètent des déficits publics, "avec des mots que ne démentirait pas un économiste libéral", écrit La Tribune ; - ou encore Daniel Vaillant, qui, sur son blog il y a quelques mois, écrivait "qu'il ne faut pas retomber dans les erreurs du passé en matière de lutte contre l'insécurité". Le PS ferait-il un pas de côté vers la droite ? Du côté de la gauche de la gauche, ce retour en force de la "culture de gouvernement" (entre guillemets) ne passe pas. Mais cet air réformiste suscite, selon La Tribune, un intérêt au MoDem et chez les Verts. Huit ans après la défaite de Lionel Jospin, la question du périmètre des alliances à gauche reste posée. (ND : "Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?") Les Echos crient au casse-cou... "La crainte d'une bulle spéculative resurgit", titre le quotidien. C'est vrai en particulier en Asie. Dominique Strauss-Kahn, patron du FMI, propose le rétablissement temporaire d'un contrôle des capitaux en Asie. Des ordinateurs dans les écoles : la France est à la traîne... C'est à lire dans Le Parisien-Aujourd'hui. La France arrive 24ème sur 27 en Europe pour l'équipement informatique dans l'Education Nationale. Un rapport sur ce thème doit être remis aujourd'hui à François Fillon. A propos d'Europe... A quoi sert la nouvelle chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton ? Question posée dans Le Figaro. Alors que les Obama et autres Clinton occupent le devant de la scène en Haïti, on n'a pas vu Mme Ashton. Allez, pour finir sur le thème de ce matin... Et si on parlait, tout court ? Hervé Penot, l'une des jolies plumes de L'Equipe, a assisté à la conférence de presse de la star camerounaise Samuel Eto'o hier, à la Coupe d'Afrique des Nations de football. Le joueur s'est présenté devant les journalistes sur fond de musique religieuse. "Les chants liturgiques avant les paroles divines", écrit Penot. Une journaliste fait remarquer à Samuel Eto'o qu'il a marqué moins de buts que l'attaquant de l'Angola. La star n'a pas apprécié la comparaison : "J'aimerais marquer plus, ma chérie, mais un but en deux matches, pour un attaquant, c'est un très bon total. Et comme on dit dans certains endroits d'Afrique, 'les moutons marchent ensemble mais n'ont pas le même prix'". Eto'o a ensuite engueulé les journalistes camerounais, qui ne seraient pas assez supporters de leur équipe. Il a conclu : "Discuter, c'est la clé de tout". Même sur les terrains de foot d'Afrique, les journalistes en prennent plein la figure. Même là-bas, ils sont prêts à renouer le dialogue... Bonne journée...

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